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Le FRANCIS ÉRIC est en processus d’obtention d’une double certification à titre de navire de recherche

Un premier bateau de pêche semi-hauturière des Îles-de-la-Madeleine, le FRANCIS ÉRIC, est en processus d’obtention d’une double certification à titre de navire de recherche. Son opérateur, Pêcheries F.J.L. de Havre-aux-Maisons, a conclu une entente avec le Centre de recherche sur les milieux insulaires et maritimes (CERMIM) affilié à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) pour en faire son embarcation attitrée.

Les deux organisations étaient déjà partenaires depuis deux ans pour des projets ponctuels, dont celui intitulé LOREVA, visant la localisation, la récupération et la valorisation des engins de pêche au crabe des neiges perdus dans le sud du golfe du Saint-Laurent, financé par le Fonds pour les engins fantômes du ministère des Pêches et des Océans (MPO). Fortes de l’expertise unique au pays qu’elles ont su développer en ce sens à bord du FRANCIS ÉRIC, par la manipulation d’un robot sous-marin télécommandé, elles ont convenu d’un partenariat stratégique de long terme en vue d’étendre leur offre de services au-delà du secteur des pêches commerciales.

«Après près de 1 000 heures en mer passées ensemble, nos deux organisations ont établi qu’on avait maintenant l’expérience nécessaire, on connaît assez le navire et nos capacités pour se donner une vision à long terme de son utilisation, de sorte que le CERMIM puisse travailler avec ses différents collaborateurs de recherche et se positionner dans des projets de plus longue durée, de plus longue haleine», explique le directeur associé du CERMIM et géographe spécialisé en environnement marin, Marc-Olivier Massé. «On veut aussi soutenir nos collaborateurs de recherche dans leurs besoins de relevés scientifiques pluriannuels dans le Golfe.»

Afin de permettre l’usage polyvalent du FRANCIS ÉRIC à des fins de recherche scientifique autres que pour le seul secteur des pêches commerciales, un processus de certification est en cours avec Transports Canada. Pêcheries F.J.L. a notamment dû investir plusieurs dizaines de milliers de dollars en équipements et systèmes de sécurité. De plus, certaines modifications ont été apportées à son certificat en termes de capacité de charge et de stabilité pour accueillir de nouveaux équipements de recherche sous-marine. Le navire d’une quinzaine de mètres de longueur répondra alors aux normes ministérielles applicables aux navires de travail, précise le président de l’entreprise Francis Poirier, qui lui-même détient une certification de capitaine de marine marchande pour les navires de 150 tonneaux.

«J’ai quelques modifications du côté sécurité et sauvetage, mais aussi du côté commodité, qui vont d’un système fixe de protection incendie dans la salle des machines, à un réaménagement dans la timonerie pour offrir un poste de travail supplémentaire, en passant par l’ajout d’une climatisation des espaces habitables, expose-t-il. Les choses vont bon train. On devrait partir en mer en début de projet LOREVA 2023 en tant que navire de travail.»

OUTILS PHARES

En fait, l’investissement global pour faire du FRANCIS ÉRIC le navire de recherche officiel du CERMIM s’élève à plusieurs centaines de milliers de dollars, puisqu’on l’a entre autres doté d’un robot sous-marin télécommandé flambant neuf, capable de plonger jusqu’à 600 mètres (m) de profondeur, de même que d’un sonar à balayage latéral qui permet de voir ce qui se trouve sur le fond marin à ces grandes profondeurs où ne filtre aucune lumière. En comparaison, le robot qui a été loué ces deux dernières années pour le projet LOREVA avait une capacité de plongée maximale de 300 m, tandis qu’un plongeur professionnel se trouve généralement limité à des profondeurs en deçà des 50 m, indique M. Massé. «La plus grande profondeur du Golfe est aux alentours de 507 m, fait-il remarquer. À notre connaissance, on doit être les seuls dans la région à pouvoir en atteindre les portions les plus profondes. Ça fait que notre niche d’opportunités se trouve dans le 50 m et plus.»

Ces nouveaux outils à la fine pointe de la technologie ont été livrés en juin. Le CERMIM procède actuellement à la construction d’une salle de contrôle dans un conteneur maritime que l’on pourra fixer sur le pont du navire dès que sa saison de pêche au crabe des neiges sera complétée et on pourra la laisser en place jusqu’à la saison suivante. «C’est quand même démontable pour faire des projets ponctuels à l’étranger, par exemple, mais le fait est qu’en dehors de la saison de pêche, on va toujours être prêt à opérer, sous la certification adéquate, à quelques heures d’avis», mentionne son directeur associé.

Archéologie sous-marine, biologie marine, océanographie sont autant de possibilités de projets auxquels le CERMIM pourra collaborer. Il entend aussi participer aux travaux que mènera l’UQAR en partenariat avec l’Université Laval, l’Université Memorial et l’Université Dalhousie dans le cadre du Fonds de recherche Apogée, annoncé à la fin avril par le gouvernement fédéral, sur l’action climatique et le rôle de l’océan. Une somme de 155 M$ sur sept ans y est allouée. «C’est excitant!, commente Francis Poirier. Je ne suis pas chercheur, mais de soutenir des gens qui s’investissent dans la recherche scientifique pour essayer de trouver des solutions aux changements climatiques, pour faire des découvertes archéologiques ou encore pour nettoyer les fonds marins, et de faire partie de leur équipe après ma saison de pêche, c’est vraiment valorisant!»

