mardi, mars 5, 2024
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L’industrie de la crevette rejette la mise en application d’une nouvelle approche de précaution

Les intervenants de l’industrie de la crevette de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent provenant du Québec, du Nouveau-Brunswick ainsi que de Terre-Neuve-et-Labrador rejettent unanimement la mise en application, dès 2024, d’une nouvelle approche de précaution de la ressource qui leur a été présentée par le secteur des sciences du ministère des Pêches et des Océans (MPO). Ils estiment que le meilleur des quatre scénarios proposés ne permettrait qu’un total autorisé des captures (TAC) de 2 587 tonnes, comparativement aux 5 500 tonnes de crevette débarquées et comptabilisées au 15 octobre pour l’année en cours.

Réunis à Québec les 31 octobre et 1er novembre pour la tenue d’une rencontre du Comité consultatif de l’industrie de la crevette de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent, les groupes de pêcheurs et de transformateurs des trois provinces concernées ont plutôt recommandé au MPO d’établir un TAC global pour 2024 en fonction des quantités de crevettes pêchées en 2023 dans chacune des quatre zones de pêche, soit Estuaire, Sept-Îles, Anticosti et Esquiman, ce qui représente l’équivalent de 5 500 tonnes.

Par ailleurs, compte tenu de la situation critique qui prévaut actuellement au sein de l’industrie de la crevette et qui pourrait perdurer encore plusieurs années, les porte-parole des secteurs de la capture et de la transformation ont interpellé directement les gouvernements des provinces touchées. Ils souhaitent qu’ils puissent, conjointement avec le gouvernement fédéral, soutenir avec des moyens appropriés leur industrie qui est en sérieuse difficulté.

En plus de réclamer la réouverture de la pêche commerciale au sébaste dès 2024 et d’en obtenir un accès, les crevettiers exigent la mise en place d’un programme de rachat de permis pour réduire le nombre de pêcheurs présentement actifs ainsi qu’un fonds d’urgence pour éviter la faillite de certaines entreprises et sauvegarder un maximum d’expertise à bord des bateaux et en usine.

POINT DE VUE DES CAPITAINES-PROPRIÉTAIRES

Pour le directeur général de l’Association des capitaines-propriétaires de la Gaspésie (ACPG), plusieurs raisons ont motivé les   intervenants de l’industrie de la crevette provenant du Québec, du Nouveau-Brunswick ainsi que de Terre-Neuve-et-Labrador à rejeter unanimement la nouvelle approche de précaution. «Il manquait des données, justifie Claudio Bernatchez. Dans la zone de pêche Estuaire, il n’y a pas eu de relevé, cet été. Les seuls chiffres sont ceux de 2022, sur lesquels ils [les scientifiques] ne peuvent pas se fier parce que, selon eux, ça donnerait un quota trop élevé pour la capacité de la ressource à soutenir.»

Si le porte-parole des capitaines-propriétaires écarte la nouvelle approche de précaution, c’est aussi par principe. «On rejette le blâme sur les changements climatiques et sur la pêche, déplore Claudio Bernatchez. On ne s’attaque pas au coeur du problème : le sébaste.» À son avis, si la pêche de ce poisson n’est pas autorisée bientôt, les impacts seront majeurs sur l’écosystème du Saint-Laurent. «Les stocks de crevette sont en déclin majeur. Pendant ce temps, le sébaste domine. Mais, le poisson est maigre parce qu’il manque de nourriture. À chaque relevé, les pronostics sont de plus en plus alarmistes. Alors, le MPO attend quoi pour agir?»

Pour la prochaine saison, il a été proposé de considérer au meilleur des deux l’approche de précaution ou les taux de captures de 2023 pour déterminer les quotas. Cela se traduirait par un contingent global de 5 500 tonnes. À la vitesse à laquelle les taux de captures diminuent, les pêcheurs ne sont même pas certains de pouvoir prélever le contingent global, prédit M. Bernatchez. «À la mi-octobre, on aura pris, toutes provinces confondues, 38% des contingents de la saison.»

Claudio Bernatchez ignore les options ou les solutions à envisager pour passer à travers la crise. «On constate la tragédie; on est devant le fait accompli. À court terme, il n’y a pas de solutions pour sauver l’entièreté de la flotte des crevettiers du golfe. On va perdre des joueurs et des usines de transformation. Des centaines d’emplois vont être sacrifiés dans les différentes communautés côtières parce qu’on n’a pas su assurer une gestion adéquate des stocks de crevette, malgré les avis et les avertissements des scientifiques. Si ça continue à décliner à ce rythme, j’ai bien peur qu’il ne restera plus grand-chose de l’industrie de la crevette au Québec!»

