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Symposium scientifique canado-américain sur le homard : l’importance de l’approche collaborative mise en lumière

Un tout premier symposium scientifique canado-américain sur le homard, tenu les 5 et 6 novembre dernier, a mis en lumière l’importance de l’approche collaborative dans l’acquisition de connaissances sur cette ressource de première importance pour l’industrie. Intitulé North American Lobster Science Symposium, l’événement était organisé conjointement par l’Université du Maine et le Réseau canadien de recherche sur le homard (RCRH).

Dans une formule hybride, il a réuni 100 personnes à même le campus universitaire américain situé à Orono, ainsi que 56 participants par visioconférence dont le coordonnateur scientifique du Rassemblement des pêcheurs et pêcheuses des côtes des Îles (RPPCI), Jean-François Laplante. Ce dernier y a notamment fait une présentation sur le projet marquage lancé dans l’archipel en 2024 afin de suivre le déplacement des crustacés et vérifier ses possibles interactions avec les autres zones de pêche du Canada atlantique (Pêche Impact, septembre 2024).

En tant que membre du conseil d’administration du RCRH, M. Laplante en occupe l’unique siège réservé pour le Québec. Ce réseau a été fondé en 2010 par plus de 20 organisations de pêcheurs de homard de l’Est du pays, en partenariat avec des chercheurs scientifiques gouvernementaux et universitaires, avec pour mission d’assurer la pérennité des stocks.

«Plutôt que d’avoir une approche cloisonnée par zone de pêche, notre approche est globale, expose le biologiste du RPPCI. Chaque zone est gérée différemment, mais à l’époque, la grande question qui se posait était de savoir si les mesures de conservation de la ressource adoptées dans l’une d’elles pouvaient favoriser un secteur voisin qui ne fournit aucun effort particulier de protection. On parlait alors de connectivité des stocks par dispersion larvaire pouvant s’étendre jusqu’aux États-Unis. On ne parlait pas encore de changements climatiques, parce que ça allait encore bien dans le Maine en termes de débarquements.»

L’impact des changements climatiques sur la dynamique des populations de homard et leurs répercussions socio-économiques sur les collectivités de la Nouvelle-Angleterre et du Canada atlantique étaient d’ailleurs les thèmes centraux du Symposium. L’événement a permis de présenter les plus récents travaux de recherche sur les aspects de la biologie, de l’écologie et de l’océanographie se rapportant à la ressource, de même que sur les dimensions humaines et communautaires de l’industrie confrontée à un environnement en mutation.

«En tant que réseau de recherche face à un écosystème en changement, nous  devons collaborer à réfléchir à l’avenir. Réfléchir au sujet des changements de température, à des simulations, à toutes sortes d’aspects du changement et ce, peu importe l’expertise de chacun, a énoncé la chercheure Amalia Harrington, spécialiste de l’écologie du homard à l’École des sciences marines de l’Université du Maine, dans son allocution d’ouverture. […] Il y a plein de sujets qu’il nous faut approfondir pour comprendre comment nous pouvons accroître la résilience de cette importante pêcherie.»

Remontée vers le nord

Nouveaux indicateurs de prédiction de la mue, incidence des contaminants émergents sur le comportement post-larvaire, impacts de la température et de la diète du homard sur sa physiologie, sont certains des travaux de recherche sur lesquels Mme Harrington se penche avec divers partenaires et qui ont fait l’objet de présentations au Symposium.

Mais ce qui préoccupe surtout l’industrie du homard, ce sont les modifications des patrons de distribution de la ressource qui s’étendait jusqu’aux côtes du Rhode   Island, bien au sud de Boston, dans les années 1990. Depuis, en raison du réchauffement de l’eau qui a graduellement atteint des températures peu propices à l’habitat des crustacés, les pêcheries de la Nouvelle-Angleterre ont décliné au point où elles sont dorénavant majoritairement concentrées dans le Maine. Or, les quantités pêchées dans cet état sont elles aussi en baisse constante depuis 2021. En 2024, elles avaient atteint un creux de 86 millions de livres, contre 111 millions de livres trois ans plus tôt, ce qui se traduit par une diminution de plus de 22 %.

«Pendant ce temps, ici, dans le golfe du Saint-Laurent, on a des zones dont la productivité augmente significativement, relève Jean-François Laplante. Et donc, nous, on peut s’inspirer des suivis qui sont en place aux États-Unis depuis 40 ans, au lieu de réinventer la roue. Et eux, peuvent avoir une certaine analyse critique de nos résultats. Au final, par notre approche collaborative, globale, on regarde, entre autres, ce qui se passe au Québec pour voir venir. Parce que la grosse question qui se pose, c’est est-ce que l’industrie du homard va être pérenne dans les 10, 20 prochaines années, ou la Nouvelle-Écosse va subir à son tour ce qui est en train d’arriver dans le Maine?»

Densité record

À cet effet, la très grande variation des densités de recrutement du homard selon que l’on se trouve au nord ou au sud de l’aire de distribution de l’espèce, figure parmi les faits saillants que M. Laplante retient des présentations auxquelles il a assisté lors du North American Lobster Science Symposium. Une étude démontre, par exemple, que dans le Maine, on ne compte plus qu’une moyenne de 0,2 post-larve par mètre carré, contre un score optimal moyen de 7 recrues/m² enregistré sur la pointe ouest de l’Île-du-Prince-Édouard. En comparaison, le coordonnateur scientifique du RPPCI rapporte avoir consigné une densité moyenne record de 15 post-larves de stade 5 par mètre carré dans la pouponnière des Demoiselles de  la Baie de Plaisance, en 2025. «C’est du jamais vu dans les données historiques des Îles-de-la-Madeleine des 40 dernières années, affirme-t-il. Normalement, on a une moyenne d’une à cinq recrues/m².»

L’échantillonnage du RPPCI, par le biais de collecteurs benthiques, fut réalisé au cours des deux premières semaines de  septembre dans le cadre de ses travaux  annuels de caractérisation des différentes pouponnières de l’archipel. Le bond spectaculaire du recrutement dans le secteur des Demoiselles ne saurait toutefois pas être attribué uniquement au réchauffement de l’eau, puisque la température y était stable, à 20 ˚C, par rapport à la même période de 2024. «Mais c’est vrai que le réchauffement peut favoriser la colonisation de l’habitat», convient le biologiste qui est toujours à analyser ses données.

Notons enfin que la prochaine édition du North American Lobster Science Symposium devrait se tenir au Canada en 2027. «Nous souhaitons une alternance entre les États-Unis et le Canada, en tant qu’événement régional complémentaire à la Conférence et à l’Atelier international sur la biologie et la gestion du homard (et du crabe) qui se tiendra à Majorque, en Espagne cette année, nous informe Christina Cash, directrice générale de l’Institut du Homard de l’Université du Maine. Cela signifie que nous ferons du repérage pour trouver un site canadien pour 2027.»

Selon les données combinées du ministère des Pêches et des Océans et de l’Agence océanique et atmosphérique des États-Unis, la valeur des débarquements de homard des deux pays dépassait les 2,6 milliards de dollars canadiens, en 2023. Les deux-tiers de ce montant sont attribuables aux captures du Canada.

REPÈRE – page 30 – Volume 39,1 Février – Mars – Avril 2026

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Hélène Fauteux
Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.
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