Reprise prochaine de la pêche au sébaste: des perspectives encourageantes

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Les activités entourant la préparation d’une reprise prochaine de la pêche commerciale au sébaste dans le golfe du Saint-Laurent s’annoncent prometteuses, d’autant plus que la biomasse de ce poisson a augmenté de 20 % en un an. C’est du moins ce que constate la biologiste de l’Institut Maurice-Lamontagne de Mont-Joli, Caroline Senay.

De 2,5 millions de tonnes qu’elle était en 2017, la biomasse de sébaste est aujourd’hui estimée à 3 millions de tonnes dans le nord du golfe du Saint-Laurent. Des deux espèces de sébaste, le mentella a une biomasse dix fois plus grande que le fasciatus. Par ailleurs, le nombre de sébastes mesurant de 22 à 25 cm a augmenté au cours de la dernière année.

COURBE DE CROISSANCE

Autre bonne nouvelle, les sébastes suivent leur courbe de croissance avec une taille modale de 22 cm, qui est la taille la plus commune, correspondant ainsi à la taille minimale de capture. Comme il n’accuse pas de retard de croissance, cela suppose que le poisson n’est pas en surpopulation et qu’il n’est pas malade. «C’est une vraie belle croissance, s’exclame la chercheuse. Si la tendance se maintient, il va être, cet été, autour de 23 à 24 cm.» Notons que la biomasse de sébaste représente 80 % de celle de toutes les espèces capturées lors du dernier relevé de poissons de fond dans le nord du golfe du Saint-Laurent.

La seule ombre au tableau, c’est que le poisson est encore petit. «En 2018, on est arrivés à 22 cm, qui est la taille commerciale, indique Mme Senay. Mais, ça lui a pris de 2011 à 2018 avant d’arriver à  22 cm. C’est normal. Il grandit doucement. Les pêcheurs trouvent ça petit.» C’est sans doute ce qui explique que les quotas pour la pêche expérimentale n’aient pas tous trouvé preneurs, pense la biologiste.

PROJETS DE RECHERCHE

L’année dernière, les chercheurs de l’Institut Maurice-Lamontagne ont fait l’évaluation des stratégies de gestion grâce à des simulations mathématiques qui sont, en quelque sorte, des modèles qui permettent de mesurer le taux d’exploitation des sébastes et de pouvoir offrir une idée des quotas à octroyer dans les prochaines années.

Les scientifiques travaillent maintenant sur d’autres projets de recherche afin d’encadrer la pêche expérimentale au sébaste. «On cherche notamment à diminuer la capture des petits poissons pour lesquels il n’y a pas de valeur sur le marché, précise Mme Senay. À ce moment-là, ça ne sert à rien de pêcher. Ce n’est pas intéressant d’attraper des bébés, ni pour les pêcheurs, ni pour les biologistes.»

Un autre projet de recherche vise à minimiser les prises accessoires. «C’est une bonne nouvelle, la reprise et l’augmentation fulgurante du sébaste, mais il ne faudrait pas que le chalutage du sébaste se fasse au détriment de la morue et du turbot qui ne vont pas très bien ou encore du flétan qui, lui, va plutôt bien et qui se tient dans le même habitat, prévient la scientifique. Donc, trouver des stratégies de pêche pour faire des belles captures de sébaste sans altérer l’état des autres stocks, c’est quelque chose sur lequel on travaille très fort avec la pêche expérimentale et aussi en regardant les données historiques qu’on a.»

DEUX ESPÈCES DE SÉBASTE

Un autre gros projet consiste à mettre en place un protocole pour pouvoir différencier les deux espèces de sébaste. «Le sébaste est composé de deux espèces tout à fait distinctes, mais qui sont morphologiquement quasiment identiques, indique Caroline Senay. C’est fascinant! Quand on regarde leur différence génétique, ces deux espèces-là sont aussi différentes qu’un flétan et une morue.»

Les scientifiques ont des trucs pour les différencier. «On fait le décompte du nombre de rayons de la nageoire anale, explique la biologiste spécialisée dans l’évaluation des stocks de la direction des sciences démersales et benthiques de Pêches et Océans Canada. À partir de ça, on peut avoir un pourcentage de chacune des espèces. Mais à huit rayons, je ne suis pas sûre. Ça peut être une espèce ou l’autre. Ce n’est vraiment pas une tâche qui est aisée. Il faut savoir que ces deux espèces-là n’augmentent pas de la même façon. Le mentella augmente vraiment plus que le fasciatus.»

