vendredi, avril 3, 2026
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Un bond spectaculaire de la densité de nouvelles recrues de homard dans la pouponnière des Demoiselles de la Baie de Plaisance

La densité de nouvelles recrues de homard dans la pouponnière des Demoiselles de la Baie de Plaisance a fait un bond spectaculaire en 2025! C’est ce que révèle l’échantillonnage mené par le Rassemblement des pêcheurs et pêcheuses des côtes des Îles (RPPCI) dans le cadre de ses travaux de caractérisation des différentes pouponnières de l’archipel. Ses prélèvements par collecteurs benthiques, réalisés au cours des deux premières semaines de septembre, ont démontré la présence d’une moyenne de 15 post-larves de stade 5 par mètre carré (m²) dans ce secteur.

«C’est du jamais vu dans les données historiques des 40 dernières années!, s’exclame le directeur scientifique du RPPCI, Jean-François Laplante. Normalement, on a une moyenne d’une à cinq recrues par m².»

Ce recrutement record de la pouponnière des Demoiselles ne saurait toutefois pas être attribué uniquement au réchauffement de l’eau, puisque la température y était stable à   20 ˚C, au cours de la première quinzaine de septembre, par rapport à la même période de l’an dernier. «Mais c’est vrai que le réchauffement peut favoriser la colonisation de l’habitat», convient M. Laplante qui est toujours à analy- ser ses données d’échantillonnage annuel. Comme à chaque année depuis 5 ans, ses résultats seront également transmis à l’Institut Maurice-Lamontagne (IML), afin d’enrichir la banque d’information du mi-nistère des Pêches et des Océans (MPO).

D’ailleurs, le biologiste du MPO chargé de l’évaluation de la population de homard des Îles, Benoît Bruneau, félicite la rigueur avec laquelle l’échantillonnage du RPPCI a été mené pour que ses relevés par collecteurs benthiques puissent ultimement être comparés à ceux réalisés en plongée par sa propre équipe dans la pouponnière des Demoiselles. Ces plongées, pour le suivi annuel du recrutement de la ressource, se font en parallèle à la campagne de chalutage post-saison de l’IML. Reste à voir si les analyses des résultats du RPPCI seront effectivement statistiquement comparables.

«C’est la première fois cette année qu’on obtient des données complémentaires à nos relevés en plongée, commente M. Bruneau. Je pense que dès 2026 on sera en mesure de dire s’il faut ou non pousser plus loin les efforts du RPPCI pour pouvoir arrimer les deux sources d’échantillonnage. Et, si les deux méthodes s’avèrent tout aussi solides l’une que l’autre, ça pourrait ouvrir la porte à utiliser des collecteurs benthiques ailleurs au Québec.»

D’autre part, le nombre de homards jumbo mesurant plus de 127 mm de la tête à la queue est lui-même en forte croissance sur les fonds marins de la zone 22 des Îles-de-la-Madeleine. C’est ce que signale le biologiste Daniel Munro de l’IML qui a dirigé la mission annuelle de suivi post-saison du 27 août au 9 septembre derniers. Il croit que la taille maximale de captures de 145 mm imposée 2021, afin de contribuer davantage à la pérennité du stock, pourrait en partie expliquer l’augmentation de gros spécimens dans les relevés scientifiques au chalut.

«Les jumbos de 127 mm et plus sont davantage présents dans nos échantillonnages depuis 2010 bien que leur nombre fluctue annuellement, précise M. Munro. Mais cette année, ils sont définitivement en grand nombre! Bien qu’on n’ait pas encore les chiffres pour valider nos impressions générales sur l’état du stock, ces gros homards apparaissent dans presque tous les traits de chalutage. On en a même relevé jusqu’à six dans un seul trait! C’est vraiment une bonne nouvelle pour la productivité.»

Grosses pondeuses

En fait, la remise à l’eau des homards jumbos vise justement à augmenter la productivité du stock, puisque la fécondité des femelles s’accroît avec leur taille. Selon les constats du MPO, les gros individus de 127 mm peuvent produire jusqu’à 35 000 œufs, contre environ 8 000 œufs pour les plus petits en début de maturité sexuelle. Aux Îles, les crustacés femelles ont leur première ponte à une taille variant entre 79 mm et 84 mm, selon qu’elles se trouvent du côté sud ou nord du territoire.

