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Pêche au crabe des neiges : quotas en baisse, mais l’espoir est au fond de l’eau

Les résultats du relevé scientifique 2025 sur le crabe des neiges de l’estuaire et du nord du golfe Saint-Laurent confirment ce que les pêcheurs redoutaient : la saison 2026 sera marquée par des quotas historiquement bas dans les zones 16 et 17. Malgré la morosité des chiffres, un optimisme prudent se dessine.

Les acteurs de l’industrie voient poindre une relève prometteuse et s’engagent dans une nouvelle démarche scientifique qui devrait, à terme, apporter plus de prévisibilité à une pêcherie soumise aux humeurs changeantes du golfe.

Une baisse historique pour la zone 17

Dans la zone 17, le constat est sans équivoque. Le quota proposé pour 2026, lors du comité consultatif du 24 février, s’établit à 1 130 tonnes métriques. «C’est le plus petit quota qui n’aura jamais été déterminé dans la zone 17», reconnaît le président de l’Association des crabiers de la zone 17, Marc Doucet. Selon sa mémoire, le seuil plancher précédent se situait autour de 1 215 tonnes vers 2020. La règle de contrôle des prises proposée par les sciences offrait une fourchette comprise entre 1 002 et 1 194 tonnes métriques.

Ce chiffre n’a pas surpris les gens du milieu. «Ce sont les prévisions qu’on pensait avoir parce que c’est nous, à l’Association, qui faisons le relevé scientifique avec les biologistes à l’automne», explique le crabier. Les données récoltées sur le terrain pendant la saison de pêche collaient parfaitement aux constats des scientifiques : crabes de plus petite taille, abondance de gros crabes commerciaux au-dessus du seuil légal de 95 mm en net recul. Le relevé scientifique n’a donc fait que mettre des chiffres officiels sur une réalité déjà vécue quotidiennement par les équipages.

La relève cogne à la porte

Ce qui change le ton du discours dans la zone 17 repose sur la présence massive de juvéniles dans les casiers. Ces adolescents annoncent une reprise prochaine de la ressource. «La relève se fait sentir, constate M. Doucet. Elle est juste au bord de la porte et elle cogne pour rentrer! Mais ça va être à la saison 2027 qu’on devrait avoir les meilleurs signes.» Déjà observé dans les zones plus à l’est du golfe, ce cycle naturel devrait atteindre la zone 17 dans les prochaines années.

Du côté de la zone 16, le directeur de l’Office des pêcheurs de crabe des neiges partage un diagnostic similaire quant à la ressource à venir. «On voit des recrues qui vont venir à rentrer dans la pêche», confirme Jean-René Boucher. Il note également la disparition progressive d’un phénomène qui inquiétait l’industrie depuis plusieurs années : des crabes effectuant leur mue terminale avant d’avoir atteint la taille légale de 95 mm, arrêtant donc de grandir en deçà du seuil commercial. «C’est un phénomène qui est en train de s’estomper. C’est positif !»

Zone 16 : un désaccord assumé avec les sciences

Là s’arrête la convergence entre les deux zones. Pour la zone 16, la tension entre l’industrie et le secteur scientifique est plus palpable. Pour 2026, les sciences recommandent une variation entre moins 1 % et moins 17 % par rapport au quota de 2025, soit entre 2 416 et 2 883 tonnes, contre 2 914 tonnes l’an passé. Pour sa part, l’Office des pêcheurs de crabe des neiges de la zone 16 réclame une augmentation de 7 % en s’appuyant sur l’indicateur combiné, cet outil historique de suivi de l’abondance du stock, qui affiche cette valeur positive.

«Bien sûr que non», tranche monsieur Boucher lorsqu’on lui demande s’il est d’accord avec les recommandations des sciences. Sa critique porte moins sur les données brutes que sur la méthode uti-lisée pour en tirer des recommandations de gestion. «Cette année, ce qui nous laisse perplexes, c’est qu’on rechange la manière de faire des sciences, avec une troisième méthode en trois ans. À un moment donné, ça commence à faire !» L’Office demande donc au ministère des Pêches et des Océans d’appliquer l’ancienne méthode, estimant que la valeur positive de l’indicateur combiné devrait guider la décision, plutôt que d’être contredite par une nouvelle règle aux résultats qu’il juge incohérents.

Vers une approche de précaution

Sur le fond, les deux zones s’accordent sur la nécessité d’une approche de précaution à développer en 2026 pour entrer en vigueur en 2027. Notamment exigé par le Bureau du vérificateur général du Canada afin de garantir l’indépendance du processus de fixation des quotas, ce cadre vise à réduire les pressions extérieures et à instaurer une prévisibilité que l’industrie appelle de ses vœux.

Dans cette démarche, Marc Doucet voit une occasion de rationaliser les discussions au comité consultatif. «Avec la nouvelle approche, peut-être qu’en décembre, on aura un peu plus une idée pour savoir où on s’en va au lieu de n’en parler qu’en février.» De son côté, Jean-René Boucher cite l’exemple de la zone 12 du sud du golfe du Saint-Laurent. «Depuis qu’ils ont mis ça en place dans la 12, ça va terriblement bien et il n’y a plus d’obstination; il y a une prévisibilité, les gens savent à quoi s’attendre.»

Reste que M. Boucher exprime des réserves. La zone 16 présente des réalités géographiques complexes : fonds inégaux, courants importants, variations d’un bout à l’autre du territoire. «Est-ce qu’on va être vraiment prêt pour 2027 ? On a des doutes.» Il soulève aussi un enjeu financier : les relevés scientifiques sont entièrement à la charge de l’industrie. «C’est un peu comme tout. Plus ça va, plus ça coûte cher!»

La rentabilité de la saison 2026 reposera sur le prix au débarquement. Dans la zone 17, le président de l’Association des crabiers espère que ce prix sera «au moins maintenu au niveau de l’an passé ou bonifié». Les négociations seront entamées ultérieurement. «Quand il y a une diminution de quota, on espère avoir une augmentation de prix pour pouvoir arriver au même seuil à la fin de l’année financière», ajoute Marc Doucet.

Dans la zone 16, la situation est contrastée selon l’ancienneté des entreprises. «On a des pêcheurs, les vieux de la veille, qui n’ont plus vraiment de dettes. Tout ça n’a rien à voir avec un pêcheur qui a racheté une entreprise il y a quelques années, alors que les quotas étaient plus bas et les taux d’intérêt plus élevés», note le porte-parole de l’Office des pêcheurs de crabe des neiges. La saison 2025 a certes été meilleure que les précédentes, mais certains pêcheurs restent déficitaires depuis 2023.

La zone 17 vise le 23 mars pour le départ en mer. La présence de glaces, qui est une bonne nouvelle pour le développement des œufs, n’inquiète pas Marc Doucet. Selon les conditions, la zone 16 espère un début de saison au début avril. Pour les deux zones, l’essentiel consiste à ce que la ressource donne enfin des   signaux clairs de reprise. Or ces signaux sont bien là.

L’ESTUAIRE ET LE NORD DU GOLFE – page 14 – Volume 39,1 Février – Mars – Avril 2026

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