Crabe des neiges : le prix record balaie le souvenir d’une baisse de quota de 26 %

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Les grincements de dents entendus en fin d’hiver lors de l’annonce d’une réduction de contingent de  26 % pour la zone 12 ont été vite balayés en avril quand les crabiers évoluant dans le sud du golfe Saint-Laurent ont vu la hausse de prix qui leur a été offerte peu après le début de la capture.

En Gaspésie, le prix de base payé au débarquement a été fixé à 5,75 $ la livre pour les crabiers disposant de cales à eau et à 5,25 $ lors du départ de la saison dans la nuit du 2 au 3 avril. Ce prix a toutefois vite grimpé à 7,50 $ et 7 $ quelques heures après les premières livraisons. Quelques jours plus tard, il a crû de nouveau, cette fois à 8,50 $ et 8 $, jusqu’à la fin de la saison.

Daniel Desbois, président de l’Association des crabiers gaspésiens, parle en termes élogieux de la saison 2021, au cours de laquelle les rendements par casier ont été supérieurs à la moyenne, surtout au début, pour capturer la part gaspésienne des 20 403,5 tonnes métriques de quota.

DÉBUT HÂTIF CONCLUANT

«On a eu une très belle saison. C’est sûr qu’on a eu une diminution de quotas, mais les captures ont été très fortes, surtout en début de saison. Le début hâtif, ça a vraiment aidé. Ça fait très longtemps qu’on a pêché tôt comme ça. La saison s’est déroulée très rapidement. Après six semaines, une bonne majorité des crabiers avaient terminé», signale M. Desbois.

Le prix de 8,50 $ la livre pour les pêcheurs avec cales à eau a bien aidé à composer avec la baisse de 26 % du quota de la zone 12 dans le sud du golfe.

«Ça s’est stabilisé par rapport à l’année passée. C’est un record, c’est très bon,» note Daniel Desbois, rappelant que le prix de base en 2020, de 3,35 $ la livre, rajusté à environ 4,25 $ à la fin de l’année, avait fortement fléchi à cause de la COVID-19.

La pêche s’est en grande partie déroulée pendant le mois précédant l’arrivée des premières baleines noires dans le sud du golfe Saint-Laurent. Il s’agit d’un autre élément ayant aidé les crabiers à se concentrer sur la capture et non à déplacer des casiers, précise M. Desbois, qui a surtout pêché dans le secteur du banc de Bradelle.

Les crabiers ont toutefois été surpris par la précocité de l’apparition du crabe blanc, ou crabe en mue, dit-il.

«Le crabe blanc est arrivé beaucoup plus tôt, même si l’eau était très froide. Il était présent trois semaines avant la moyenne habituelle, donc le 20 avril au lieu du 15 mai. Est-ce un signe de gros   recrutement pour l’avenir? Le crabe n’était pas aux mêmes endroits. Le crabe (l’hiver) se tient sur les parties plus profondes et il monte. Cette année, il était plus profond que d’habitude au début parce qu’on a commencé plus tôt», analyse M. Desbois.

Il refuse de faire des prédictions pour la pêche en 2022, considérant tout le travail à faire en 2021 par les équipes scientifiques. «On a vu beaucoup de petits crabes dans les casiers. C’est bon signe. Ça augure bien».

Du côté de la mise en marché, Bill Sheehan, vice-président de la firme E. Gagnon et Fils, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, se souvient d’une amorce un peu stressante.

«On a quand même eu un début de saison teinté par la fameuse COVID, avec les travailleurs étrangers qui ont commencé deux semaines plus tard que prévu. Le départ hâtif de la pêche a vraiment aidé. Les baleines sont arrivées un peu normalement (au début de mai); ce n’était pas devancé. Ça nous a donné une chance de capturer le quota presque au complet avant que les baleines arrivent. Par exemple, après trois semaines de pêche, il y avait presque les deux tiers du quota de capturé» signale M. Sheehan.

TRÈS FORTE DEMANDE AMÉRICAINE

Le prix record qui a suivi quelques heures après le début de la saison n’a pas constitué une surprise totale.

