Le Chantier naval Forillon a franchi une étape majeure à la fin octobre avec la livraison du dernier navire de la classe Baie, le NGCC Baie de Gaspé, marquant ainsi la conclusion d’une décennie de travail soutenu dans le cadre de la Stratégie nationale de construction navale. L’entreprise de Gaspé se tourne maintenant vers la construction d’un navire semi-hauturier de recherche halieutique hybride, une première pour la Garde côtière canadienne (GCC).
Le Chantier naval Forillon a obtenu un contrat s’élevant à 80 millions $ pour dix bateaux de recherche et sauvetage de la classe Baie. Ces navires font partie d’une série totale de 20 unités construites par le chantier gaspésien et son partenaire ontarien, Hike Metal Products Ltd, pour une valeur totale de 180 millions $.
«On a fait dix bateaux pareils depuis 2015, en commençant par la construction du premier, livré en 2017, explique le président-directeur général du Chantier naval Forillon, Jean-David Samuel. Ce sont de beaux et de bons bateaux. Ça aide le chantier à se positionner à long terme.»
Ce projet d’envergure a permis à l’entreprise de se développer considérablement. «Ça a surtout apporté une belle stabilité d’emploi; c’est assurément un gros plus, souligne M. Samuel. On a augmenté notre capacité de gestion de projets, surtout ceux qui sont complexes. Maintenant, on est prêt pour les prochains bateaux!»
Premier navire hybride de la GCC
Le 29 octobre, la Garde côtière canadienne a annoncé le début officiel de la construction du navire semi-hauturier de recherche halieutique, le NSHRH. Le projet de 55 millions $ représente une avancée technologique majeure. Il s’agit du tout premier navire hybride électrique de la GCC, conçu pour réduire significativement les émissions de carbone.
Le navire de 32 mètres de longueur et de 10,5 mètres de largeur sera équipé d’un système de propulsion hybride diesel-électrique avec batteries, permettant d’effectuer des opérations à faible vitesse sur batterie pendant 30 à 60 minutes par jour. Cette technologie vise à atteindre une réduction de 25 % des émissions de CO2 par rapport aux navires traditionnels.
«Il n’y a pas beaucoup de gros bateaux de pêche qui ont été faits avec des batteries, précise le patron du chantier maritime. Est-ce que c’est le futur? On ne le sait pas, on va le savoir dans l’avenir. Mais c’est assurément intéressant et très vendeur.»
Innovations écologiques
Le NSHRH incorpore de nombreuses technologies visant à réduire son empreinte environnementale. Les batteries peuvent être rechargées à partir de sources terrestres ou d’équipements à bord. Elles peuvent servir lors des opérations nocturnes pour éviter l’utilisation de générateurs portuaires, réduisant ainsi la pollution sonore et atmosphérique.
Le système de freinage par récupération permet aux équipements de pont de réinjecter l’énergie excédentaire dans les batteries. Les unités gyroscopiques de stabilisation peuvent également recharger les batteries dans certaines conditions de navigation. Tous les équipements électriques ont été sélectionnés pour optimiser l’efficacité énergétique, incluant des lumières DEL à longue durée de vie.
«C’est un test que le gouvernement fait pour des bateaux plus écologiques, explique le PDG du Chantier Forillon. C’est aussi intéressant pour la diminution du bruit; au lieu d’être toute la nuit sur une génératrice, ils vont fonctionner avec des batteries quand ils arrivent à quai.»
La réduction du bruit constitue un avantage incontournable non seulement pour le confort de l’équipage, mais aussi pour la protection de la faune marine. «La diminution du bruit est importante pour les baleines et pour tous les mammifères marins», estime M. Samuel.
Défi technique
Le nouveau navire représente un défi de taille pour l’équipe du Chantier naval. Malgré sa taille modeste, il doit accueillir un équipage de cinq membres de la Garde côtière et six scientifiques. Il doit aussi intégrer des laboratoires expérimentaux et in silico ainsi qu’une vaste gamme d’équipements scientifiques et de systèmes complexes.
«C’est un bateau dans lequel il y a beaucoup d’ingénierie pour un seul exemplaire, c’est-à-dire qu’il y a beaucoup de stock dans un bateau qui n’est pas si grand que ça, indique M. Samuel. Normalement, un bateau de pêche a de la place en masse. Lui, il a des salles de machines, des salles de batteries, des salles électriques. Donc, c’est vraiment plein de stock partout!»
Le navire est actuellement dans sa phase de construction en acier, qui devrait durer environ un an, suivie d’une autre année consacrée à la construction intérieure. La livraison est prévue pour la fin de 2027.
Perspectives prometteuses
En novembre, la ministre des Services aux autochtones, Mandy Gull-Masty, a annoncé un investissement de plus de 1,1 million $ pour moderniser la rampe de mise à l’eau du chantier, renforçant ainsi sa productivité et sa compétitivité.
Le carnet de commandes de l’entreprise est passablement bien garni. Le chantier vient de terminer un remorqueur pour Les Entreprises PEC de New Richmond et examine plusieurs projets pour le marché terre-neuvien de la pêche. «Le marché va assez bien sur le plan de la demande, s’enthousiasme M. Samuel. C’est intéressant!»
L’homme d’affaires garde également un œil sur de potentielles opportunités qui s’inscriront dans le cadre de la Stratégie nationale de construction navale. «Il y a de très beaux projets à venir pour plusieurs navires pour la Garde côtière et encore plus pour la Défense nationale, mentionne-t-il. Jusqu’à maintenant, on a une belle réponse du gouvernement pour les projets qu’on livre. Je pense que le gouvernement est content de la qualité, du produit fini et du service qu’on lui donne.»
Pour Jean-David Samuel, cette nouvelle phase de développement axée sur l’innovation écologique dans laquelle s’est engagé le Chantier naval Forillon démontre sa capacité à s’adapter aux exigences environnementales, tout en maintenant la qualité de son expertise dans la construction navale.
NOS CHANTIERS NAVALS – page 21 – Volume 38,4 Décembre 2026 – Janvier 2026

























