La saison au crabe des neiges doit démarrer plus tôt, selon les pêcheurs et les transformateurs gaspésiens

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L’impact majeur des mesures de protection de la baleine noire sur la capacité de capture du crabe des neiges dans le sud du golfe Saint-Laurent incite les pêcheurs et les transformateurs gaspésiens à réclamer plus que jamais une ouverture plus hâtive à la pêche en 2021.

Les crabiers traditionnels du sud du golfe Saint-Laurent ont laissé 13 % de leur quota individuel à l’eau cette année. La raison principale est simple: la surface de pêche était à ce point frappée par une interdiction de capture pour deux semaines ou pour le reste de la saison pour protéger les baleines noires qu’il ne restait que de petits secteurs ouverts. La saison a commencé le 25 avril et elle s’est terminée le 30 juin.

Luc Gionest, de Pabos Mills, a laissé à l’eau 15 % de son quota individuel, en dépit de 22 sorties en mer. Sa saison a débuté par deux voyages livrés au Marché Blais, qui n’imposait pas de quota par sortie, puis il est revenu à l’usine pour laquelle il livre depuis des années, Unipêche MDM de Paspébiac.

Titulaire d’un quota d’environ 300 000 livres de crabe, il a donc laissé à l’eau 45 000 livres de crustacé.

«Ce 15 %, je vais le récupérer l’an prochain. Il sera redivisé dans le quota. On n’a pas perdu en laissant 15 % du quota à l’eau, excepté ceux qui ont laissé 30 %», note M. Gionest, pour illustrer que de plus grandes pertes signifient une plus grande difficulté à faire ses frais.

La saison 2020 l’a fait réfléchir sur les mesures de protection imposées par le ministère fédéral des Pêches et des Océans pour la baleine noire, mesures qui couvraient en juin un peu plus de 80 % des secteurs de capture.

DES INTERROGATIONS

«La deuxième moitié de saison a été difficile. Il y a eu une grande concentration de bateaux au sud-ouest du golfe, et cette concentration a mis beaucoup de pression sur le crabe. On se questionne aussi sur le volume de crabe alloué; on se demande s’il y en a autant que ça. On se questionne sur la façon d’évaluer le stock. Même en début de saison, ce ne sont pas tous les gars qui ont pris du crabe», analyse Luc Gionest.

Il a noté au cours de la saison que des secteurs traditionnellement bons sont pratiquement dépourvus maintenant.

«Auparavant, on pouvait pêcher entre la pointe du cap Gaspé et la pointe de l’île Miscou, qu’on appelle le «canal», et qui monte le long de la côte. Il y a eu trop de pression de pêche. J’ai mis 40 casiers à l’ouverture de la saison et est-ce que j’ai pris 500 livres?», se demande Luc Gionest, qui n’a aussi vu «rien de bon» dans la vallée de Shédiac.

Comme d’autres crabiers, M. Gionest a apprécié que Pêches et Océans Canada recule en 2020 sur la question de la zone statique, ce grand quadrilatère fermé d’office, présence de baleines noires ou pas, le 30 avril en 2018 et 2019. Sa surface avait été réduite significativement en 2019 mais les crabiers dénonçaient cette fermeture précoce, et l’incapacité de Pêches et Océans d’assurer une ouverture de capture beaucoup plus tôt en avril.

«On est d’accord pour des fermetures de secteurs dynamiques, oui, mais est-ce qu’on peut le moduler autrement? Peut-on éviter les fermetures permanentes? Je pense que oui, après les fermetures, il y a des secteurs où elle est absente. Je pense que le ministère effectue des fermetures permanentes parce qu’il n’a pas l’effectif pour les surveiller. Il faut vraiment que le système de zone soit modulé pour tenir compte de la réalité. Il y a des coins où la baleine stagne. On peut les fermer, mais il y a des secteurs fermés en permanence où il n’y plus de baleines», analyse Luc Gionest.

«Il faut aussi que la pêche débute beaucoup plus tôt, pour accéder à une ressource qui est présentement non disponible. Ça enlèverait de la pression sur le sud-ouest du golfe. La concentration de crabiers est tellement élevée que si tu tombes à l’eau, t’es pas chanceux si tu ne bombes pas assis sur un ballon!», ajoute-t-il, en exagérant avec une image forte.

Si Pêches et Océans Canada devait garder en 2021 «les mêmes paramètres de protection des baleines, il va falloir mettre une mesure supplémentaire pour protéger le sud-ouest du golfe», poursuit-il.

Au sujet des doutes de plusieurs crabiers quant au calcul de la biomasse disponible, il suggère de «réduire de 15 à 20 % le TPA (total des prises admissibles) après l’évaluation. J’ai hâte de voir les données de l’effort de pêche par casier. Ça n’a plus de sens. On a bien fait de ne pas allouer de temps supplémentaire après le 30 juin pour s’approcher du quota global. J’ai donné mon appui à 100 %».

Luc Gionest compte près de 35 ans d’expérience sur des crabiers. «J’ai vécu la crise des années 1980, alors que les quotas étaient descendus à 80 000 livres par bateau».

Il croit conséquemment que les crabiers doivent faire un bout de chemin et faire des représentations au cours des prochains mois afin de modifier certains paramètres de l’entente de cogestion qui les lie à Pêches et Océans Canada.

