Chasse aux phoques gris à Île Brion sur une portion du territoire : Québec dit oui pour une activité scientifique

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Le gouvernement du Québec répond favorablement aux Madelinots en annonçant l’ouverture, dès cet hiver, d’une portion de la réserve écologique de l’île Brion à la chasse aux phoques gris. Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), Benoît Charette, parle d’une chasse scientifique  pour définir les paramètres d’une chasse commerciale durable.

Il donne ainsi suite à une recommandation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) formulée en 2018, visant à acquérir des connaissances sur les écosystèmes fragiles de l’île Brion avant de donner le feu vert aux revendications de la Communauté maritime des Îles-de-la-Madeleine. «On ne doute pas de l’impact du troupeau de phoques gris parce qu’il est en surpopulation sur l’île Brion, affirme le ministre Charette; l’espèce est nuisible pour la pêche et les écosystèmes. Mais pour bien faire les choses, on veut mesurer cet impact sur la faune et la flore; nous voulons le quantifier et le qualifier. C’est pour ça qu’on s’associe à la science.»

TRAVAUX À DEUX VOLETS

C’est le chercheur en écologie végétale et professeur de biologie à l’Université Laval, Stéphane Boudreau, qui dirige les travaux de recherche pour le compte du ministère. Il documentera l’impact sur l’écosystème dunaire de l’Île Brion tant du troupeau de phoques gris, estimé à 11 400 individus, que des activités de chasse commerciale de l’espèce. M. Boudreau y a déjà effectué deux campagnes préliminaires, en septembre 2019 et en août 2020, pour faire des prélèvements de végétation et de sol, de même que pour échantillonner les carcasses de phoques présentes sur le système dunaire ainsi que les tanières de renard.

«L’objectif premier est de déterminer si le phoque gris est une menace pour l’intégrité écologique de l’écosystème dunaire, par son piétinement de la plage et de la végétation, en particulier, explique M. Boudreau. Nous allons notamment mesurer l’impact sur les végétaux de la fertilisation des sols par l’urine et les fèces, et les effets potentiels des phoques sur certaines espèces d’oiseaux qui nichent au sol, tels que le pluvier siffleur et le grèbe esclavon qui sont deux espèces menacées.» 

L’ophioglosse nain et l’hudsonie tomenteuse sont, quant à elles, deux plantes menacées ou vulnérables, présentes sur l’île Brion, précise Stéphane Boudreau. De plus, ses travaux l’amèneront à se pencher sur les impacts indirects de la colonie de phoques gris sur la population de renard roux, également établie dans la réserve écologique. «Le renard peut profiter de la mortalité naturelle des phoques en se nourrissant de leurs carcasses, souligne-t-il. Cet apport en nourriture pourrait favoriser la reproduction du renard et augmenter sa prédation sur les oiseaux menacés.» 

D’autre part, le chercheur de l’Université Laval dit qu’il se positionnera comme un «observateur externe» des activités de chasse à l’île Brion, pour déterminer si elles ont, oui ou non, un impact sur la végétation et la dynamique de l’écosystème dunaire dans son ensemble. «Nous allons, entre autres, profiter de l’éviscération des captures pour faire des analyses de contenus stomacaux pour mieux connaître l’écologie du phoque, indique M. Boudreau. Mais c’est clair que ce n’est pas notre mandat de statuer sur la pertinence de la chasse ; on sait que c’est un sujet très politique. On s’intéresse à l’aspect écologique du phoque et de la chasse, mais on ne prend pas position dans ce débat-là.»

MILIEU NATUREL DÉSIGNÉ

Cela dit, le professeur de biologie admet que les résultats de ses recherches pourraient quand même alimenter le débat sur le bien-fondé de la chasse aux loups-marins. Quoi qu’il en soit, le ministre Charette prévoit que le rapport que lui présentera le chercheur de l’Université Laval en mars 2023 aidera à établir un quota de chasse commerciale aux abords de la réserve écologique pour les années futures. «À partir du moment où le phoque chassé à tant de proportion a un effet positif ou négatif, l’avis scientifique de l’Université Laval aura un effet sur la gestion de cette chasse, dit-il. La chasse de 2021 est la première étape, le premier balbutiement d’une démarche attendue depuis longtemps par les Made-linots, pour l’établissement d’une chasse commerciale de long terme.»

