mardi, mai 24, 2022
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Dernière évaluation scientifique de la crevette nordique : des pêcheurs et des transformateurs préoccupés

«Déplorable», «préoccupant», voire «découragé», telles sont les réactions des pêcheurs et des transformateurs aux conclusions de la dernière évaluation scientifique de la crevette nordique et aux avis du secteur des sciences pour la prochaine saison quant à l’abondance des stocks de crevettes des zones Estuaire, Sept-Îles, Anticosti et Esquiman. Les taux autorisés de capture (TAC) projetés pour la saison 2022-2023 accusent des baisses de 8 % à 15 % selon les zones, à l’exception de Sept-Îles, où la hausse du quota proposé est de 22 %.

Le TAC global étant passé de 17 999 à 16 953 tonnes, les contingents par zone passeront de 606 à 558 tonnes dans Estuaire, de 6 311 à 5 425 tonnes dans Anticosti et de 5 959 à   5 079 tonnes dans Esquiman. «On ne s’attendait pas à des baisses autant que ça», avoue le président de la Coopérative des capitaines-propriétaires de la Gaspésie, Vincent Dupuis. Son organisation aurait souhaité conserver l’approche de précaution de la dernière saison.

Si ces règles prévoient une hausse de 22 % dans Sept-Îles, soit un quota de 5 123 à 6 242 tonnes, l’industrie recommande une hausse de 15 %, soit 5 891 tonnes. Selon l’Office des pêcheurs de crevette du Québec, cela permettrait de protéger le stock et de diminuer les risques évoqués par le secteur des sciences.

DES CREVETTIERS INQUIETS ET DÉCOURAGÉS

Vincent Dupuis est inquiet. «On subit des baisses de quotas, le prix de la crevette a baissé à cause de la COVID et toutes les dépenses augmentent: le carburant, l’épicerie pour nourrir les gars, l’entretien des bateaux, les salaires, les pièces de moteur ou de chalut. Ça devient dur de rentabiliser une entreprise de pêche à la crevette! On est découragé.»

Du côté de l’Office des pêcheurs de crevette du Québec, les réactions sont mitigées. «Depuis une douzaine d’années, on vit par et pour l’approche de précaution, estime son directeur général, Patrice Element. Des facteurs font que le risque sur la biomasse est plus élevé: l’augmentation de la température de l’eau, la diminution des taux d’oxygène et la prédation par le sébaste. C’est préoccupant.»

INDUSTRIE FRAGILE

M. Element ne va pas jusqu’à dire que l’industrie est en péril. Il préfère parler d’une certaine fragilité économique dans les opérations de captures. «On a une baisse de quotas. On a aussi fait face à une augmentation phénoménale des coûts d’opération. Comme le carburant est une part importante de nos coûts d’opération et que les prix de la crevette n’ont pas suivi la même courbe que d’autres produits, le prix donné aux pêcheurs n’a pas beaucoup augmenté dans les dernières années. L’augmentation des prix payés aux pêcheurs en 2020 et 2021 n’a pas couvert les coûts. Ça va prendre une sérieuse augmentation des prix payés par les usines pour que la pêche soit rentable.»

La rentabilité des crevettiers est inquiétante. «On n’est pas rendu à un moratoire, mais on sait que ça baisse tout le temps, reconnaît Vincent Dupuis. Ça ne regarde pas bien pour le futur!» Patrice Element nuance : «On n’est pas mort! La rentabilité est reliée à la quantité de produits, à l’efficacité avec laquelle on peut les capturer, aux coûts d’opération et aux prix qu’on peut avoir. Les conditions doivent s’améliorer, comme elles se sont améliorées du côté du crabe des neiges.» D’après lui, la solution à court terme réside dans l’obtention de meilleurs prix payés par les transformateurs.

PISTES DE SOLUTION?

Le réchauffement climatique est un obstacle qui nuit au rétablissement des stocks de crevettes et rien n’indique que la situation pourrait s’améliorer. M. Dupuis appréhende les conséquences catastrophiques que pourrait causer le réchauffement du climat. «Il pourrait y avoir des entreprises qui vont tomber. Sur des communautés comme les nôtres, ça deviendrait dur à absorber!» Comme piste de solution pour contrer ou atténuer l’état de situation actuel, les pêcheurs demandent une révision de l’approche de précaution afin de disposer de données visant à donner une image plus claire de la biomasse actuelle et afin d’arriver à une meilleure gestion de la ressource ainsi qu’à une pêche responsable et durable.