De plus, certaines femelles jumbos pourraient pondre deux années successives avant de muer, alors que l’espèce Homarus americanus suit généralement un cycle de reproduction de deux ans, en alternance entre la ponte et la mue. Qui plus est, on a observé que la ponte et l’éclosion pouvaient se faire plus tôt en   saison chez les femelles dites multipares, c’est-à-dire qui pondent au moins pour la seconde fois. Leurs larves peuvent aussi être plus grandes que celles des femelles primipares, pondant pour la première fois. «Les jumbos sont beaucoup plus efficaces à produire des œufs. Elles nous donnent une assurance que ce sont des œufs de qualité qui vont bien s’implanter», résume l’assistant évaluateur de stock de l’IML.

Le LEIM hors service

Par ailleurs, Daniel Munro nous informe que l’IML a dû recourir à un navire de remplacement pour ses relevés 2025 menés dans l’archipel, en raison d’un bris affectant le système de propulsion du LEIM, son principal navire de recherche depuis 2014. Or, par chance, la mission a pu être conduite à bord d’un navire identique, le PERLEY, rattaché à la direction régionale du ministère fédéral des pêches à Moncton. Il n’a donc pas été nécessaire de procéder à un recalibrage des instruments de mesure de ce dernier, afin d’assurer la fiabilité des méthodes de lecture et la précision des calculs auxquels les évaluateurs du stock de homard des Îles sont habitués.

«Ce sont deux bateaux sœurs et le PERLEY a été réaffecté pour prioriser notre mission jugée plus importante par les dirigeants du MPO, rapporte le biologiste. Et donc ç’a grandement facilité les choses parce que les deux navires fonctionnent de la même façon pour le matériel de travail. Par exemple, le pont est de la même dimension, avec les mêmes ancrages pour y visser directement nos tables de tri. Même chose pour le système de portique à l’arrière, pour l’installation de notre chalut. La distance entre les poulies pour les treuils est exactement la même.»

Néanmoins, M. Munro ajoute qu’il faudra peut-être éliminer les données des deux ou trois premiers traits de chalutage en raison d’une différence dans le système d’ouverture du chalut du PERLEY, par rapport à celui du LEIM. «Il m’a fallu un peu de temps pour me faire la main, ce qui a ralenti un peu la mission, admet le biologiste. Mais sinon, on a couvert la totalité des 50 stations en deux semaines. La   température était vraiment de notre bord. C’était fantastique! Si on n’avait pas eu à s’habituer à deux ou trois aspects, incluant un changement d’équipage en cours de service – le personnel à bord provenait du Nouveau-Brunswick et tout le monde a quand même rapidement assimilé le travail à faire – on aurait pu compléter la mission en 10 jours plutôt que 14.»

Rapport 2026

Les données post-saison 2025 serviront à produire le prochain rapport d’évaluation scientifique du stock de la zone 22 qui sera publié au cours des prochains mois. Ce rapport triennal englobera les relevés scientifiques 2023 et 2024. Daniel Munro prévient que le document comportera   certaines limitations en ce qui concerne l’évaluation de l’abondance de la population du homard des Îles, puisque la mission 2023 avait elle-même été écourtée en raison d’une défaillance électronique survenue à bord du Leim.

On se rappellera que la foudre avait grillé l’ordinateur qui permet de mesurer l’ouverture des portes de son chalut, ce qui avait poussé le chef de mission d’alors, Benoît Bruneau, à réorienter le tir (Pêche Impact, décembre 2023). «C’est sûr qu’on n’aura pas toutes les données pour 2023 et donc, je ne sais pas comment on va intégrer ça, mais il va falloir faire avec», conclut Daniel Munro.

Le rapport scientifique 2026 que l’as- sistant évaluateur cosignera avec M. Bruneau, son chef d’équipe, sera soumis à la révision par les pairs avant que ses grandes conclusions ne soient présentées à l’industrie, à la prochaine réunion du comité consultatif de gestion de la ressource. Ce comité tient habituellement sa réunion annuelle en février ou mars, à Cap-aux-Meules.

BIOLOGIE – pages 14-15 – Volume 38,4 Décembre 2026 – Janvier 2026

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Hélène Fauteux
Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.
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