mardi, août 9, 2022
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Une saison plus compliquée et ardue pour les crabiers et les transformateurs

Les différentes flottilles de crabe des neiges des Îles-de-la-Madeleine avaient capturé 99 % de leurs contingents respectifs en date du 30 juin, à la fermeture de la saison de pêche 2022. Selon les données préliminaires du ministère des Pêches et des Océans, les débarquements des 48 madelinots participant à la pêcherie dans les zones 12 et 12F totalisaient 2 195 tonnes métriques ™, sur des allocations totales de 2 215 tm.

Le capitaine du Marc-Olivier, Marco Turbide, qui pêche dans la zone 12, raconte avoir eu de la misère à composer avec les multiples fermetures de quadrilatères, pour protéger les baleines noires menacées d’extinction qui venaient s’y nourrir. À la fin juin, une superficie d’environ 11 000 milles nautiques carrés était fermée à la pêche, soit l’équivalent de six fois la dimension de l’Île-du-Prince-Édouard. «Les fermetures étaient plus nombreuses, plus rapides que les autres années, à mon avis, commente M. Turbide. Quand les baleines arrivent, on est à la course : c’est une course contre le temps, une course contre les autres. Tout devient compliqué. Tu déménages tes casiers et tu ne sais pas si la zone sera aussitôt fermée.»

À un moment donné, M. Turbide a même dû déplacer la moitié de ses 150 cages. «Les baleines, ça rend la pêche plus difficile, se désole-t-il. Dans mon secteur, on ne savait plus où aller avec ça; c’était limité parce tout autour c’était fermé. On jetait où on pouvait et non où on voulait.»

Le capitaine du Marc-Olivier fait aussi remarquer qu’il ne pouvait pas trop s’éloigner de ses fonds de pêche traditionnels situés à proximité de son port de débarquement. «Et quand tu vas ailleurs, tu risques que les autres soient déjà passés par là, dit-il. Tu n’as plus de connaissance sur l’état du crabe ou d’où ce qu’il est rendu. T’es hors champ. C’est assez décourageant!»

ZONE 12F MOINS CONTRAIGNANTE

Pour sa part, le capitaine du CAP ADÈLE, Marcel Cormier, qui pêche dans la zone 12 F, se félicite de ne pas avoir été dérangé ni par les baleines, ni par le crabe blanc en mue. «Ça été une saison satisfaisante, résume-t-il. J’ai capturé mon quota individuel de 138 000 livres en seulement une dizaine de voyages. La ressource était au rendez-vous et le crabe était de bonne qualité!»

De plus, M. Cormier note que ses bons rendements lui ont permis de limiter ses sorties en mer et donc ses dépenses de carburant dont le prix du litre a doublé par rapport à l’an dernier. «Le prix du carburant a monté de manière vertigineuse – à 1,90 $ le litre – et les appâts aussi, souligne-t-il. Et il y a eu une baisse du prix du crabe payé au débarquement, de 2,75 $ la livre par rapport à l’an passé. Mais je dirais que la rentabilité de la saison s’équilibre quand même avec celle de l’an dernier, parce que la capture s’est faite plus vite, avec moins de remplissages de fuel.»

MARCHÉS STAGNANTS

Les acheteurs, pour leur part, ont tiré le diable par la queue tout au long de la saison. Malgré deux baisses consécutives du prix payé à quai, qui est passé d’une moyenne de 8,50 $ la livre en début de saison à 7,50 $ à la fin avril, puis à 6 $ au cours du mois de mai, la demande est restée très faible pour le produit canadien.

«C’est une saison très difficile!, résume Gilles Thériault, président de l’Association des transformateurs de crabe du Nouveau-Brunswick. Il était clair qu’avec le prix du marché en diminution constante et le prix qu’on payait aux pêcheurs, qu’on se dirigeait vers une situation totalement désastreuse. Et alors, on les a prévenus que soit on arrête de transformer, pour voir si le marché va se stabiliser, soit on leur permettait de continuer à pêcher, mais juste avec une avance de 6 $ en attendant qu’on sache où va se situer le marché.»

