Pêche à la crevette : des prix record payés à quai traduisent une autre bonne année financière

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Les crevettiers québécois ont connu une autre très bonne saison en 2016, quoique le volume de prises et les revenus totaux aient été légèrement inférieurs à ceux de 2015. Le prix moyen payé en 2016 par les usines a toutefois atteint un record de 1,30 $ la livre, toutes catégories confondues.

Les prises sont passées de 18 391 à   16 138 tonnes métriques de 2015 à 2016 au Québec, des données préliminaires dans ce dernier cas. C’est une baisse de 11%. En passant de 1,22 $ à 1,30 $ la livre, une hausse de 6,6%, le prix moyen a permis aux crevettiers de déclarer des revenus totaux de 46 180 120 $, là aussi une donnée préliminaire qui n’est pas si loin du record absolu de 2015, à 49 483 840 $, même s’il s’agit d’un fléchissement de 7%, uniquement relié à la baisse des captures.

La baisse des captures de 11% est en partie attribuable à la chute du contingent de 4% dans l’ensemble des quatre zones de pêche de l’estuaire et du golfe Saint-Laurent, soient les zones d’Anticosti, de Sept-Îles, de l’Estuaire et d’Esquiman. Alors que les quotas des zones d’Anticosti et de Sept-Îles sont demeurés les mêmes de 2015 à 2016, ils ont diminué de 8% dans la zone de l’Estuaire. Dans Esquiman, le quota a baissé de 15%, mais les crevettiers québécois n’ont pas ramené de prises de cette zone dans les usines de la Gaspésie ou de la Côte-Nord.

La différence entre la baisse de prises de 11% et la diminution du contingent dans les quatre zones du golfe peut aussi s’expliquer par le fait que les données de débarquement demeurent préliminaires pour l’instant. Il restait notamment deux bateaux à la pêche à la fin de novembre.

«Selon les observations des pêcheurs, lesquelles sont corroborées par les statistiques du MPO (ministère fédéral des Pêches et des Océans), les rendements de la pêche commerciale de la crevette nordique ont été plus faibles en 2016», précise l’économiste Martial Ménard du MPO.

Le biologiste Hugo Bourdages, de l’Institut Maurice-Lamontagne, appuie ces propos avec des précisions.

«En août 2016, le MPO a réalisé un relevé dans la nord du golfe afin d’évaluer l’état de l’écosystème. Les résultats préliminaires montrent que l’abondance de crevette nordique a diminué en 2016 comparativement à 2015, que les eaux se réchauffent aux profondeurs où vit la crevette, soit de 150 à 300 mètres et que la population de sébaste augmente significativement. Le sébaste est un prédateur de la crevette. Ces changements peuvent avoir un impact sur la population de crevette de même que sur l’écosystème. Nous continuons de suivre la situation et au début de 2017, une mise à jour de l’état des stocks sera faite en tenant compte des données de la pêche commerciale et du relevé de recherche. Des recommandations seront alors formulées sur les prélèvements possibles. La gestion des pêches tiendra compte de ces recommandations pour établir les quotas pour la saison de pêche 2017», explique monsieur Bourdages.

Martial Ménard explique que la hausse de prix a touché à divers degrés les catégories de crevette, mais invariablement vers le haut.

«En 2016, tous les prix négociés de la crevette dans le cadre du plan conjoint du Grand Gaspé ont enregistré pour une troisième année consécutive une nouvelle hausse, mais cette fois plus modeste que celle de l’année 2015 par rapport à 2014. Ainsi, les crevettiers ont reçu 1,50 $ la livre pour la grosse crevette, 1,20 $ la livre pour la moyenne et 1,00 $ la livre pour la petite. Pour la grosse crevette, c’est une hausse de 23%, de 14% pour la crevette de taille moyenne et de 33% pour la crevette de petite taille. Pour une deuxième année consécutive, les prix négociés dans le cadre du plan conjoint de la crevette du Grand Gaspé sont un record historique», souligne l’économiste.

Bien qu’importantes, ces augmentations de prix de 2015 à 2016 n’approchaient pas les hausses de 2014 à 2015, s’établissant à 44% pour les grosses crevettes, à 50% pour les moyennes et à 67% pour les petites.

Martial Ménard remarque un aspect étonnant de la dynamique des prix en 2016, puisque le prix du gros de la crevette nordique sur le marché américain a diminué, de 7,08 $ à 6,32 $ américains la livre, une perte de 11% en un peu plus d’un an, alors que le prix au débarquement a augmenté de 6,6%. Généralement, ces deux prix suivent des courbes pointant dans la même direction. Comment expliquer la situation de 2016?

«En dollars canadiens, la baisse a été moindre, en raison de la faiblesse du dollar canadien par rapport à la devise américaine. En effet, ce même prix est passé de 9,05 $ canadiens la livre en 2015 à 8,38 $ canadiens la livre en 2016, soit une baisse de 8%», précise-t-il.

La baisse des prix de gros de la crevette nordique sur le marché américain est attribuable à la hausse de l’offre mondiale de crevette, qu’elle soit sauvage ou d’aquaculture, et à la baisse de la demande en Europe.