L’Association des chasseurs de phoques intra-Québec (ACPIQ) est cependant fermement opposée à l’établissement d’un quota de chasse à l’île Brion. «Le taux de capture du phoque gris est établi sur une base de population, fait valoir son directeur général Gil Thériault. On ne veut pas être limité par zone ou colonie ; c’est non négociable. Si on commence à établir des taux de capture par colonie, ça va rendre impossible la gestion de ce mammifère, en plus de tuer l’industrie. Et scientifiquement, une telle approche ne tient pas la route non plus parce qu’on parle d’une seule et même population dont les membres interagissent entre eux.»

M. Thériault se déclare d’ailleurs étonné et déçu d’avoir appris les détails de l’annonce gouvernementale par le biais des médias locaux, le 21 octobre. «Comme on n’a pas été mis dans le coup, on avait énormément de questions avant de savoir si c’était une bonne nouvelle ou pas», fait-il remarquer. Or, Benoît Charette a promis une série de consultations auprès de l’ACPIQ, avant la saison de chasse de la fin janvier. Au moment d’aller sous presse, son ministère avait déjà tenu deux séances de travail, auxquelles ont notamment participé le directeur du bureau local du ministère des Pêches et des Océans (MPO) et un représentant de la Communauté maritime, «pour convenir des grandes lignes de ce que pourrait être la première année de chasse sur les plages de Brion à l’hiver 2021 et échanger sur les modifications à apporter à la réserve écologique». «J’ai été agréablement surpris de la belle écoute des fonctionnaires», admet Gil Thériault. Le professeur Stéphane Boudreau sera aussi bientôt appelé à se joindre aux discussions pour «intégrer le volet scientifique aux modalités de chasse dans une optique de permettre une activité durable avec un minimum d’impact sur l’écosystème».

À cette fin, le ministre Charette va se prévaloir de l’article 13 de la Loi sur la conservation du patrimoine naturel pour soustraire une portion de la plage de l’île Brion à la protection de la réserve écologique. Cet    article prévoit que le ministre puisse désigner certains territoires à titre de «milieu naturel désigné par un plan» lorsqu’ils se distinguent par «la rareté ou l’intérêt exceptionnel que présente l’une de leurs caractéristiques biophysiques». Selon le MELCC, une telle attribution dans le cas de l’île Brion est une première au Québec.

APPEL À LA SOUPLESSE

La superficie de ce milieu naturel désigné, où seront permises tant la chasse aux phoques gris que les activités éducatives et récréatives à faible impact écologique, reste toutefois à définir. De plus, il s’agira d’une zone statique qui ne pourra pas être ajustée, advenant un déplacement de la colonie de phoques gris vers d’autres plages de l’île Brion. «On ne travaille pas dans cette perspective-là, expose le ministre Charette. Compte tenu de la richesse des lieux, on veut en limiter le plus possible la fréquentation. Il n’est pas impossible que le cheptel migre vers d’autres secteurs, mais comme il est toujours en croissance, il serait étonnant qu’il se déplace entièrement. Le scénario le plus probable c’est qu’il fréquente l’espace dédié et déborde aux alentours.» Benoît Charette n’exclut quand même pas la possibilité d’une «réévaluation si la situation l’oblige». 

À ce propos, le directeur de l’ACPIQ, Gil Thériault, appelle à la souplesse. «On voit déjà des phoques mettre bas sous les arbres, à l’île Brion, s’inquiète-t-il. S’il n’y a pas d’ajustements prévus d’avance, on va être continuellement en consultation devant le BAPE, toujours à la remorque des changements de la nature. La nature n’est pas un concept immobile. Une telle vision très limitée qui plaît aux fonctionnaires, qui veulent mettre la nature dans de petites cases, ne reflète aucunement la réalité sur le terrain.»    

Selon les prévisions du MPO, la population de phoques gris de l’Est du Canada s’élèvera à 519 000 têtes en janvier 2021. Depuis 2016, elle croîtrait au rythme d’environ 4 % par année; une donnée qui sera validée lors du prochain recensement prévu en début d’année. Les phoques gris consomment de 1,5 à 2 tonnes de poisson par année, précise le chercheur scientifique Mike Hammill, de l’Institut Maurice-Lamontagne. L’hiver, dans le détroit de Cabot où hiverne la morue de la zone 4T, ce poisson compte pour 50 % de leur diète. Sur une base annuelle, ce taux passe à 10 %. Le MPO prévoit que la prédation de la morue par les phoques gris mènera à l’extinction de cette espèce de poisson de fond d’ici 2050.

GESTION – pages 38-39 – Volume 33,5 Décembre 2020-Janvier 2021

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À propos de l'auteur : 

Hélène Fauteux
hfauteux@hotmail.com'

Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.

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