Des captures de homard en baisse, mais des prix élevés au débarquement pour compenser

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Avec plus qu’une semaine de pêche au homard à faire au moment d’écrire ces lignes, les Madelinots se réjouissent du prix record versé à quai en cette saison 2021. Selon les données de l’Office des pêcheurs de homard des Îles-de-la-Madeleine, le prix a atteint le seuil historique des 10,75 $/lb à la huitième semaine. La valeur moyenne pondérée des débarquements pour la période 1 à 8 est elle-même de 8,39 $/lb, contre 4,88 $/lb en 2020. Il s’agit d’une hausse de 72 %. Au cours de cette même période, les captures totalisant 11 291 773 livres de crustacés étaient en diminution de 9,6 % par rapport aux prises records de 2020.

Pour Marie-Hélène Cormier, capitaine du SHELL HUNTER de Havre-Aubert, cette baisse représente un manque à gagner d’environ 3 000 livres. «Ce n’est pas une baisse dramatique, souligne-t-elle. Ça va très bien. Je suis super contente du prix; c’est vraiment au-delà de nos espérances! Ça compense amplement la différence dans les prises!»

Son confrère Larry McLain, de l’Île d’Entrée, qualifie sa saison de très bonne. «Tout va bien, affirme le capitaine du MARLENA PHIL-LEN. Les prises sont vraiment bonnes. Et le prix élevé permet de tout balancer; ça aide parce que tout est très dispendieux : les appâts, le fuel, le matériel et les pièces de machinerie. La machinerie, vous savez, coûte très, très cher. Alors, à moins d’un problème majeur d’ici la fin de la saison, je n’ai pas à me lamenter!»

LES BALEINES NOIRES      

D’autre part, pour la première fois cette année, une centaine de pêcheurs de homard de l’archipel – soit près du tiers de la flottille – ont été affectés par la fermeture d’une zone de pêche suite à l’observation de deux baleines noires menacées de disparition au large de la Pointe de l’Est. Une superficie totale de 1 890 km² a ainsi été fermée pour 14 jours, et ce, dès la 2e semaine de pêche.

Vicky Lebel, propriétaire du LADY VICKY de Grande-Entrée, raconte qu’elle a dû déplacer une dizaine de lignées de cages, hors de la zone des 20 brasses. «C’était inquiétant, admet-elle. Le délai était assez court et il ne faisait pas très beau cette journée-là. Ça fait que ça été un peu de travail et d’inquiétude à savoir où est-ce qu’on allait mettre nos casiers, parce que nous autres, on est dans un secteur qui est assez achalandé; il y a beaucoup de bateaux et nos fonds de pêche sont limités. En fin de compte, on a suivi les directives, mais on se demande si ça valait vraiment le coup, étant donné la trajectoire présumée des baleines.»

De son côté, le capitaine du TYRAN D’EAU de la Pointe-Basse, Gabriel Cyr précise qu’il a dû déplacer plus des trois quarts de son gréement. Pour le jeune homme, qui en est à sa première saison de pêche en tant que pêcheur-propriétaire, c’est sans aucun doute le fait marquant de sa saison 2021. Surtout qu’il n’était pas familier avec les fonds de pêche du secteur, lui qui pêchait jusque-là avec son père à l’Étang-du-Nord. «L’histoire des baleines m’a fait perdre plusieurs milliers de livres, dit-il. Mes captures ont chuté de 50 % du jour au lendemain et je n’ai jamais pu me remonter. Je suis passé de 950 à 1000 livres par jour à 400 livres et je n’ai jamais été capable de me rattraper.»

Cela dit, tant Mme Lebel que M. Cyr se déclarent satisfaits de leur saison, favorable tant en termes de prix que de météo, se félicitent-ils. À ce propos, Pierrot Chevarie, de l’Étang-du-Nord, note qu’il a pu sortir en mer tous les jours malgré une journée ou deux de tempête. «Ce n’est pas la météo qui a dérangé pour expliquer la diminution des prises, commente le capitaine du P’TIT PETER. C’est sûr que les premières semaines il a venté un petit peu, mais les bateaux aujourd’hui sont plus gros et mieux conçus pour prendre les vagues, même avec des vents de 60-70 km/h. Mais je ne pense pas qu’on soit plus imprudents que par le passé; c’est que le monde est mieux équipé. Et pour la première fois cette année, j’ai un troisième homme sur le pont; ça travaille mieux quand il vente.»

