La direction de la firme E. Gagnon et Fils a investi 1,5 million de dollars au cours de la dernière année afin de doter son usine Pêcheries Marinard de Rivière-au-Renard des équipements nécessaires à la transformation d’importants volumes de homard.
La croissance des débarquements de homard du côté nord de la Gaspésie et à l’île d’Anticosti incite les propriétaires de la firme basée à Sainte-Thérèse-de-Gaspé à miser en priorité sur cette espèce, en attendant que les stocks de crevette reprennent plus de vigueur.
«On a fait un test de transformation du homard l’an passé à Rivière-au-Renard. On faisait ça avec les mêmes travailleurs, pour voir si on pouvait y arriver. Il fallait commencer quelque part. Cette année, on a fait une vraie ligne pour le homard. On a une salle, avec tous les équipements à la fine pointe de la technologie, comme à l’usine de Sainte-Thérèse», explique Bill Sheehan, vice-président de E. Gagnon et Fils.
E. Gagnon et Fils est propriétaire de l’usine Pêcheries Marinard depuis octobre 2023. En dépit d’une baisse vertigineuse des quotas de crevette entre 2023 et 2024, la compagnie a réussi à faire fonctionner le complexe de Rivière-au-Renard avec des crevettes congelées dès leur capture par des chalutiers européens.
La dynamique de transport entre les lieux de débarquement européens d’une part, et la Gaspésie d’autre part, ont toutefois eu raison des efforts de la firme E. Gagnon et Fils, notamment parce que les crevettes congelées non-décortiquées arrivaient par conteneurs à Halifax.
Bill Sheehan a bien tenté de voir si ces conteneurs pouvaient arriver à Gaspé, sans succès.
«Il fallait aller les chercher en camion à Halifax. La crevette importée, ce n’est pas réaliste, compte tenu des enjeux de transport. On a profité d’une année où les prix étaient bons, en 2024. Ça pourrait marcher dans les «années d’extras», quand il y a de gros surplus ailleurs. Mais la Norvège et les autres pays qui la pêchent ont aussi leurs usines. Pour nous, maintenant, c’est le moins possible, les crevettes importées. Ce n’est pas concluant, à moins qu’il m’en manque, dans l’optique de faire travailler nos gens. Cette année, je n’aurais pas de ventes pour cette crevette», explique Bill Sheehan.
La ligne de production de homard installée à Rivière-au-Renard donne de la flexibilité au groupe E. Gagnon et Fils pour deux raisons. Il y a d’abord l’augmentation des prises de ce crustacé du côté nord de la Gaspésie, augmentation qui découle des captures des homardiers traditionnels de la zone 19, mais aussi des 51 homardiers ayant reçu des permis exploratoires, 34 dans la péninsule et 17 de l’île d’Anticosti.
Bill Sheehan ne risque pas de prédiction de volume de homard susceptible de passer par l’usine de Rivière-au-Renard en 2026.
«C’est dur à dire, mais je peux dire que Marinard nous donne la possibilité de transformer une «van» (remorque de camion) de plus à chaque jour. 35 000 livres, qui vont de l’usine de Sainte-Thérèse vers Rivière-au-Renard. Le homard est cuit à Sainte-Thérèse et la chair est extraite à Rivière-au-Renard. Ce qui demande le plus de main-d’œuvre, c’est faire de la chair, pas la cuisson. On a 80 travailleurs à Marinard, dont 42 Mexicains. On avait 12 Mexicains en 2025», précise-t-il.
La pêche de la crevette a démarré lors de la deuxième semaine de mai dans les quatre zones du golfe Saint-Laurent, en vertu d’un quota total de 5419 tonnes métriques. En 2024, ce contingent avait fléchi à 3060 tonnes, un creux historique.
«Les pêcheurs qui n’ont pas de permis (traditionnels) alimentent l’usine, comme les bandes des Premières Nations, ou ceux qui louent du quota. Ce n’est pas tout le monde parmi les crevettiers qui a eu du homard. Les usines peuvent aussi employer des bateaux. L’usine de Lamèque, au Nouveau-Brunswick, est fermée. Les crevettiers néo-brunswickois peuvent livrer leurs captures ici. Après trois semaines, la pêche est bonne, avec six bateaux. Il y en aura peut-être 12 plus tard», décrit Bill Sheehan.
TRANSFORMATION – page 21 – Volume 39,2 Mai – Juin – Juillet 2026

