«Prenons l’approche de précaution. Je crois qu’il devrait y avoir une légère modification du calcul du TPA (total des prises admissibles). En 2017, par exemple, j’ai eu un quota de 450 000 livres. Mais 400 000 livres, ça aurait été bien correct. Dans les grandes années de biomasse, on pourrait étaler la ressource si on veut emmener une plus grande régularité d’une année à l’autre dans les débarquements. On aurait gardé 50 000 livres en 2017 pour 2018 et les travailleurs d’usines, les transformateurs auraient été contents, et les marchés sans doute aussi», propose Luc Gionest.

Son optimisme est modéré quant aux changements qu’il souhaite.

«Le MPO (ministère des Pêches et des Océans) c’est une grosse machine qui ne bouge pas vite. Si on reste avec les mêmes paramètres, une pêche qui commence tard et des fermetures de secteurs qui se multiplient pour protéger la baleine noire, il va falloir diminuer le TPA. Ce n’est pas une dynamique l’fun, déménager des casiers. Ça crée une pêche sous tension. Ce n’est plus de la pêche», assure Luc Gionest.

Il est primordial, dans un contexte où Pêches et Océans Canada continuera à appliquer le concept des secteurs fermés, que ce soit pour 15 jours ou jusqu’au 15 novembre, que la pêche au crabe des neiges commence plus tôt au printemps.

«Je peux croire que cette année, à cause de la COVID, on ait commencé plus tard que prévu mais l’an prochain, il n’y aura pas d’excuse. Il faut commencer le 1er avril. «Montez vos bateaux où vous pourrez sortir», c’est ce que les pêcheurs du Nouveau-Brunswick doivent comprendre. Le rendement n’est plus là. Une pêche plus tôt viendrait réduire cet impact des secteurs fermés», conclut-il.

Depuis longtemps, la pêche au crabe dans le sud du golfe Saint-Laurent démarre quand les crabiers de la Péninsule acadienne, majoritaire dans la zone 12 parmi les pêcheurs traditionnels, peuvent sortir des havres, souvent encombré par les glaces. Depuis que des mesures printanières de protection de la baleine noire ont été instaurées, en 2018, les crabiers gaspésiens font de plus en plus pression pour que la pêche ouvre quand eux sont prêts.

En 2018 et surtout en 2019, la Garde côtière canadienne n’a pas réussi à déglacer les ports de la Péninsule acadienne et assurer l’ouverture de la capture du crabe avant l’imposition de la zone statique de fermeture.

Raymond Sheehan, président de la firme E. Gagnon et Fils, le plus gros acheteur de crabe au Québec, est entièrement d’accord avec la nécessité d’ouvrir la pêche bien plus tôt.

«Les baleines arrivent de plus en plus de bonne heure. C’est année, c’était le 3-4 mai. Avant, c’était vers le 15 mai. En Gaspésie, nos havres sont libres le 1er avril. Il faut arriver à une règle: qui est prêt y va. Tant pis pour les autres. Si on arrive à donner seulement deux semaines de plus aux pêcheurs, ça fera toute une différence», précise M. Sheehan.

LES BALEINES NOIRES: UNE DISTRACTION MAJEURE

Les mesures de protection de la baleine sont-elles devenues une distraction majeure qui affecte énormément l’industrie du crabe des neiges?

«C’est exactement ça. Le bilan de la saison est affecté, à cause des baleines. Quand de 80 à 90 % du golfe est fermé, on ne cherche pas d’autres secteurs. Les gars pêchaient à la même place. Sans baleines, des quotas auraient été pris le 15 mai», note le patron de l’entreprise de Sainte-Thérèse-de-Gaspé.

M. Sheehan était contre la prolongation de saison. «C’était le temps que ça finisse. Tu risques de pêcher du crabe blanc; tu brises les années futures».

Dans l’ensemble, si on inclut les crabiers traditionnels et les détenteurs de plus petits quotas, 90 % du contingent global a été capturé. Chez E. Gagnon et Fils, les livraisons ont atteint presque 8,2 millions de livres, sur une possibilité de 8,5 millions.

«Même si les crabiers traditionnels ont laissé 13 % de leur quota à l’eau, on a réussi à atteindre nos prévisions à 3-4 % près, parce qu’on a beaucoup de petits pêcheurs qui livrent chez nous et qu’ils louent leur quota. Il est vite pêché».

Le marché a bien répondu cette année, malgré la pandémie. «Au début, ce n’était pas fort mais après, tout le monde a été surpris. Personne n’a voulu garder d’inventaire. On ne sait pas ce qui va arriver aux États-Unis, et ça revient, la COVID, là-bas. Le prix a été plus bas, c’est sûr», souligne M. Sheehan.

Les crabiers avec des cales à eau ont reçu 3,75 $ la livre au débarquement, comparativement à 3,50 $ pour les bateaux conventionnels. Raymond Sheehan prédit que le prix sera majoré pour les pêcheurs, quand toutes les ventes auront été réalisées, «quelque part entre 3,75 $ et 4,25 $».

Le contingent pour 2020 s’élevait à 27 257,94 tonnes métriques, comparativement à 28 051 tonnes en 2019.

LE SUD DU GOLFE – page 9 – Volume 33,3 Juin-Juillet-Août 2020

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À propos de l'auteur : 

Gilles Gagné

Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.

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