Un bilan mitigé pour les flottilles des Îles-de-la-Madeleine

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Les Madelinots dressent un bilan mitigé de la saison de pêche au crabe des neiges qui s’est ouverte avec deux semaines de retard sur fond d’incertitude due à la COVID-19. Selon les données préliminaires du ministère des Pêches et Océans Canada (MPO), les différentes flottilles de l’archipel ont capturé à 90,33 % le contingent global de 2,192 tonnes métriques qui leur était alloué. Le score est de 91,58 % pour les participants à la pêcherie dans la zone 12, dont le rendement moyen a été de 3,55 tonnes par voyage. En comparaison, les participants de la zone 12F ont atteint leur quota à 88,20 % avec des captures moyennes de 2,98 tonnes par voyage.

D’une part, les crabiers des Îles-de-la-Madeleine qualifient notamment de sage la décision de la ministre Bernadette Jordan de maintenir au 30 juin la date de fermeture de la pêcherie, alors que l’Association des crabiers acadiens (ACA) et la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels (FRAPP) réclamaient une prolongation d’une semaine.

«Avec les baleines, le crabe blanc en mue et l’eau qui se réchauffe très rapidement, il n’y avait rien de valable pour demander une prolongation, explique Denis Éloquin de Grande-Entrée. Il a fait beaucoup plus chaud qu’il n’a jamais fait aux Îles en juin; il faisait 24 degrés aux premiers jours de l’été, alors qu’habituellement il fait 16, 18 degrés, et la chaleur affecte beaucoup la qualité.»

SAISON DIFFICILE

Le capitaine du JEAN MATHIEU reconnaît néanmoins que la saison de pêche a été très difficile à cause de la présence des baleines. «C’est beaucoup de stress quand on nous donne un avis de 48-72 heures pour déplacer nos cages; déplacer ses trappes dans les tempêtes, c’est beaucoup de travail. Ce n’est pas évident. J’ai dû déménager trois fois, cette année, 150 trappes et plusieurs fois des 100 trappes. C’est la pire année pour les fermetures de zones! Avec le banc Bradelle, une des zones les plus importantes au cœur du Golfe, c’est au moins les trois quarts du  terrain qui était fermé. Ça nous enrage! La solution c’est d’ouvrir la pêche dès le 1er avril, avant l’arrivée des baleines.»  

«Avec à peu près 90 % des zones de pêche de fermées, on concentre la pêche dans 10% des zones qui restent, renchérit Paul Boudreau, porte-parole des crabiers traditionnels de l’archipel. Et ça fait trois ans que c’est concentré comme ça autour des Îles. Ça a un impact majeur parce que les quotas sont calculés sur toutes les zones et on pêche dans des zones très limitées. On craint tout simplement la disparition de la ressource dans ces zones-là.»   

Malgré tout, M. Éloquin rapporte avoir capturé la quasi-totalité de son quota d’environ 300 000 livres dans la zone 12. Quant à Jocelyn Thériault, capitaine du PHEONIX IX qui pêche dans la petite zone 12F, il a dû se résoudre à laisser    15 % de son contingent individuel de 130 000 livres à l’eau, soit une vingtaine de milliers de livres. «Ça me chagrine oui et non, dit-il. Il. Selon les secteurs et selon la profondeur, le crabe blanc pouvait compter pour 50 % à 100 % des prises par casier au cours des dernières semaines. C’était mieux de fermer la pêche à la date prévue pour préserver la ressource.»

Le capitaine du CAP ADÈLE qui pêche également dans la 12F, Marcel Cormier, a pour sa part laissé une quinzaine de milliers de livres de crabe des neiges à l’eau. «Compte tenu des circonstances, on a trouvé ça quand même raisonnable, dit-il. Mais c’est clair que la ressource était moins abondante que ce que nous disaient les scientifiques; il y a eu surestimation. Il y avait beaucoup moins de crabe que l’année passée et beaucoup plus de crabe blanc; pas de quantité, ni de crabe aussi beau et aussi gros.» 

De son côté, Ghislain Cyr de l’Étang du Nord, membre de la flottille des Nouveaux Arrivants, a réussi à capturer la totalité de son quota de 52 000 livres, mais la saison a été longue, déplore-t-il, en raison de la présence des baleines et d’une limite d’un voyage de 10 000 livres par semaine imposé par l’usine.

«Ça nous a beaucoup retardé. On a déplacé beaucoup de monde à cause des baleines et on a surexploité certaines zones, s’inquiète le capitaine du BIOCK. Cela a affecté nos rendements et je ne suis pas certain que le crabe va s’en remettre. On a aussi été ralentis par la COVID-19. On est partis tard et le meilleur du crabe était passé. Il y a des périodes que ça cage moins et quand tu tombes dans cette période en partant, ça ne va pas vite.»