NOUVEAU PROTOCOLE ET REPRODUCTION

Les deux espèces se retrouvent dans le golfe. Cependant, les grosses cohortes sont majoritairement composées de mentella. «Un des objectifs est d’aller pêcher cette espèce-là qui fait un retour en force et d’essayer de laisser l’autre tranquille», souligne Mme Senay. Par conséquent, le ministère fédéral des Pêches met actuellement en place un nouveau protocole dans la pêche commerciale du sébaste, où les observateurs en mer feront, à compter de cette année, un décompte des rayons visant à savoir qui a pêché quelle espèce, à quel endroit, à quel moment de l’année, à quelle profondeur et avec quel engin. «Une fois qu’on va avoir suffisamment de données, on va être capables d’identifier des stratégies de pêche qui vont cibler l’espèce de sébaste la plus commune pour tenter de minimiser l’impact sur toutes les autres espèces qu’on connaît, soit la morue, le flétan et le turbot, mais aussi le fasciatus, qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, mais qui n’est pas en augmentation de la même façon et qu’on ne retrouve pas aux mêmes endroits, ni aux mêmes profondeurs», fait savoir la chercheuse.

«C’est un projet qui m’a pris beaucoup de temps, ces derniers mois, continue-t-elle. C’est bien lancé. On a fait des formations à Terre-Neuve, dans les Maritimes et au Québec pour que les observateurs soient prêts à récolter des données de qualité dès cet été.»

Un autre projet porte sur la reproduction du sébaste. La quantité de petits sébastes est une variable-clé que les scientifiques de Pêches et Océans Canada veulent tenter d’exploiter de façon durable. «Les données qu’on avait sur la reproduction du sébaste dataient de 1980, mentionne la biologiste de l’Institut Maurice-Lamontagne. C’était des données qui avaient été prises lors de la dernière grosse cohorte de sébaste. Avec les technologies qu’on a maintenant pour mieux quantifier la reproduction, la taille et l’âge à la première maturité, est-ce que les courbes qu’on utilise sont toujours valides? Le golfe et la température ont changé. Il se pourrait que sa reproduction soit modifiée.»

SÉLECTIVITÉ DES ENGINS

Les chercheurs de Pêches et Océans oeuvrent également à un projet substantiel de sélectivité des engins avec la collaboration de Merinov et de plusieurs pêcheurs. «On a travaillé à comparer différentes façons de chaluter, décrit Caroline Senay. Dans les années 1980, il y avait des chaluts pélagiques et des chaluts de fond. On s’est inspiré de ce qui avait été fait dans le temps pour aller voir de quelle façon on peut aller faire des belles captures de sébaste en évitant les petits et les prises accessoires en jouant sur le chalutage en mode pélagique, semi-pélagique ou de fond, en jouant avec la taille des mailles ou en mettant des grilles qui permettent aux poissons de s’échapper. Ça va être magique pour tout le monde si les pêcheurs ont un nouveau marché. Mais, il ne faudra pas que ça se fasse au détriment des petits sébastes ou des autres espèces autour!»

La modification de l’engin de pêche s’inscrit également dans une préoccupation de ne pas tout racler ce qui vit dans les fonds marins. Certains de ces engins sont le résultat d’idées innovantes de certains groupes de pêcheurs du Québec, de Terre-Neuve, de l’Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick. Changer la maille de bord, fabriquer une maille en T pour qu’elle écrase moins, faire une maille plus grande ou poser une grille permettant aux poissons qui ne sont pas dans la gamme de tailles visée de pouvoir s’échapper, voilà autant d’idées développées par les pêcheurs.

L’AUTOMNE ET L’HIVER

La période de pêche indicatrice a été fixée du 15 juin au 31 octobre. Treize groupes de pêcheurs du Québec, de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard ont reçu des quotas.

«Il est où, le poisson, à l’automne et en hiver?, s’interroge par ailleurs Mme Senay. Les pêcheurs le cherchent, mais je ne peux pas les aider parce qu’on n’a pas plus d’idée qu’eux […]. C’est une fenêtre où personne n’allait pêcher depuis plus de 25 ans.»

«Nous, on est en mer avec notre relevé au mois d’août, où on sait ce qui se passe, poursuit-elle. On a plein de données. Mais, le restant de l’année, c’est encore mystérieux. C’est cette pêche expérimentale qui va nous permettre de s’aligner. Par exemple, c’est assez connu dans la littérature que, dans le coin du détroit de Cabot, entre Terre-Neuve et le Cap-Breton, il y a beaucoup d’espèces de poissons de fond, dont le sébaste, qui se ramassent là l’hiver. On ne sait pas trop pourquoi. C’est le genre d’information qu’on veut aller valider.»

PÊCHE DURABLE

Si la pêche au sébaste est bien gérée, Caroline Senay croit qu’il serait possible de l’exploiter pendant une quarantaine d’années. «Une particularité des sébastes, c’est qu’ils vivent très longtemps, soit facilement 40 ans ou même de 60 à 75 ans s’ils ne sont pas pêchés», précise-t-elle.

