Une saison de homard empreinte d’incertitude

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La saison de pêche du homard a démarré le 9 mai en Gaspésie, en retard en raison des rebondissements découlant de la pandémie de la COVID-19. Le prix de 6,40 $ la livre versé aux pêcheurs lors de la première semaine a déjoué les prévisions les plus optimistes mais tant les pêcheurs que les acheteurs savent que ce prix ne tiendra pas.

À trois jours du dévoilement du prix de la seconde semaine, tout le monde lié au secteur du homard savait qu’une baisse d’au moins un dollar la livre était dans l’ordre des choses. En 2019, le prix en début de saison s’était établi à 7,50 $ la livre.

«On sait que le premier chiffre du prix ne sera pas 6 et on va être chanceux si ça commence par 5 $», résumait le 19 mai Bill Sheehan, vice-président de la firme E. Gagnon et Fils, alors qu’il avait reçu des échos des premières transactions de la  seconde semaine.

Dans les jours suivants le 9 mai, la demande était forte pour le homard vivant de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, où la capture avait aussi démarré en même temps que dans la péninsule. À ce moment, les prises en Nouvelle-Écosse, où l’on pêche le homard à longueur d’année, étaient à toute fin pratique paralysées depuis la mi-mars, en raison des faibles prix offerts en début de pandémie.

Le homard gaspésien n’a pu atteindre les marchés urbains à temps pour la Fêtes des mères mais il y était pour la Fête des patriotes, une semaine plus tard. Par la suite, les captures du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard, où la capture a débuté le 15 mai, ont commencé à converger vers les centres urbains.

Toutefois, dès la troisième journée de prises dans les Maritimes, les usines de transformation ont commencé à imposer des quotas quotidiens de 500 à 700 livres par bateau, tout en avertissant dans plusieurs cas qu’ils n’achèteraient les prises que pendant six semaines, au lieu de dix.

Cette situation ne s’applique pas en Gaspésie. «Je ne pense pas que ça arrive, en tout cas pas chez Gagnon», souligne Bill Sheehan. Située à Sainte-Thérèse-de-Gaspé, l’entreprise E. Gagnon et Fils est le plus gros acheteur de homard de la péninsule.

La réputation du homard vivant de la Gaspésie et la capacité de transformation des usines aident cette région, comparativement aux Maritimes cette année, note M. Sheehan.

«Avec l’information qu’on a, les ventes de homard vivant seront satisfaisantes, dans les circonstances. Les commandes qu’on a en transformation sont assez bonnes aussi. Ce qui se passe au Nouveau-Brunswick nous aide un peu. Le problè- me là-bas, c’est la capacité des usines de transformation. Le manque de travailleurs étrangers au Nouveau-Brunswick fait mal. Il en manquerait 2000. Le problème n’est pas la capture. Il y a des usines où sur 500 travailleurs, il y a 250 travailleurs étrangers. À Cap Pelé, plusieurs travailleurs sont attirés par Moncton. La Gaspésie est avantagée parce qu’on n’a pas de grande ville proche», analyse M. Sheehan.

Les ventes de homard transformé sont habituellement réalisées en forte proportion, des deux-tiers aux trois-quarts, dans les «HRI», soient les hôtels, les restaurants et les institutions. Les navires de croisières et les casinos sont de bons clients. Présentement, ces secteurs fonctionnent au grand ralenti ou pas du tout.

«Pour la chair, ce sera plus difficile cette année mais j’ai bon espoir qu’on va s’en tirer dans la transformation à cause de notre capacité en usine», conclut Bill Sheehan.

Roch Lelièvre, président de Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan, une autre usine de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, croit aussi que la patience sera un atout dans cette année singulière. En plus d’acheter les prises de 14 homardiers gaspésiens, la firme acquiert les prises de 30 homardiers néo-brunswickois, à qui il n’entend pas imposer de limite quotidienne de prises.

«Les miens n’auront pas de limite. Les Néo-Brunswickois ont une moyenne de 1000 à 1100 livres depuis le début de la saison, et c’est la même chose pour les Gaspésiens. Le homard du Nouveau-Brunswick s’en va en transformation et celui de la Gaspésie va vers le marché du vivant» souligne Roch Lelièvre.

En début de saison, le marché du homard vivant a montré des signes de vigueur qui aurait été jugée inattendue à la fin d’avril. «Les supermarchés ont offert des spéciaux. Notre homard entre d’ailleurs dans les grandes chaînes, par le biais d’Arrivages de Gaspé, une firme de Québec», précise Roch Lelièvre.