COMBLER UN BESOIN

L’idée du partenariat stratégique de long terme entre Pêcheries F.J.L. et le CERMIM – un modèle d’affaires novateur dans l’Est du Canada – est d’autant plus pertinente, qu’il y a pénurie de bateaux pour supporter la recherche scientifique en mer au Canada. C’est, du moins, ce qu’affirme le directeur du Réseau Québec Maritime (RQM) Dany Dumont, professeur en océanographie physique de l’Institut des sciences de la mer (ISMER). Il dit que le CORIOLIS II basé à Rimouski est le seul navire multidisciplinaire spécifiquement accessible à la communauté académique dans l’est du pays.

«Et donc, que le FRANCIS ÉRIC puisse servir de navire complémentaire, c’est vraiment une excellente nouvelle, soutient M. Dumont. Surtout parce que le CERMIM démontre une grande ouverture et veut adapter son offre de services aux besoins éventuels des chercheurs. C’est une flexibilité dont on a vraiment besoin.»

Le chercheur de l’ISMER note au passage que le CORIOLIS II, de par sa taille de 50 m, soit de trois fois supérieure à celle du navire madelinot, est limité dans ses déplacements. «Aller en eaux côtières ou faire des missions ciblées de seulement une journée ou deux – parfois c’est ce que les chercheurs veulent pour payer un petit peu moins cher – c’est plus difficile avec le CORIOLIS sur lequel on part en missions concertées le plus longtemps possible pour rentabiliser le navire. Puis, le FRANCIS ÉRIC, d’une taille intermédiaire, peut aller en haute mer et accueillir des petites équipes dédiées avec plus de souplesse.»

M.M. Massé et Poirier ont d’ailleurs été invités à participer à la prochaine réunion nationale de l’Alliance de la recherche océanique au Canada (AROC) qui se tenait à Saint-John’s Terre-Neuve-et-Labrador les premier et 2 juin. Y étaient présents les membres du Réseau canadien d’observation, de prévision et d’intervention en milieu marin (MEOPAR) qui met en relation les chercheurs spécialisés du pays avec   les organisations et communautés partenaires. Il finance aussi la recherche de pointe et aide à former la prochaine génération de professionnels de la mer.

«On était entre autres invités pour participer aux discussions du Groupe national sur les navires de recherche qui est géré par MEOPAR, explique le directeur associé du CERMIM. On a pu y développer notre réseau de contacts et lancer le signal qu’on est sur la ligne de départ pour venir soutenir nos collaborateurs. Et, comme le CERMIM aura 20 ans en 2024, on est très heureux d’y ajouter ce créneau, poursuit M. Massé. Le message qu’on lance c’est qu’on a une équipe motivée, professionnelle et dynamique. De plus, à l’âge qu’on a comme gestionnaires de nos équipes – on a tous les deux 36 ans – on se projette dans l’avenir. On est là pour la long shot!»

ÉQUIPAGE 100% MADELINOT

Pour sa part, Francis Poirier se félicite de ce que l’équipage du FRANCIS ÉRIC soit entièrement composé de Madelinots. Il spécifie toutefois que seulement un de ses aides-pêcheurs est membre de l’équipage associé aux travaux de recherche du CERMIM. «C’est un beau créneau à développer aux Îles-de-la-Madeleine, dit-il. C’est porteur d’avenir pour la relève. Et pour moi personnellement, à titre de capitaine de pêche depuis 18 ans, c’est tellement une belle complémentarité avec mon métier de pêcheur. J’en suis très fier!»

Ainsi, en ajout à la pêche et au tourisme à la base de l’économie locale, le duo caresse le rêve de positionner l’archipel madelinot au cœur du secteur de pointe de la recherche scientifique en mer. «On est en train de créer quelque chose et on espère que les générations qui nous suivront seront aussi animées que nous autres par cette nouvelle opportunité de métier relié à la mer», fait valoir Marc-Olivier Massé. «Ça donne une alternative de plus aux jeunes Madelinots, renchérit le capitaine du FRANCIS ÉRIC. Oui, il y a la pêche et le tourisme, mais on a aussi une position géostratégique dans le Golfe, une place par excellence pour la recherche   scientifique. Il faut en profiter!»

Tous deux pères de familles dont les cinq enfants sont âgés de 2 à 9 ans, M.M. Poirier et Massé veulent aussi développer un volet pédagogique à leur entente de partenariat scientifique, afin de faire connaître l’intérêt de leurs travaux en mer auprès des élèves du primaire et de l’École polyvalente des Îles.

DÉVELOPPEMENT – page 24 – Volume 36,3 Juin-Juillet-Août 2023

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Hélène Fauteux
Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.
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