En 2015, de l’autre côté de l’Atlantique, le taux admissible des captures autorisé par la commission européenne de crevette en Union européenne a augmenté de 34%.

Dans ce contexte, la demande européenne de crevette nordique a été faible en 2016, le marché européen de crevette nordique ayant démarré l’année saturé de crevette vendue en fin d’année 2015 et en début de 2016 par les usines de Terre-Neuve, note l’économiste.

«Quant à l’offre mondiale de crevette d’aquaculture, elle est également en hausse. On se rappellera qu’entre 2011 et 2013, l’offre mondiale de crevette d’aquaculture a diminué de 20%. Toutefois,     l’industrie de la crevette d’aquaculture en   Asie du Sud-Est se remet lentement de l’épizootie du syndrome de mortalité précoce, aussi appelé EMS ou Early Mortality Syndrom», explique monsieur Ménard.

En 2014, la production thaïlandaise, le principal pays producteur d’Asie du Sud-Est, avait grimpé de 13% comparativement à 2013. En 2015, la Thaïlande a grimpé d’environ 20% pour se situer à 300 000 tonnes, comparativement à 250 000 tonnes l’année précédente.

«Les prévisions font état d’une production totale d’environ 450 000 tonnes en 2016 et les années subséquentes. Rappelons que la crevette d’aquaculture concurrence fortement la crevette nordique canadienne sur notre marché domestique, ainsi que sur les marchés étrangers», note Martial Ménard.

Il explique en partie la hausse de 6,6% du prix moyen au débarquement au Québec, malgré la hausse de l’offre européenne, par la forte baisse de l’offre canadienne de crevette nordique en 2016.

«En effet, le quota de crevette nordique dans la zone 6 à Terre-Neuve a diminué de 40% en 2016. Les débarquements de crevette nordique à Terre-Neuve sont en baisse depuis 2009. Bon an mal an, le prix moyen au débarquement de la crevette au Québec est fortement influencé par les débarquements terre-neuviens. En moyenne dans l’Est du Canada, le Québec débarque environ 13% des quantités totales de crevettes nordiques au Canada comparativement à 67% pour Terre-Neuve. La forte baisse de l’offre canadienne de crevette s’est traduite par des pressions à la hausse sur le prix moyen au débarquement de la crevette nordique en provenance du Québec», analyse monsieur Ménard.

La baisse actuelle de l’offre domestique de crevette nordique aux États-Unis attire aussi son attention. «L’état de la biomasse de la crevette nordique dans le golfe du Maine est très précaire, au point que le total des captures autorisées a chuté ces dernières années. L’abondance de la crevette nordique a atteint son plus bas niveau en 30 ans», dit-il.

«À cela, il faut ajouter que la faiblesse du dollar canadien par rapport au dollar américain s’est poursuivie en 2016, exerçant du même coup des pressions à la hausse sur les prix au débarquement de la crevette nordique au Canada. Après avoir connu un creux historique dans les années 2000, le prix de la crevette nordique a repris de la vigueur et cela est attribuable en partie à la faiblesse du dollar canadien par rapport à la devise américaine depuis 2013», statue monsieur Ménard.

BAISSE DES EXPORTATIONS CANADIENNES DE CREVETTE

Il précise que les exportations canadiennes de crevette nordique ont totalisé 46 078 tonnes pour une valeur de 330 millions $, soit une baisse de 30% en volume et de 24% en valeur. L’Europe et l’Asie sont respectivement les deux principaux marchés d’exportation de la crevette nordique canadienne. En 2016, elles ont diminué de 41% en Europe pour totaliser 23 227 tonnes, comparativement à 39 511 tonnes en 2015, soit une baisse de 41%.

«Les principales destinations de la crevette congelée et décortiquée canadienne sont le Royaume-Uni, le Danemark et l’Islande. Ces trois pays sont la porte d’entrée de la crevette canadienne sur le continent européen. Par la suite, elle est réexportée vers d’autres pays européens ou ailleurs dans le monde. En 2016, les exportations canadiennes de crevette nordique ont diminué de 46% au Danemark, de 8 188 tonnes en 2016 à 15 041 tonnes en 2015, de 42% au Royaume-Uni, à savoir 5 860 tonnes en 2016 comparativement à 10 141 tonnes en 2015, et de 42% en Islande, de 5 639 tonnes en 2016 à 9 647 tonnes en 2015», explique-t-il.

Quant aux exportations québécoises de crevette nordique, elles ont totalisé 1 719 tonnes pour une valeur de 25,1 millions $, soit une hausse de 131% en volume et de 103% en valeur. L’Europe et les États-Unis sont les deux principaux marchés d’exportation de la crevette nordique québécoise, avec des parts de marché de 79% et 20% respectivement, conclut Martial Ménard.

ÉCONOMIE (crevette) – pages 8-9 – Volume 29,6 – Décembre 2016 – Janvier 2017

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À propos de l'auteur : 

Gilles Gagné

Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.

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