Elle estime qu’avec les fortes cohortes de 2011, 2012 et 2013, la pêche pourrait durer plusieurs années, à condition qu’elle soit bien gérée. «Mais, il ne faut pas refaire les erreurs du passé, prévient-elle. Il ne faut pas croire que c’est une espèce dont on a des nouvelles cohortes à chaque année. Ce n’est pas comme d’autres espèces où, à chaque année, il y a une nouvelle vague qu’on peut exploiter. Il faut calmer nos ardeurs! Il faut l’étaler judicieusement dans le temps. Si on voit une autre cohorte rentrer […], on pourrait être plus ambitieux. Mais, tant qu’on n’aura pas plusieurs cohortes qui se suivent, il faut conserver précieusement celles qu’on a.»

D’autant plus que les calculs des scientifiques laissent craindre qu’il soit possible qu’il n’y ait pas d’autres vagues de recrutement dans les 30 prochaines années. «Si jamais il y en a une, on sera contents et on refera nos calculs, affirme la biologiste. Mais, avant de la voir arriver, on est mieux d’être prudents et d’utiliser l’approche de précaution […]. » Une autre raison qui nuit à sa relève réside dans le fait que le sébaste pratique le cannibalisme.

La scientifique rappelle qu’avant la cohorte de 2011, la dernière en importance avait été en 1980. «On a été capables de pêcher pendant une dizaine d’années, indique-t-elle. Puis après ça, il n’y en avait plus. Si on en avait pêché moins, on en aurait eu plus longtemps. C’est pour ça qu’on s’est assis avec les pêcheurs pour savoir s’ils voulaient une pêcherie où on en sort beaucoup, mais pas pour longtemps, ou une pêcherie où on en sort moins, mais que leur investissement va être amorti sur plusieurs dizaines d’années. Aussi, veulent-ils moins de poisson, mais du plus gros? C’est à l’industrie à identifier ses objectifs pour savoir ce qu’elle attend de la pêche.» Du côté des biologistes, les objectifs sont clairs. «On veut garder les deux espèces en santé dans la zone saine», énonce Mme Senay.

DIÈTE

Parmi leurs priorités, les biologistes cherchent aussi à quantifier la diète du sébaste. «À la quantité de sébaste qu’il y a, c’est une préoccupation pour tout le monde», souligne la scientifique du ministère fédéral des Pêches. On cherche à connaître ce qu’il mange et d’en savoir davantage par rapport à sa prédation sur la crevette. Les chercheurs peuvent aussi faire des liens indirects. «S’il mange la même chose que le turbot, c’est peut-être pour ça que le turbot ne va pas bien, se demande-t-elle. Mais, on manque encore un peu de données pour affirmer hors de tout doute que c’est une compétition qui a lieu et que c’en est la cause.» Chose certaine, les chercheurs travaillent fort à caractériser la diète du sébaste afin d’avoir une idée des impacts qu’elle peut avoir sur l’écosystème et les autres espèces.

C’est tout un défi puisque le sébaste vit dans le fond de l’eau et que souvent, quand il est ramené de 300 à 400 mètres plus haut d’un coup de chalut, il a tendance, à cause de la décompression, à régurgiter son contenu stomacal. «Même si on étudie bien sa diète, il reste toujours cette zone un peu grise d’incertitude, fait savoir Caroline Senay. Entre ce qu’il a dans l’estomac et ce qu’il avait dans le fond, il y a une partie d’inconnu. On espère, certains collègues et moi, pouvoir en rapporter au labo pour faire des expériences, pour mieux préciser ce qu’il mange. C’est encore au stade de proposition de recherche. On espère avoir des bonnes nouvelles dans les prochains mois.»

Si ce projet de recherche obtenait le financement souhaité, il permettrait de mieux comprendre la dynamique crevette-sébaste en réussissant à préciser l’impact de l’un sur l’autre. «Si on les avait en laboratoire humide, on pourrait faire des présentations et calculer la quantité qui est mangée, explique la biologiste de l’Institut Maurice-Lamontagne. Aussi, en ce moment, on connaît très peu la tolérance à la température et à l’oxygène du sébaste. On sait que l’eau se réchauffe. On voit aussi qu’il y a des zones où il y a de moins en moins d’oxygène dans le fond du golfe. Le sébaste est-il tolérant à ces écarts de température et à cette diminution d’oxygène? Pour l’instant, ce sont des choses qu’on ne connaît pas et qu’on souhaite connaître.»

DÉVELOPPEMENT – pages 14-15 – Volume 32,3 Juin-Juillet-Août 2019

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À propos de l'auteur : 

Johanne Fournier
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