Pêche printanière au hareng : les pêcheurs commerciaux se disent laissés pour compte

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La majorité des membres du Regroupement des pêcheurs professionnels pélagiques du sud de la Gaspésie (RPPPSG) sortent bredouille de la pêche au hareng de printemps, suite à une baisse majeure du total autorisé de captures (TAC) et un manque d’information, déplore son président Ghislain Collin.

Le TAC pour 2020 a été annoncé la veille de l’ouverture de la pêche, le 28 avril. 18,09 tonnes étaient disponibles pour la zone 16B de la baie des Chaleurs, une limite n’assurant pas la rentabilité des sorties en mer, si bien que la majorité de ses huit membres pêcheurs de hareng est restée à quai. 

UNE BAISSE QUI S’EXPLIQUE MAL

L’an dernier, 44,5 tonnes de hareng étaient autorisées pour la capture dans la zone 16B, ce qui permettait aux pêcheurs du RPPPSG d’y trouver malgré tout leur compte. Toutefois, Ghislain Collin s’explique mal la recommandation des scientifiques à la ministre Bernadette Jordan de baisser ce chiffre à 18,9 tonnes : «Lors du comité consultatif portant sur le hareng, on avait demandé une augmentation du quota. Les scientifiques du ministère des Pêches et des Océans nous disaient que si nous pêchions ou que nous ne pêchions pas, avec la prédation des phoques et des thons, il n’y aura plus de hareng en 2029. On s’est alors dit qu’on ferait bien d’augmenter le quota ou de maintenir le statut quo, c’est soit nous qui prenons le hareng, ou les phoques!»

  1. Collin croit que les scientifiques ne peuvent pas obtenir une représentativité fidèle des populations de hareng si les prises ne sont pas déclarées plus fidèlement ailleurs au Canada. «Nous les pêcheurs, on voit beaucoup, beaucoup de hareng. Mais les seules données que les scientifiques ont, ce sont celles des pêcheurs de la baie des Chaleurs: nous sommes les seuls qui déclarons nos prises par le biais de pesage à quai et des journaux de bord. Ce n’est pas assez pour dresser un portrait complet de la région du sud du golfe. Cette année, le MPO a demandé aux pêcheurs de hareng des autres provinces de déclarer leurs prises avant d’entrer à quai, mais c’est la première année que ça se fait», souligne le président du RPPPSG. Ce dernier reconnait que pour la première fois, l’image des populations de hareng sera plus représentative en 2020 avec cette mesure.

L’annonce tardive du TAC et du début de la saison ont eu des impacts négatifs. La situation, déplore M. Collin, n’a pas permis à ses pêcheurs de hareng de se préparer adéquatement en vue d’une baisse du TAC ou même de pouvoir poser des questions sur ce qu’ils avaient le droit de récolter.

La pêche a débuté le 29 avril et s’est  terminée à midi, le 3 mai.  Les documents   d’«Avis aux pêcheurs» et «Droits de pêche» fournis par Pêche et Océans Canada faisaient état d’une réserve totale de 123,56 tonnes en cas de dépassement de quota. Pour la zone 16B, celle-ci est de 68,09 tonnes. L’avis aux pêcheurs stipule que « Toutes les [zones de pêche] auront accès à la réserve lorsque leur allocation de base aura été capturée avant le 1er juin.»

Or, ce n’est pas le message qu’a compris le RPPPSG. Ghislain Collin explique que la réserve sert à compenser si le quota est dépassé accidentellement, mais qu’elle doit demeurer une réserve pour protéger la ressource. Avec un TAC de 18,09 tonnes, il ne valait pas la peine de sortir en mer. «18 tonnes pour la zone qui part de Gaspé jusqu’à Miscou en incluant la baie des Chaleurs, c’est vraiment peu. Pour nous, deux pêcheurs peuvent faire ça en une journée. Ce n’est rien.» Dans ce contexte les pêcheurs sont demeurés à quai. En plus des pêcheurs gaspésiens, la zone de pêche 16B incluent les pêcheurs de nord-est du Nouveau-Brunswick.

Certains pêcheurs gaspésiens sont toutefois sortis en quête de poisson. Trois d’entre eux ont pris la mer, dont deux homardiers de Saint-Godefroi possédant un permis de pêche commercial de hareng. La pêche a duré quatre jours, ce que M. Collin s’explique mal, encore une fois, vu le faible volume autorisé des captures. Selon lui, plus de 18,09 tonnes ont été pêchées, puisque les pêcheurs n’auraient pas pu travailler aussi longtemps autrement. Selon les données fournies quelques jours plus tard par Pêches et Océans Canada, 121 tonnes de hareng ont été pêchées dans la zone 16B, ce qui confirme les prévisions de M. Collin.