«On l’avait vu venir un peu, mais on ne pensait pas que ça continuerait à augmenter quelques jours plus tard. Il n’y avait plus d’inventaires dans les entrepôts depuis un bout de temps. Malgré la vitesse avec laquelle le crabe est entré, c’est parti tôt. Il n’en reste plus dans les usines, je suis presque certain, Il en reste dans les entrepôts aux États-Unis, pour satisfaire les clients qui en veulent à tous les mois. Pour les Américains, la roue est repartie de plus belle. Les croisiéristes, les casinos, les hôtels, ça contribue à maintenir la demande» explique Bill Sheehan.

L’usine E. Gagnon et Fils a transformé 7,5 millions de livres de crabe des neiges au printemps 2021, comme prévu. Entre 350 et 400 travailleurs ont vu à cette transformation. L’effectif total de l’entreprise a dépassé 500 personnes cette année, en comptant les équipes au déchargement des bateaux, au transport et à l’administration.

La faiblesse du dollar canadien par   rapport à la devise américaine a aussi contribué à soutenir le prix du crabe en sol canadien puisque les ventes sont essentiellement réalisées aux États-Unis.

«Le taux de change s’est tenu entre 1,20 $ et 1,25 $ (dollar canadien pour un dollar américain). Ça nous donne de 20 à 25 % de bonus. C’est moins bon que l’an passé, alors que le taux de change était autour de 1,35 $. La COVID pesait moins lourd sur les marchés cette année, avec le retour du marché de type HRI (hôtels, restaurants et institutions). Aussi, les gens s’alimentent davantage dans les supermarchés. C’est un nouveau canal de distribution. Les consommateurs ont pris l’habitude de mettre le crabe dans leurs paniers. Cette année, les supermarchés semblent conserver leur part de marché. On remarque que les Japonais ont plus de misère à s’approvisionner parce que leur économie n’a pas redémarré», analyse Bill Sheehan.

L’arrêt subit de la pêche en Alaska au cours de l’hiver a également contribué à soutenir la demande, si on juxtapose cet arrêt à la réduction de quota dans le sud du golfe Saint-Laurent.

«Le secteur du crabe en Alaska a eu de gros problèmes de COVID avec les travailleurs étrangers. On n’applique peut-être pas les mêmes normes de santé publique dans cet état qu’ici. Les problèmes ont frappé dans les usines et sur les bateaux. De notre côté, ça s’est beaucoup mieux passé. On a réussi à passer l’année sans gros problème dans l’Est du Canada. En Alaska, en janvier, ils étaient en sommet de vague. On entend souvent dire que nous vivons en région éloignée, mais l’Alaska, c’est une région éloignée aussi, plus que nous», note M. Sheehan.

S’il hésite à dire que les crabiers bénéficieront d’une ristourne à la fin de 2021, l’avenir devrait être florissant l’an prochain en transformation, croit-il.

«On se retrouve avec des prix historiques. Le plus beau, c’est que ça continue à augmenter. Dans le marché du détail, le crabe a probablement remplacé certaines viandes. Des gens l’ont découvert parce qu’il n’y avait pas de restos ouverts, parce qu’il n’y avait pas de sorties. Les gens se gâtent à la maison. Il était considéré comme un produit de luxe, mais des gens ont découvert que c’était moins cher de manger à la maison. Toutes les protéines ont augmenté. On parle beaucoup des marchés d’exportation dans le crabe des neiges, mais le Québec a présenté une très bonne performance. On a senti la demande des Québécois. Il y a peut-être eu moins de vente qu’en 2020, mais ça représente ce qu’il y avait en moins de disponible en quota. Tous les indicateurs sont dans le vert. Il n’y a déjà pas beaucoup d’inventaires. On en saura plus pour 2022 quand le quota sera déterminé   pour l’Alaska l’hiver prochain», conclut Bill Sheehan.

LE SUD DU GOLFE – page 10 – Volume 34,3 Juin-Juillet-Août 2021

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À propos de l'auteur : 

Gilles Gagné

Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.

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