Une surestimation de la biomasse commercialedu crabe des neiges nécessite des ajustements dès maintenant

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Le stock de crabe des neiges se porte bien dans le sud du golfe Saint-Laurent, selon les données scientifiques présentées le 24 février au comité consultatif annuel. La ressource demeure abondante et le recrutement reste vigoureux, mais un ajustement sera nécessaire avant la détermination d’un contingent de captures en raison d’écarts attribuables à une surestimation de la ressource.

Cette surestimation découle d’une distorsion encore à déterminer précisément entre les traits de chalut effectués par le nouveau bateau utilisé pour les relevés et l’ancien bateau, le JEAN-MATHIEU, mis en rancart il y a deux ans.

Si on fait abstraction de l’écart de surestimation, la biomasse disponible se situerait à 77 748 tonnes métriques. Si on tient compte d’une surestimation prudente de 15 %, cette biomasse exploitable chuterait à 66 086 tonnes métriques.

Considérant un taux d’exploitation probable de 38,3 %, ce qui s’appliquerait si les gestionnaires de la ressource optaient pour une biomasse exploitable de 66 086 tonnes, le contingent de captures s’établirait à 25 311 tonnes, selon la règle de décision de l’approche de précaution en vigueur dans le secteur du sud du golfe. En 2020, le taux d’exploitation s’était établi à 36,5 %, un taux sous-évalué, si la biomasse avait été surévaluée.

Un tel contingent représenterait une baisse de prises de 19,25 % comparativement aux        31 340 tonnes du quota révisé de 2020.

«Le niveau de la biomasse pour la pêche de 2021, provenant du relevé 2020, se situe dans la zone saine du cadre de l’approche de précaution», note la biologiste Amélie Rondeau, en faisant référence aux mâles adultes de taille commerciale avec des conditions de carapace 3, 4 et 5.

Pour l’ensemble du golfe et ses quatre zones de pêche, on constate que 75 % de la ressource commerciale disponible à la pêcherie en 2021 est composée de nouvelles recrues, soit          49 564,5 tonnes alors qu’elle était de 59 609 tonnes avant le début de la saison 2020.

Lors du relevé 2020, mené de juillet à septembre, «les principales concentrations locales des crabes de taille commerciale ont été observées au banc Bradelle, dans la vallée de Shédiac, dans les parties centrale et sud du canal des Îles-de-la-Madeleine et dans la partie sud-est du sud du golfe Saint-Laurent. On ajoute aussi la baie des Chaleurs et la zone 12F, au-dessus du Cap-Breton», précise Amélie Rondeau.

Bien que les scientifiques ne décèlent pas de préoccupations majeures à l’endroit du stock dans son ensemble, la question de l’ajustement d’un bateau à l’autre, en ce qui a trait aux chalutiers ayant effectué les relevés scientifiques au cours des dernières années, a occupé, lors du comité consultatif, et elle occupe encore les discussions de l’industrie.

LES SÉRIES TEMPORELLES

Appelée à expliquer en quoi les données du relevé de l’été 2020 diffèrent de celles de 2019, ultimement pour définir l’abondance de la biomasse disponible en 2021, la biologiste note qu’il n’y a pas de grande distinction.

«C’est très similaire; les données étaient similaires, et les relevés aussi. Les différences majeures se situent entre les séries temporelles de 2013 à 2018 et celles des deux dernières années. En 2019, on a   enregistré des indicateurs de surévaluation des abondances de crabe capturé et des autres espèces, associés au changement de navire. Le JEAN-MATHIEU a été mis au rancart», note-t-elle.

Quelles étaient les pourcentages de changements entre les séries temporelles 2013-2018 et 2019-2020 ? «Ça dépend de quelles catégories on parle. Dans les cas des (spécimens) sous-légaux et des femelles, on a vu une abondance globale de plus de 30 à 40 % en 2019 et la même chose en 2020. En 2020, on n’avait plus le JEAN-MATHIEU. On ne voit pas la même ampleur du signal pour les tailles commerciales», souligne Mme Rondeau.

Dans sa tentative d’explication de l’écart des deux séries temporelles, et tenant bien sûr compte du changement de bateau, l’équipe scientifique du ministère fédéral des Pêches et des Océans a rapproché les paramètres.

«On a fait la comparaison surtout avec 2017 et 2018. Ce n’est pas limpide, et c’est difficile à expliquer. On ne voit pas ça, une différence d’abondance de 35 à 40 %, dans la fraction commerciale du stock. Cette abondance dans la taille commerciale n’est pas visible dans les observations. Ça nous incite à la prudence. Les phénomènes devraient s’appliquer de façon homogène à 355 stations, où de bons relevés ont été effectués. Pourquoi à partir de 95 millimètres de diamètre de carapace, on n’a plus le même portrait ? Ce changement dans les captures est à couper au couteau à 95 millimètres et la seule raison, c’est la pression de pêche.