Dans un courriel envoyé à Pêche Impact le 21 mai, le MPO précise qu’il «surveille régulièrement les prises de hareng dans le cadre de son programme de surveillance des prises, qui comprend la vérification des journaux de bord des pêcheurs et des rapports des entreprises à contrat pour la surveillance à quai. Il y a parfois un décalage entre le moment où le poisson est débarqué, qui pour le hareng est traditionnellement la nuit, et celui où les rapports officiels sont reçus, ce qui entraîne des dépassements des limites de capture. Dans le cas de la pêche au hareng dans le sud du Golfe, les pêcheurs de certaines sous-zones de la zone 16 ne capturent généralement pas la totalité de leur quota, tandis que d’autres zones connaissent des dépassements. Le total des débarquements pour les sept sous-zones de la zone 16 ne devrait pas dépasser le quota alloué à la zone 16 dans son ensemble, qui est de 500 tonnes. Les allocations pour chacune des sept sous-zones sont basées sur un accord de partage en place depuis le début des années 2000.»

Dans un autre ordre d’idées, Ghislain Collin déplore la difficulté pour son regroupement de se tailler une place sur le comité consultatif intégré de la pêche au hareng dans un pareil contexte. Notons qu’il existe plusieurs permis de pêche au hareng. Il y a les permis d’appâts (généralement délivrés à des homardiers qui ont le droit de pêcher jusqu’à 2000 livres par jour), les permis commerciaux dont le poisson est destiné à la vente et les grands senneurs.

Afin d’assurer une place à ses membres sur le comité consultatif auprès du ministère des Pêches et des Océans, M. Collin affirme devoir fournir un historique des captures. Or, les deux dernières années n’ont pas permis à ses membres de faire les captures nécessaires. «L’an dernier, le TAC a été capturé avant que le hareng n’arrive réellement dans la baie des Chaleurs, et cette année les pêcheurs n’ont pas pu   sortir», dit-il.

Pire encore, M. Collin craint que l’impossibilité de pêcher pour ses membres, sur deux ans, ne les brime en cas d’application d’un moratoire sur la ressource, puisque les compensations financières accordées par le fédéral sont basées sur l’historique des années précédentes. «On demande donc qu’en cas de moratoire, les deux dernières années ne soient pas considérées dans l’application des mesures afin de ne pas pénaliser les membres», dit-il.

Les communications avec le MPO semblent difficiles pour M. Collin. Omissions d’invitations à des réunions, informations difficiles d’accès ou obtenues à la dernière minute, celui-ci se demande si la place de son regroupement est réellement reconnue au sein du comité. M. Collin a rédigé un mémoire qui sera déposé à Ottawa afin de dénoncer la situation.

LE HARENG TOUJOURS PÊCHÉ

Ghislain Collin note que pendant ce temps, les pêcheurs d’appâts sont toujours autorisés à prélever         2 000 livres de hareng par jour, alors qu’ils ont besoin du quart de ce chiffre pour appâter quotidiennement leurs casiers de homard. «Si on calcule combien de personnes ont le droit de pêcher des appâts dans la zone, c’est énorme», dit-il. Selon M. Collin, les permis d’appâts à eux seuls dépassent, de loin le TAC pour les permis des pêcheurs commerciaux indépendants.

DEMANDES AU MPO

Afin de reprendre le contrôle de la situation pour ses membres, le RPPPSG demande au ministère des Pêches et des Océans d’accorder des quotas individuels aux pêcheurs commerciaux de hareng sans permis de crustacés. De plus, il demande que le ministère ne considère pas les deux dernières années dans le calcul de l’historique des captures de ses membres. Il souhaite un meilleur système de déclaration des prises partout pour le sud du golfe afin de dresser un portrait plus fidèle de l’état de la ressource. M. Collin suggère également de revoir les conditions d’octroi des permis d’appâts et d’autoriser la pêche pour ces derniers en même temps que la pêche commerciale uniquement, afin de mieux répartir les chances de chacun. Il propose aussi une collaboration plus étroite avec la communauté scientifique. Finalement, il demande une meilleure collaboration de la part du comité consultatif et des représentants de la gestion de la ressource au MPO afin d’éviter tout malentendu.

 

LES PÉLAGIQUES – page 23 – Volume 33,2 Avril-Mai 2020

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À propos de l'auteur : 

Ariane Aubert Bonn
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