FIERTÉ DES TRAVAILLEURS D’USINES

D’autre part, la présidente-directrice générale de LA Renaissance des Îles, Lynn Albert, constate, elle aussi, que la saison 2020 de pêche au crabe des neiges du sud du Golfe a été lente, en raison des fermetures de zones pour protéger les baleines et parce que la ressource n’était pas au rendez-vous dans certains secteurs. Mais à son avis, l’industrie a quand même bien tiré son épingle du jeu dans le contexte de la crise économique provoquée par la pandémie de COVID-19.

«Nous avons eu une bonne saison, affirme Mme Albert. Les marchés étaient au rendez-vous et j’en étais la première  surprise. Je ne croyais pas que ça allait se vendre, mais ça s’est bien vendu, sur le marché des États-Unis surtout.»

Chez Fruits de Mer Madeleine de l’Étang-du-Nord, on a traité 2,7 millions de livres, soit 300 000 livres de moins que prévu. «Les approvisionnements sont un peu plus faibles que ce qu’on croyait, mais en général, la qualité à l’usine a été bonne jusqu’à la fin», commente le directeur général de l’entreprise.

Pierre Deraspe salue également le travail de ses employés d’usine, qui ont porté la saison à bout de bras dans le contexte extraordinaire de crise sanitaire pandémique. «La pression sociale était forte pour qu’on annule la saison, rappelle-t-il. Nous sommes très fiers de notre équipe qui a  accepté de venir travailler malgré les circonstances. C’est un important maillon de la chaine qui n’est pas souvent, ni suf-fisamment souligné.»

Guylaine Bourque, qui travaille comme trieuse chez Fruits de Mer Madeleine depuis 29 ans, admet qu’elle avait très peur d’attraper le virus potentiellement mortel. «Mais je suis bien heureuse, très heureuse même, d’avoir fait la saison. J’aimais mieux stresser au travail que de mourir de faim à la maison. Finalement, il n’y a pas eu de malades et ça a super bien été!» 

Fruits de Mer Madeleine avait aménagé deux salles de pause additionnelles pour favoriser la distanciation physique et avait embauché une responsable pour chacune. Prise de température et désinfection des mains, des surfaces fréquemment touchées, de même que des stations assises séparées par des plexiglass tout comme en usine, étaient au cœur de leurs tâches quotidiennes.

«Les gens étaient inquiets au début, reconnaît Pascale Chevarie, chargée de projet pour la certification GFSI et la mise en place et le suivi des recommandations de l’Institut national de santé publique (INSPQ). Nous les avons rencontrés en petits groupes pour leur présenter les consignes et leur montrer tout ce qu’on avait mis en place. Ç’a eu un effet positif ; un effet rassurant.»

3,50 $ LA LIVRE   

Les employés d’usine ont d’ailleurs vite fait d’apprivoiser le port du masque et des lunettes ou de la visière, tel que prescrit par l’INSPQ pour se protéger de la COVID-19. «Les premiers jours, ça a été difficile, parce que le masque m’étouffait; je ne respirais pas bien, raconte Guylaine Bourque. Mais après une semaine, on a reçu les visières a ça a mieux été pour moi.»

Même son de cloche chez Lucie Vigneau de Bassin, affectée à l’empaquetage depuis deux ans. Ses lunettes étaient toujours embuées à cause du masque et la visière a tout réglé. «On a attrapé l’habitude quand même assez vite, dit-elle. La  direction a elle-même été surprise par notre rendement. On a eu de belles félicitations!»

Jules Bourgeois de Fatima, qui travaille dans le département de la congélation depuis 8 ans chez Fruits de Mer Madeleine, note à ce propos que l’adrénaline coulait à flot sur la chaîne de production. «Ça roulait à la planche! En plus du coronavirus, on avait les baleines. On a tous travaillé sur un stress; sous la pression d’une saison hors du commun.» «On a une bonne équipe!», conclut son collègue Jean-Yves Martinet, spécialisé dans la cuisson du crabe des neiges depuis 40 ans.

Enfin, notons que le prix payé à quai est établi à 3,50 $ la livre, contre 5,75 $ la livre en 2019. Les pêcheurs s’attendent à un ajustement à la hausse, affirme le capitaine Jocelyn Thériault. Or, ni Pierre Deraspe ni Lynn Albert ne veulent  s’engager en ce sens. «Nous avons une réflexion à venir au final»; «Je vais en discuter avec mes pêcheurs», nous disent-ils respectivement.

LE SUD DU GOLFE – page 10 – Volume 33,3 Juin-Juillet-Août 2020

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À propos de l'auteur : 

Hélène Fauteux
hfauteux@hotmail.com'

Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.

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