La chaîne Metro, par exemple, a offert le homard de la Gaspésie à 6,99 $ la livre pendant une bonne période à la mi-mai. «Ils paient plus cher que ça pour ce homard», assure Roch Lelièvre, en faisant référence à cette stratégie d’escompte, ou «loss leader», dans le jargon du milieu, pour attirer les clients avec un produit d’appel.

En transformation, Roch Lelièvre comptait 135 travailleurs à l‘ouvrage le 20 mai et il attendait l’entrée en fonction de 24 travailleurs étrangers, arrivés au pays le 18 mai et qui entreront en fonction après leur quarantaine, le 1er juin.

Même si cette main d’œuvre l’avantage par rapport à des usines au Nouveau-Brunswick, il s’attend quand même à une saison assez difficile dans la transformation de homard, malgré l‘absence d’imposition de limite quotidienne à ses pêcheurs néo-brunswickois.

«J‘y vais 24 heures à la fois. Dans ma tête, on va garder de l’inventaire un bout de temps dans les produits transformés parce que la restauration n’est pas ouverte. On a réservé de la capacité d’entreposage aux États-Unis. On devrait finir par vendre là-bas. On va aussi vendre en Espagne, en France et en Chine. J’ai des confirmations et on espère pour la Corée», conclut Roch Lelièvre.

À Pabos, le Marché Blais aussi transforme du homard des Maritimes. «On  vient d’avoir une «van» (remorque de camion) de 25 000 livres de l’Île-du-Prince-Édouard», signalait le président de la compagnie, Jean-Paul Blais, le 19 mai. Il s’attendait aussi à une baisse assez nette du prix payé au pêcheur lors de la deuxième semaine de vente.

MESURES D’APPUI MAL ADAPTÉES

Du côté de la capture, O’Neil Cloutier, directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, exprime sa déception devant les mesures d’appui aux pêcheurs annoncés le 14 mai par le premier ministre canadien Justin Trudeau. Il reconnaît que c’est un pas en avant, mais un pas mal adapté à la réalité gaspésienne.

«C’est un programme fait pour aider les pêcheurs et les aides-pêcheurs à pourcentage, et les gens sans lien de parenté. En Gaspésie, 98 % des aide-pêcheurs sont à salaire. Sur nos bateaux, à peu près tout le monde a un lien de parenté avec le propriétaire. C’est le frère, le beau-frère, le cousin ou la conjointe qui travaille à bord. Il y a trois provinces qui sont avantagées dans ce programme, la Colombie-           Britannique, Terre-Neuve et l’Île-du-Prince-Édouard où les gens travaillent à pourcentage», déplore M. Cloutier.

«Pourtant, on a avisé le ministère, à raison de deux réunions par semaine, en plus des représentations par lettres, d’autres conversations et des communications avec notre ministre fédérale (Diane Lebouthillier). On nous a dit : attendez, le programme s’en vient. Ils le sortent et il est tout croche. S’il y a un programme pour les pêcheurs, qu’ils les aident sans restriction», ajoute M. Cloutier.

Les pêcheurs gaspésiens sont aussi désavantagés du fait que plusieurs d’entre eux n’ont pas de compte bancaire d’entreprise, qu’ils déposent leurs revenus de pêche dans leur compte courant et qu’ils paient leurs employés à partir de ce compte.

Le programme de prêt de 40 000 $, montant dont les pêcheurs n’auront qu’à rembourser 30 000 $ à la fin de 2022, n’est également pas adapté à la réalité gaspésienne. «Il y a peut-être de 20 à 25 % de nos pêcheurs qui vont se qualifier. Puis les jeunes pêcheurs qui viennent d’acquérir un permis ces dernières années et qui sont notre relève ne pourront pas survivre s’ils n’ont pas accès à des prêts subventionnés répondant à leurs besoins», dit-il.

Il note que la subvention salariale est aussi concoctée sans répondre aux besoins des membres du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie.

«Ils sont déjà exclus du programme actuel de subvention salariale parce qu’ils n’ont pas eu de fiche de paye entre janvier et mars 2020. Au sujet de l’assurance-emploi, on n’a pas les détails. S’il y a des problèmes, on ne sait pas qui sera laissé de côté», déplore-t-il.

«C’est plus complexe de fois en fois. Il faudrait qu’on ait un portrait plus complet des pêcheurs mais le programme sort en pleine saison. On n’a peu de temps pour répondre aux questions», conclut-il.

LA GASPÉSIE – pages 7-8 – Volume 33,2 Avril-Mai 2020

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À propos de l'auteur : 

Gilles Gagné

Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.

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