Augmentation fulgurante de la population de sébastes mentalla : la biomasse dépasse maintenant les 4,3 millions de tonnes

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La biomasse de sébastes mentella de l’Unité 1 du golfe Saint-Laurent atteint un seuil sans précédent de 4 365 000 tonnes métriques. C’est ce qui ressort du dernier relevé de recherche du ministère des Pêches et des Océans, mené au mois d’août 2019. Caroline Senay, biologiste en évaluation des stocks à la Direction des sciences démersales et benthiques de l’Institut Maurice-Lamontagne, explique qu’il s’agit d’une croissance de 100 % par rapport à la précédente évaluation scientifique de 2017.

« Les cohortes 2011, 2012 et 2013 dominent largement, souligne-t-elle. Elles ont quasiment doublé en deux ans, dépassant le point de référence supérieur de l’approche de précaution. En comparaison, sébastes fasciatus se trouve en zone de prudence, avec une biomasse totale de seulement 78 000 tonnes. »

Alors qu’elle qualifie l’augmentation de sébastes mentella de fulgurante, depuis cinq, six ans, Mme Senay parle d’une augmentation modeste pour sébastes fasciatus. « Les deux espèces vont bien, assure-t-elle. Mais une des conclusions de notre avis scientifique, c’est de diriger la pêche commerciale en zone plus profonde, à plus de 300 mètres, pour cibler sébastes mentella qui se trouve plus en profondeur que sébastes fasciatus. Ça va aussi nous aider à pêcher les plus gros individus qui se trouvent aussi plus en profondeur. »

Croissance      

La biologiste de l’IML estime qu’à l’été 2020, les sébastes mentella nés en 2011 compteront pour 51 % des poissons de plus de 25 cm, contre une la taille réglementaire minimale de 22 cm. « Au mois d’août 2019, c’est 25 % de la cohorte 2011 qui faisait plus de 25 cm, avec une biomasse déjà estimée à 497 000 tonnes. Les poissons gagnent à peu près un centimètre et demi par année. »

Avant le moratoire de 1994, au début des années 1990, les quotas annuels étaient de 60 000 tonnes.  « Donc, on pourrait pêcher commercialement les sébastes mentella sans problème, indique Caroline Senay; quoiqu’on ne veuille pas avoir le même rythme de captures que celui qui a mené au moratoire. Il faut gérer le stock prudemment. »

Cependant, Mme Senay dit « avoir de la misère » à concevoir qu’un quota de 60 000 tonnes puisse être capturé cette année, alors que les pêcheurs n’en ont débarqué que 592 tonnes en 2019, sur une possibilité de près de 6 000 tonnes en quotas de pêche indicatrice et de pêche expérimentale. « Il y a encore beaucoup de travail à faire pour coordonner la pêcherie, la transformation et la distribution du produit sur les tablettes d’épicerie », constate-t-elle.

Sélectivité

Le problème, selon Denis Éloquin, capitaine du Jean-Mathieu, c’est qu’il est impossible de ne cibler que les gros poissons de plus de 25 centimètres, qui se trouvent traditionnellement en eaux très profondes. « Le pattern historique de distribution du poisson, tel qu’on le connaissait il y a 26 ans, ne tient plus, souligne-t-il. Il y a désormais du petit poisson tant en grande profondeur, à 250-300 mètres dans le plus creux du Golfe, qu’à petites et moyennes eaux. On ne comprend pas pourquoi, mais il y en a tellement qu’il y en a partout! »

Marcel Cormier, capitaine du Cap Adèle et président de la Fédération des pêcheurs semi-hauturiers du Québec, note à cet effet qu’il n’y a pas de technologie connue pour favoriser la sélectivité des engins de pêche au sébaste, autre que l’ajustement du maillage des filets. Il dit aussi que les restrictions du ministère des Pêches et des Océans freinent l’ardeur des pêcheurs.

« Ils ne veulent pas qu’on chalute nulle part et qu’on touche le fond. Il y a les zones protégées – on ne peut pas toucher les plumes de mer ni les coraux – et en plus il y a les baleines. Ça fait qu’on nous mène la vie dure! »

De plus, le capitaine Cormier fait remarquer que les investissements s’annoncent très importants pour doter la flottille de chaluts semi-pélagiques pour remplacer le chalut de fond « qui a mauvaise presse ». « Ça prend des équipements électroniques spéciaux, des senseurs, pour voir l’écartement des portes et la distance du chalut par rapport au fond. C’est dans les plusieurs centaines de milliers de dollars. Alors, ça prend un prix à quai qui a de l’allure pour justifier ces investissements. Il faudrait aussi que les gouvernements embarquent et nous encouragent un peu. »