C’est ce qui nous fait penser que le taux d’exploitation est plus élevé que ce qu’on assumait, que ce qu’on pensait qu’il était», explique Amélie Rondeau.

C’est un facteur incitant les biologistes à une grande circonspection dans la détermination d’un taux d’exploitation en 2021.

«De façon logique, il faut être prudent. On a soulevé ces indicateurs en 2019, mais on n’a pas corrigé le tir. On n’a pas fait de correction nulle part, excepté sur nos protocoles de chalutage. Le chalut restait plus longtemps au fond avec le nouveau navire. Il y avait prolongation de la passe passive à la fin du trait officiel de chalut. On a tenté de ramener cette phase passive à une donnée comparable à 2017 et 2018 et on n’a pas réussi. On n’a pas jugé bon de pousser pour une correction de calcul de biomasse commerciale (pour la saison 2020). Là, en l’absence d’une différence dans la surreprésentation des spécimens non-légaux et des femelles, on pense que c’est le temps d’agir, en raison des risques d’une inaction», analyse Mme Rondeau.

Lors du comité consultatif, les scientifiques de Pêches et Océans Canada ont présenté divers scénarios illustrant le taux d’exploitation qui résulterait de l’absence de correction du biais causé par la suréva-luation de la biomasse commerciale.

Ainsi, dans l’éventualité où un biais de 20 % ne serait pas corrigé cette année, c’est-à-dire une biomasse commerciale surévaluée d’une proportion similaire, le taux d’exploitation serait de 50,5 % en 2021, ce qui est énorme. Par contre, si le biais est ramené à zéro, le taux d’exploitation se situerait à 40,4 %, ce qui est très près des 38,3 % suggérés dans le cas où les gestionnaires de la ressource optent pour un contingent de prises admissibles de 25 311 tonnes métriques.

L’analyse de risque du ministère présentée à l’industrie s’est échelonné sur un biais variant de 0 % à 30 %. Les discussions ont porté sur des hypothèses, selon Mme Rondeau, sans formulation d’avis scientifique formel, en tenant compte de facteurs comme le recrutement, la migration, le taux de mortalité et la «capturabilité», selon l’expression consacrée dans le domaine, soit les conditions dans lesquelles les crabes sont pêchés.

BIEN OBSERVER LES FLUCTUATIONS D’ABONDANCE

La biomasse de crabe des neiges est-elle soumise à ce qui a longtemps été considéré comme des cycles d’un certain nombre d’années entre les creux et les sommets, ou est-il tout simplement normal d’assister à un fléchissement de la biomasse commerciale avec quelques bonnes années de captures?

«Le cycle, comme on le connaît, avec des creux et des pics, est beaucoup moins prononcé depuis quelques années. Les femelles sont abondantes. Les masses d’œufs et le taux de fécondation sont bien aussi, donc l’enjeu n’est pas une diminution de la productivité. L’enjeu est de bien suivre les fluctuations d’abondance du stock», précise Amélie Rondeau.

Appelée à commenter l’importance des différences découlant du changement de chalutier dans l’évaluation du stock, la biologiste est catégorique.

«C’est indéniable. Et elles sont importantes à considérer, ces différences. Il y a eu des changements de navire en 1999, 2003, 2013 et 2019. On a constaté qu’on est toujours allé vers des bateaux de plus en plus puissants et ça joue dans la variabilité de nos données. Il faut se concentrer sur le contrôle des différences et les quantifier, et savoir exactement comment le chalut se comporte dans l’eau, pendant le chalutage régulier et aussi à la fin de ce dernier», dit-elle.

Amélie Rondeau souligne qu’il «est important d’identifier, quantifier et contrôler les facteurs susceptibles de brouiller les signaux de la population qu’on veut mesurer. Le navire, c’est une chose, mais on a changé les stations d’échantillonnage, les endroits où l’on donne des traits de chalut. Ça ajoute de la variabilité à nos indicateurs, qui nourrissent l’évaluation. Au sujet des facteurs influençant la productivité, nous n’avons pas d’inquiétude immédiate. Par contre, s’il y a un enjeu au niveau de la surexploitation de la biomasse, donc on parle des gros mâles dominants, s’il y a un problème là, on pourrait voir des conséquences à long terme. C’est un équilibre. Dans le crabe des neiges, on n’exploite pas les femelles, contrairement au homard. Il faut qu’il y ait suffisamment de mâles pour s’accoupler avec les femelles».

Plusieurs pêcheurs ont émis des craintes depuis l’imposition massive de quadrilatères de protection des baleines noires, quadrilatères qui ont pour effet de concentrer la capture dans des secteurs donnés. Cette particularité inquiète-t-elle les biologistes?