M. Bernatchez garde néanmoins espoir. «Le milieu se mobilise. Un comité de diversification allie, pour la première fois, les pêcheurs et les transformateurs. Les gens veulent passer à travers pour avoir une industrie plus résiliente.» Le directeur général de l’ACPG souligne «le travail extraordinaire de la MRC de La Côte-de-Gaspé pour frapper à toutes les portes qui pourraient offrir du support». Développement économique Canada et le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie du Québec ont aussi été approchés.

RÉACTION DE L’OFFICEDES PÊCHEURS

Le directeur de l’Office des pêcheurs de crevette du Québec (OPCQ) estime que peu importe le scénario qui sera retenu, la situation sera catastrophique d’un point de vue économique. «Cette année, on avait un quota de 14 500 tonnes, rappelle Patrice Element. De ça, il va s’en être pris de 5 000 à 6 000 tonnes.»

Les crevettiers demandent, eux aussi, que la décision du MPO soit rapidement connue afin de dissiper les incertitudes. Le flou qui persiste en raison de l’absence de données dans la zone Estuaire est loin de dissiper l’inquiétude, de l’avis de M. Element. Avec de faibles volumes, les entreprises auront de la difficulté à rentabiliser leurs activités, appréhende-t-il. «Dans notre cas, il y a un ensemble de facteurs qui fait que les opérations sont rentables : la quantité de crevettes, les taux de capture, les coûts d’opération et les revenus.»

Un moratoire sur la pêche à la crevette semble écarté. Patrice Element s’en réjouit. Cependant, quel est l’avenir de l’industrie de la crevette et le soutien à y apporter? La question demeure entière, selon lui.

INQUIÉTUDE PARTAGÉE PAR LES TRANSFORMATEURS

Le directeur général de l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP) croit qu’avec les faibles taux de prélèvement proposés par la nouvelle approche de précaution, une seule usine pourrait être en opération, à moins que les trois entreprises de transformation importent de la crevette congelée. «Mais les coûts pour la faire venir de la Norvège ou de l’Alaska sont dispendieux», déplore Jean-Paul Gagné, qui a aussi proposé aux membres Comité consultatif que la décision à venir de la ministre Diane Lebouthillier soit assortie de l’autorisation d’une pêche au sébaste pour 2024. «Il n’y a pas d’autres moyens à prendre pour le rétablissement de la crevette puisqu’on n’a pas de contrôle sur le réchauffement des eaux ni sur son oxygénation.» Chose certaine, aucune usine n’a envie de fermer,  indique M. Gagné.

La réouverture de la pêche commerciale au sébaste dès 2024 est l’une des   priorités de l’AQIP puisque selon l’organisation, c’est la seule espèce qui peut remplacer les volumes de crevette à transformer. «Mais il va falloir mettre de l’argent dans la commercialisation pour mieux vendre ce poisson sur les marchés», prévient le directeur général.

Selon M. Gagné, les entreprises devront prévoir les coûts associés aux équipements requis et détenir un permis de transformation pour le poisson de fond. Certaines usines le possèdent déjà et se préparent, comme Pêcheries gaspésiennes, de Rivière-au-Renard et Poissonnerie Cloridorme. Avant d’envisager une demande de soutien auprès des gouvernements, l’AQIP attend de voir les démarches qu’entre- prendront les pêcheurs.

LE MPO A L’OBLIGATION D’ADOPTER UNE NOUVELLE  APPROCHE DE PRÉCAUTION

En raison des impacts néfastes liés aux faibles taux de prélèvement de la ressource prévus dans les quatre zones de pêche pour la prochaine saison, l’industrie a demandé à la gestion des pêches du MPO, lors des deux jours de consultation à Québec, de rejeter la mise en application de la nouvelle approche de précaution.

Mais, la directrice de la Gestion des pêches pour la région du Québec au ministère des Pêches et des Océans ne peut répondre à cette demande. «Pour élaborer l’approche de précaution qui a été présentée à l’industrie, le Ministère a formé un groupe de travail sur lequel des représentants de l’industrie siégeaient, a rappelé Maryse Lemire. Donc, on n’a pas fait ce travail en vase clos. Puis, les facettes de l’approche de précaution ont fait l’objet d’une revue par les pairs.»

Celle qui est aussi présidente du Comité consultatif de l’industrie de la crevette assure être consciente des préoccupations des acteurs de l’industrie. Elle se dit aussi sensible par rapport à la situation difficile qui prévaut actuellement dans l’industrie et à l’importance de cette pêche pour les collectivités côtières. «On les a entendus et on poursuit le travail pour présenter une recommandation à notre ministre le plus rapidement possible, souligne-t-elle. On a en main toute l’information : l’avis des   sciences, le bilan de la dernière saison, les commentaires de l’industrie sur différents scénarios possibles.»

GASPÉ-NORD – pages 03-04 – Volume 36,5 Décembre 2023-Janvier 2024

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