0,75 $ la livre

Marcel Cormier calcule que le sébaste devrait se transiger à au moins 0,75 $ et plus la livre au débarquement, pour inciter les pêcheurs à s’y intéresser. « Chaque sortie en mer représente des dépenses immenses en fioul et on n’est pas pour quémander qui veut acheter notre poisson, fait-il valoir. Avec des voyages de deux jours, limités à des captures de 35 000-40 000 livres, conservées dans des bacs pour en assurer la qualité et éviter que le poisson ne soit tout écrasé, un minimum de 0,75 $ serait suffisant pour être rentable. »

Son confrère Denis Éloquin, à la fois actionnaire de l’entreprise de transformation Fruits de Mer Madeleine de l’Étang-du-Nord et de Madelipêche qui détient une part historique de 25 % du contingent de sébaste du Golfe, appelle à une levée du moratoire sur la pêcherie dès cette année. Il croit aussi que c’est aux usines de faire la démonstration qu’elles sont prêtes.

« Ça fait 10 ans qu’on attend que le poisson soit assez gros pour aller pêcher. Si on continue d’attendre, on risque d’attendre longtemps parce qu’il y a trop de petits qui entrent dans la pêche. Un chalut sélectif, ça n’existe pas. D’ailleurs, dans les années 1980-1985, il y avait aussi beaucoup de petits dans les filets; un mélange de différentes tailles. L’industrie doit trouver de nouveaux marchés qui s’adaptent à la situation, en Corée et en Chine, par exemple. On ne peut pas pêcher à l’année pour de la boëtte à 0,25 $ – 0,30 $ la livre. »

L’œuf ou la poule?

De son côté, le directeur général de Fruits de Mer Madeleine, Pierre Deraspe, affirme que la demande actuelle du marché ne justifie pas les investissements d’au moins 2 millions $ pour doter son usine des équipements nécessaires à la transformation du poisson rouge. « On sait qu’il faut se préparer, dit-il, mais on ne peut pas investir si la matière première n’est pas là. Et au moment où on se parle, les débarquements ne justifient pas les investissements ; la mer est pleine, mais on n’en a pas à vendre. Tout est à refaire. Le marché américain n’est plus là. Il veut interdire nos produits à cause des baleines; il n’achètera certainement pas un poisson sous moratoire. C’est une roue qui tourne. »

Parallèlement, Merinov mène des travaux en collaboration avec les pêcheurs sur l’amélioration de la qualité du poisson à sa sortie du chalut et lors de son entreposage dans la cale des navires. Ses chercheurs sont aussi à développer un système de grilles pour faciliter la sélectivité de la pêcherie.  « C’est un système complètement différent de la grille Nordmore utilisée pour la pêche à la crevette, explique Dan Cotton, capitaine du MERIDIAN 66. Mais l’idée de base de faire le tri sur le fond et non sur le pont est la même. Avec le sébaste, on essaie de se servir de la circulation d’eau pour faire passer le petit poisson au travers de deux grilles latérales, placées dans la rallonge du chalut. »

M. Cotton indique que des tests en mer sont prévus dès que le poisson aura suffisamment grossi pour que les sorties soient rentables. « Présentement, c’est bon de faire des tests pour éliminer le petit poisson, mais le poisson qu’on rentre, oui, il est de taille légale, mais personne n’en veut. »

Part historique du québec

Et, en attendant que le poisson grossisse, le Comité québécois sur le sébaste, formé depuis 2017 de représentants du gouvernement et de l’industrie, poursuit ses travaux pour en défendre les intérêts.      « Nous veillons à ce que la part historique québécoise de 33,17 % du quota global de sébaste dans le golfe du Saint-Laurent soit maintenue lors de la prochaine levée du moratoire, nous indique par courriel le cabinet du ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne. La décision du gouvernement fédéral devra également prendre en considération la répartition historique du quota entre les différents intervenants québécois. »

À cet effet, le ministre Lamontagne entretient « un dialogue constant avec les associations de pêcheurs et d’usines de transformation » pour s’assurer de répondre à leurs besoins. De plus, il utilise « toutes les tribunes » qui lui permettent « d’interagir avec les interlocuteurs fédéraux pour les sensibiliser à l’importance qu’accorde le Québec au maintien de ses parts historiques ».

Le cabinet du ministre Lamontagne indique aussi que le ministre a spécifiquement discuté de ce sujet avec son homologue fédérale, Bernadette Jordan, tout comme ce fut le cas auprès de son prédécesseur, Jonathan Wilkinson, et de ses semblables provinciaux des pêches.

LES POISSONS DE FOND – page 16 – Volume 33,1 Février-Mars 2020

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À propos de l'auteur : 

Hélène Fauteux
hfauteux@hotmail.com'

Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.

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