Patrice Element insiste sur une chose: la pérennité de la ressource est aussi importante pour ses membres que pour n’importe qui d’autre, incluant les scientifiques et les gestionnaires de la pêche. «C’est notre vie, la ressource.» À son avis, la situation est préoccupante. «La pérennité des stocks doit être la première priorité. Cependant, est-ce qu’il y a urgence d’abandonner l’approche de précaution et quel effet cet abandon va avoir, notamment sur la certification MSC (Marine Stewardship Council)? Est-ce qu’on doit la réviser? Oui, définitivement.»

Selon MM. Dupuis et Element, des relevés effectués durant la saison donneraient une image plus juste de l’ensemble de la saison. «On a beaucoup d’incertitude et de questionnements sur l’approche de précaution actuelle», fait savoir Vincent Dupuis. Patrice Element rappelle que l’Office demande, depuis plusieurs années, de participer aux relevés. «Si les scientifiques ont plus de données, on va être capable d’avoir plus d’information et donc de diminuer l’incertitude, d’avoir une meilleure idée du risque sur les stocks de crevettes et de les quantifier.»

Pour l’instant, les deux organismes n’ont pas encore élaboré de plan financier dans l’éventualité de l’ajout d’un relevé effectué par les pêcheurs. Vincent Dupuis et Patrice Element estiment que la faisabilité et le financement devront être analysés avec la collaboration de Pêches et Océans Canada.

La prédation de la crevette par le sébaste constitue un autre obstacle qui nuit au rétablissement des stocks. «Si on pouvait débuter une pêche au sébaste, ça permettrait une gestion de la biomasse, d’avoir une pêche d’appoint pour le manque à gagner, d’avoir la tête hors de l’eau et de rentabiliser nos entreprises», soutient M. Dupuis. Du côté de l’Office des pêcheurs de crevette du Québec, M. Element tient le même discours.

Pour Vincent Dupuis, l’accès à la pêche au sébaste ne demeure cependant pas la seule porte de sortie pour les crevettiers. «Il existe des méthodes de gestion plus serrées pour s’améliorer.»

RÉACTIONS DE L’AQIP

L’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP) qualifie les conclusions de la dernière évaluation scientifique de déplorables. «Depuis plusieurs années, les quotas ont diminué pratiquement de 50 %, argue son directeur, Jean-Paul Gagné. Ce n’est la faute à personne. Dans l’évaluation scientifique, il y a une approche de précaution pour chaque zone et on est obligé de se conformer à ça. Pour l’industrie, ce n’est pas de bonnes nouvelles. C’est inquiétant, surtout pour les usines de Rivière-au-Renard et de l’Anse-au-Griffon, qui font exclusivement de la crevette.»

Or, si les deux dernières années n’ont pas été favorables pour l’état de santé des stocks de crevette, le directeur de l’AQIP est conscient que les deux à trois prochaines années n’annoncent rien de bon non plus. Il refuse toutefois de croire que l’industrie de la crevette est en péril et qu’elle pourrait subir le même sort que celui de la morue dans les années 1990, comme le croient certains groupes de pêcheurs. «Ce serait désastreux pour nos régions maritimes parce que la transformation de la crevette emploie beaucoup de monde.» Jean-Paul Gagné admet néanmoins qu’il y a de mauvais signes. «Mais, je ne suis pas du genre à paniquer tout de suite!»

M. Gagné se dit préoccupé pour la mise en marché de la perle rose du Saint-Laurent, d’autant plus que, dans les deux dernières années, la pandémie n’a pas facilité sa vente en Europe, dont particulièrement au Royaume-Uni. «Cependant, le marché québécois a été fidèle.» Par ailleurs, Jean-Paul Gagné confirme qu’il reste encore beaucoup d’inventaires non vendus de la dernière saison.

Plusieurs inconnus demeurent quant aux perspectives de mise en marché. «Est-ce que la pandémie sera réglée?, interroge M. Gagné. Y aura-t-il un autre variant? Tant mieux si ça peut se régler. Mais il n’y a rien de garanti.» Le directeur de l’AQIP tâtera le pouls lors du Boston Seafood Show. «C’est là qu’on prend notre information. Les entreprises et les acheteurs sont là. Mais, est-ce qu’ils vont tous être là? Du côté du Québec, il y a deux entreprises qui auront des kiosques. Cette année, ce sera encore difficile.»

L’approvisionnement de crevette provenant de l’extérieur demeure une solution de rechange pour certaines usines. «Mais ça dépend toujours du prix payé et des coûts de transport», nuance le dirigeant de l’AQIP.

GASPÉ-NORD – pages 13-14 – Volume 35,1 Février-Mars 2022

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