«On ne fait pas nécessairement d’analyses à ce niveau-là, mais le crabe est largement distribué partout dans le sud du golfe. Il peut y avoir des variations locales temporaires de l’abondance des mâles commerciaux, mais avec un bon recrutement, ça (le creux potentiel) devrait se faire remplacer. On a noté que même s’il y a eu beaucoup de fermetures à cause de la baleine noire, on a peu de biomasse résiduelle; on n’a pas vu de grosses concentrations. C’est un peu inhabituel. Le crabe est une espèce qui parcourt moins de 20 kilomètres par année», précise Mme Rondeau.

DIMINUTION DES PRISES PAR UNITÉ D’EFFORT

Les gens de l’industrie ont noté en 2020 que les prises étaient assez limitées lors des trois premières semaines de capture. Ils se demandent à quoi est dû ce phénomène et si, dans l’éventualité où il devait se répéter en 2021, on peut le relier à un taux d’exploitation trop élevé en raison d’une surévaluation de la biomasse.

«On a vu la diminution. Beaucoup de facteurs peuvent l’expliquer, liés à l’état du stock ou non (…) L’industrie nous a clairement fait part de l’inquiétude des PUE (prises par unité d’effort). Mais on a vu des baisses de PUE dans les secteurs pas fermés pour les baleines. Le taux d’exploitation pourrait être en cause. Le message-clé? S’il y a surévaluation de la biomasse commerciale, on pourrait assister aux mêmes enjeux de performance de pêche qu’en 2020, c’est-à-dire un quota non-capturé, une diminution des prises par unité d’effort. On pourrait voir une hausse du nombre de casiers levés, venant avec une hausse du nombre de voyages. Oui, on peut relier (le phénomène à un taux d’exploitation trop élevé en raison d’une surévaluation de la biomasse)», conclut-elle.

RÉACTIONS PRUDENTES DE L’INDUSTRIE

Le président de l’Association des crabiers gaspésiens, Daniel Desbois, se dit «un peu déçu» de constater que l’ajustement de calcul de biomasse n’est pas terminé, deux ans après la mise en rancart du Jean-Mathieu.

«On avait payé pour une étude comparative entre les deux bateaux pour ne pas arriver avec une surprise comme ça. Autant le rapport des relevés scientifiques est bon, autant l’approche de précaution est bonne. L’année passée, ils s’étaient aperçus que les bateaux n’avaient pas la même puissance et pas la même vitesse de winch (treuils), mais ça n’a pas réglé grand-chose. Le chalut reste plus longtemps sur le fond. Le trait se fait en principe à deux nœuds sur cinq minutes, mais c’est six minutes, en réalité. C’est beaucoup, comme différence; c’est 20 %»

L’industrie s’attend à un ajustement à la baisse de 15 à 20 % du contingent de capture, après correction du biais attribuable à la surévaluation de la biomasse commerciale.

«Ça dépend comment le 20 % va être pris; 20 %, ça peut vouloir dire 25 %, en raison du taux d’exploitation, qui sera réduit si on change de fourchette, lors de l’ajustement du contingent. C’est déterminé par l’approche de précaution», note le crabier.

Il se réjouit du début des opérations de déglaçage prévu pour le 15 mars dans la Péninsule acadienne, afin de hâter le début de la pêche pour qu’une grande partie de la saison se déroule avant l’arrivée des baleines noires, au début de mai.

«Ce qui est visé, c’est un début de pêche à la fin de mars ou au début d’avril. Il ne faut pas que ça dépasse la première semaine d’avril. Est-ce que la pêche peut commencer du côté gaspésien si les Néo-Brunswickois ne sont pas prêts? Je vais y croire quand je le verrai», dit M. Desbois.

Du côté de la transformation, Raymond Sheehan, président de la firme E. Gagnon et Fils, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, prévoit un prix plus élevé que l’an passé.

«L’inventaire est bas. On prétend que le marché devrait être bon. Aux États-Unis, l’économie semble vouloir reprendre. Ça vaccine beaucoup plus qu’ici. Au Texas, au Mississippi, ils ont ouvert l’économie, mais ça monte beaucoup, les cas de COVID. J’espère qu’ils n’auront pas à revenir en arrière», analyse M. Sheehan.

Il ne risque pas de prédiction pour un prix de départ. «Urner Barry ne publie pas de prix, parce qu’il n’y a pas d’inventaire. Pour les volumes, ça va baisser beaucoup. Les gens s’attendent à 19,5 % de moins. On a transformé 8,5 millions de livres l’an passé et il est resté 11 % du quota à l’eau. On prévoit 7 millions de livres cette année».

LE SUD DU GOLFE – pages 6-7 – Volume 34,1 Février-Mars 2021

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À propos de l'auteur : 

Gilles Gagné

Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.

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