Pêche au sébaste dans le golfe du Saint-Laurent : la taille du poisson ne répond pas encore aux exigences des marchés

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Les abondantes cohortes de sébastes nés en 2011, 2012 et 2013 dans le golfe du Saint-Laurent n’atteignent toujours pas la taille visée par le marché. La pêche indicatrice menée cet été pour le compte de Madelipêche révèle que les poissons dépassent à peine la mesure légale de 22 cm. Le capitaine du JEAN MATHIEU, Denis Éloquin, précise que leur manque à gagner est encore de plus d’une demi-douzaine de centimètres pour satisfaire à la demande. «Je ne suis revenu à quai qu’avec 5 000 livres, dit-il, parce que partout où j’allais il y avait beaucoup trop de petits poissons mêlés. Les acheteurs veulent une douzaine de pouces de long (30,4 cm) et le poisson a à peu près huit, neuf pouces; il n’y a pas beaucoup de 10 pouces (25,4 cm).»

CAPACITÉ DE SUPPORT

La pêche indicatrice au sébaste démontre aussi la présence d’une forte cohorte 2017 dans le golfe, poursuit le gestionnaire de l’entreprise de Cap-aux-Meules, Paul Boudreau. C’est à se demander, souligne-t-il, si l’abondance des différentes classes d’âge du stock ne freine pas la croissance des poissons. «C’est une bonne nouvelle de savoir qu’il y a plus de petits poissons dans l’eau, parce qu’éventuellement il va y en avoir beaucoup, beaucoup. Mais, ce que j’ai hâte d’avoir comme information de la part des scientifiques c’est : est-ce que le poisson grossit comme c’était prévu avec les tailles, ou c’est plus long que prévu compte tenu de l’importance de la cohorte. Autrement dit, est-ce que le golfe a assez de nourriture pour nourrir de pareilles cohortes de poissons?», questionne M. Boudreau. À ce propos, les biologistes et chercheurs de l’Institut Maurice-Lamontagne (IML) publieront leur prochain avis scientifique en janvier 2020. Déjà, dans leur publication 2018 sur l’évaluation des stocks 2017 de sébaste fasciatus et mentalla des unités 1 et 2, ils mentionnaient que «le sébaste est une espèce à croissance lente et à longévité élevée» qui prend en moyenne «de sept à huit ans pour atteindre la taille réglementaire minimale de capture de 22 cm». De plus, selon l’IML, «les femelles grandissent plus rapidement que les mâles après l’âge d’environ 10 ans.»

FRUITS DE MER MADELEINE

Pour sa part, le directeur général de Fruits de Mer Madeleine, Pierre Deraspe, n’anticipe pas de relance de la pêche commerciale au poisson rouge avant 2021 ou 2022. D’ici là, son entreprise investira près de 6 millions $ dans l’agrandissement de son usine de l’Étang-du-Nord, sa mise en conformité avec les plus récents standards de sécurité alimentaire dictés par l’Agence canadienne d’inspection des aliments et le Global Food Security Initiative (GFSI), de même que dans l’aménagement d’une chaîne de traitement du sébaste.Ces travaux prévus s’étaler sur deux ans débuteront le printemps prochain. «Ça va préparer le terrain, indique M. Deraspe, mais ce n’est pas spécifiquement pour le sébaste. C’est dans le but de rendre plus fluides toutes nos lignes de production et pour développer d’autres espèces. Et là encore, se mécaniser pour faire des filets de sébaste c’est une chose de dernière minute; c’est six mois de commande. Les soumissions sont déjà faites, sauf que ce serait prématuré et dangereux financièrement de commander des équipements d’une valeur incroyable de (2 à 3 mil–   lions $)  pour du poisson qu’on ne pourrait pas faire encore aujourd’hui.» Pour l’instant, Pierre Deraspe calcule que seulement 20 % des prises de sébaste ont une taille intéressante pour les marchés lucratifs. Le reste, qui est vendu à des fins d’appât, dépasse largement la demande, dit-il. «Le marché des appâts a ses limites, et c’est beaucoup moins intéressant, et pour les pêcheurs et pour l’usine. Ça va prendre encore quelques années pour développer une industrie viable avec des gros poissons. On n’est pas rendu là.»

CHALUT SEMI-PÉLAGIQUE

Denis Éloquin qualifie d’ailleurs de ridicule les 30 à 35 cents la livre que paient actuellement les acheteurs néo-écossais pour la boëtte de sébaste. «C’est vrai qu’à 30 cents la livre c’est trop peu pour stimuler une pêcherie», convient Bruno-Pierre Bourque, capitaine du BORÉAS VII. Il a lui-même livré 42 000 livres de poisson rouge chez Fruits de Mer Madeleine pour des tests de marché. «J’ai pêché deux jours et les résultats sont sans surprise, dit-il. Ils reflètent, tant en quantité qu’en grosseur, les prévisions des scientifiques.» M. Bourque raconte qu’il a troqué son chalut pélagique acheté en 2017 pour un chalut semi-pélagique. Il déplore que Pêches et Océans Canada ait induit l’industrie en erreur à l’époque, en laissant entendre que les chaluts pélagiques seraient autorisés dans les zones de pêche fermées au chalut de fond. Or, depuis, le Ministère a changé les règles du jeu en décrétant que tous les chaluts, incluant les pélagiques, sont interdits dans les zones de protection marine à moins que l’industrie ne fasse la preuve qu’ils ne touchent pas le fond. «Nous faire porter le fardeau de la preuve est une manière déguisée de fermer les zones, dénonce le capitaine du BORÉAS VII. C’est vraiment choquant!» Et, s’il a finalement préféré le chalut semi-pélagique au pélagique, c’est parce que dans les mêmes conditions de gestion c’est un équipement moins complexe, plus facile à opérer. «Je veux bien faire mon effort pour la protection marine, mais le gouvernement a tout barré les zones. Il y a des limites à faire compliqué quand on peut faire simple.» Tant Bruno-Pierre Bourque que Denis Éloquin planifient une nouvelle sortie de pêche indicatrice au sébaste en début d’automne.

 

 

LES POISSONS DE FOND – page 12 – Volume 32,4 Septembre-Octobre-Novembre 2019

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À propos de l'auteur : 

Hélène Fauteux

Hélène Fauteux, journaliste et coordonnatrice de la salle des nouvelles de CFIM, la radio communautaire des Îles-de-la-Madeleine depuis 29 ans. Je collabore à Pêche Impact depuis les premières heures du journal. Diplômée de l'Université Concordia, à Montréal, où je me suis spécialisée en presse électronique, au sein des facultés de communication et de journalisme. J’ai fait mes premières armes dans la presse écrite pendant mes études, au Canada français, à l'hebdo du Haut-Richelieu. Depuis j’habite dans l'archipel madelinot où elle j’ai épousé un pêcheur de homard et j’ai développé une solide expertise du secteur des pêches et de la mariculture, épine dorsale de l'économie locale.

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