PETITS ET RAVEUSES              

Le capitaine du WILLIAM S. de Cap-aux-Meules, Gabriel Chiasson, indique de son côté que les vents soufflent en dominance du sud, sud-est, sud-ouest cette année, au contraire de l’an dernier. Mais bien qu’il n’ait pas manqué de journées de pêche, il rapporte une légère diminution de quelques milliers de livres. Il note aussi que la taille moyenne des homards est plus petite cette saison. «Il y a beaucoup de raveuses et de petits; on va dire que c’est encourageant pour l’avenir, fait-il valoir. Mais, quand je fais la moyenne du nombre qui est pris et le poids de ma pesée cette année, ça n’équivaut pas aux rendements de l’an dernier. Je ne sais pas ce qui explique ça et honnêtement il y a matière à inquiétude un peu. Et si c’est encore comme ça l’année prochaine, je pense qu’il y aura matière à réflexion.»

Réjean Aucoin, qui pêche dans le secteur nord de Pointe-aux-Loups, constate lui aussi une diminution de la taille des crustacés. Ce capitaine du TOMMY WILLIAM, qui pêche depuis l’âge de 15 ans, dit enregistrer une baisse de deux à trois mille livres par rapport à la saison précédente. Il croit que c’est peut-être parce que la ressource migre vers le nord, vers les côtes de la Gaspésie et d’Anticosti. «C’est la première année que j’ai tout le temps la mesure dans les mains, pour mesurer le homard, fait-il remarquer. C’est ça qui m’inquiète un peu. Du gros, il y en a, mais pas comme les années d’avant. Au niveau du petit qui est en dehors de la mesure (légale), on en jette beaucoup à l’eau : de 25 % à 30 % par jour. C’est beaucoup! C’est bon pour la relève, mais il y a moins de gros géniteurs.»

Lui-même capitaine du TRÉSOR DU GOLFE depuis 2005, Roberto Bourgeois, de Millerand ne s’inquiète toutefois pas outre mesure. À son avis, sa baisse d’environ 1 500 livres par rapport à l’an dernier est attribuable à la brise du nord-ouest. De plus, il calcule que dès la sixième semaine de pêche, il avait déjà autant de bénéfices bruts que pour l’ensemble de la saison 2020. «La météo est instable, relate M. Bourgeois, mais c’est une bonne saison malgré tout. Je n’ai manqué que deux demi-journées de pêche. Et on a du beau homard; le poids moyen est à peu près comme celui des années passées. Il y a peut-être une petite diminution, mais pas assez pour en parler.»

Enfin, Steve Turnbull, de Grosse-Île, pense plutôt que la baisse généralisée des captures pourrait être attribuable au fait que le taux de protéines des crustacés soit plus élevé que la normale cette année. Ce capitaine du SUNSET COVE accuse une baisse de rendement variant entre 1 500 et 2 000 livres, par rapport aux prises record de l’an dernier. «Le niveau de protéine, qui est mesuré à chaque jour chez Cap Dauphin, est très élevé, signale-t-il. Le homard a moins faim. Peut-être qu’il rentre un petit peu moins dans les cages. Mais on a aussi un printemps venteux; peut-être que la température y est pour quelque chose. C’est très difficile à dire.»

Pour sa part, la directrice générale de la Coopérative des pêcheurs du Cap Dauphin, Ruth Taker, qualifie d’exceptionnels les prix de la saison de pêche au homard 2021, qui atteignent un seuil record sur les marchés malgré les incertitudes provoquées par la pandémie de COVID-19. «La demande est tout aussi bonne que par le passé, se félicite-t-elle. Je pense que c’est parce qu’il manque de produits sur la côte Est des États-Unis. Dans le coin du Maine, il y a de moins en moins de homard qui est capturé par là et il y a de plus en plus de demande; plus de population, plus de demande.»    

Selon les plus récentes données publiées dans l’État du Maine, les prises de homard de 2020 étaient de 5 % inférieures à celles de la saison précédente, avec un total de 96 millions de livres. Ce volume représente également une baisse de 17 % par rapport au bilan de 2018.

LES ÎLES-DE-LA-MADELEINE – pages 8 et 9 – Volume 34,3 Juin-Juillet-Août 2021

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À propos de l'auteur : 

Hélène Fauteux
hfauteux@hotmail.com'

Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.

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