Cependant, rien n’a bougé pour autant et les entrepôts frigorifiques débordent tant au Canada atlantique qu’aux États-Unis. «La demande n’a jamais levé, raconte l’industriel néo-brunswickois. Et les commandes sont bizarres : des gens qui auraient pris 15 conteneurs, bien, ils disent j’vais en prendre un ou deux pour le prochain mois et après ça on verra, au lieu d’en prendre pour toute la saison.»

CRABE RUSSE

Le problème c’est que le marché américain est inondé de crabe russe, acheté l’automne dernier en abondance sur fond de pénurie, en raison de la fermeture de la pêche en Alaska, et quand les dépenses des ménages étaient en hausse. Or, ce qui se vendait jusqu’alors à fort prix a été frappé d’un déclin constant de sa valeur durant l’hiver, parce que les gouvernements américains et canadiens ont mis fin à leurs mesures visant à soutenir la consommation en période de pandémie, et que les consommateurs enfin déconfinés se sont eux-mêmes remis à voyager plutôt que de manger du crabe trop dispendieux à la maison.

De plus, avant que le marché américain ne se ferme aux produits de la Russie en date du 23 juin, comme sanction contre sa guerre menée en Ukraine, les acheteurs américains ont massivement importé le crabe russe ces derniers temps. À tel point que, selon la publication Seafood.com, ces importations ont atteint un record mensuel en mai, avec des volumes quatre fois plus importants que la normale. Il n’en fallait pas plus pour faire dégringoler le prix du marché de plus de moitié par rapport à l’an dernier. Alors qu’il avait atteint un sommet de 20 $US la livre en 2021, le crabe des neiges n’en valait pas plus que 8,10 $US-8,30 $US au cours de la dernière semaine de juin 2022.

«Le prix du marché n’a pas cessé de diminuer tout au long de la saison, souligne Jean-Paul Gagné, directeur général de l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP). Il baisse encore deux fois par semaine! Et ce n’est pas parce que les entrepôts à Boston sont pleins à craquer que le crabe est payé, là. Ça occasionne un grave problème de liquidités pour les industriels.»

FREIN INFLATIONNISTE

Cela dit, Jean-Paul Gagné fait remarquer que la conjoncture très difficile que traverse l’industrie du crabe des neiges ne s’explique pas que par la surabondance de l’offre provenant de Russie. «L’offre était 30 % cette année, sans parler de la Côte-Nord où les allocations étaient de 15 % supérieures à celles de l’an dernier», dit-il.

 Le DG de l’AQIP croit aussi que la poussée inflationniste fait du tort à l’industrie. «Il faut dire qu’en 2021 le prix payé à quai a doublé par rapport à 2020, rappelle M. Gagné. Il est passé de 4,25 $ la livre à 8,50 $. Même les poissonneries en ont arraché ce printemps, elles n’ont pas vendu du crabe des neiges comme les autres années. Et dans tout ça, c’est le consommateur qui décide : est-ce qu’il peut se le permettre ou ne pas se le permettre ?»

Pour sa part, le président et chef de la direction de Fruits de Mer Madeleine, Jean Bérubé, affirme que son entreprise a réussi tant bien que mal à écouler sa production, en s’ajustant «en temps réel» aux demandes des marchés asiatiques et américains. «C’est une bien mauvaise année comparativement à 2021, qui nous a amené à déployer des efforts de vente rarement vus!, dit-il. De façon générale, nous enregistrons une baisse significative de nos revenus de vente.»

Quoi qu’il en soit, M. Bérubé se déclare très fière de l’ensemble de ses travailleurs qui ont largement contribué à faire en sorte que l’entreprise parvienne à traverser cette «saison difficile». «Tant les gens de bureau, que les équipes de production et sur les quais, qu’ils soient Québécois ou Mexicains, ont redoublé d’ardeur et fait un bon travail», conclut-il.

Volume 35,3 – LE SUD DU GOLFE – p.10 Juin-Juillet-Août 2022

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hfauteux@hotmail.com'
Hélène Fauteux
Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.
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