mardi, mai 24, 2022
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L’estuaire et le nord du golfe Saint-Laurent : les stocks de crevette nordique en déclin

Les stocks de crevette nordique sont en déclin dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent. C’est l’impression générale qui se dégage de la dernière évaluation scientifique des stocks à comparer à la précédente. Plusieurs conditions défavorables expliquent cette diminution: le taux d’exploitation élevé, l’augmentation de la prédation par le sébaste, la hausse de la température des eaux profondes et la diminution de l’aire de distribution de la crevette.

Le réchauffement des eaux profondes et l’augmentation de la prédation par le sébaste semblent être les facteurs les plus importants. Ces conditions écosystémiques ne devraient pas s’améliorer à court et à moyen termes. «Les eaux vont continuer d’être chaudes, prévoit le biologiste en sciences halieutiques de l’Institut Maurice-Lamontagne, Hugo Bourdages. Le sébaste est encore là. Pour le futur, l’abondance des juvéniles nés l’année passée ou de petits mâles est très faible.» Donc, rien ne laisse envisager une augmentation de l’abondance des stocks de crevette dans un proche avenir.

CONDITIONS DÉFAVORABLES

Pour la crevette nordique, les biomasses et les abondances échantillonnées dans les relevés scientifiques des quatre dernières années sont les plus faibles de la série chronologique qui a commencé il y a trente ans. «Les stocks étaient en croissance dans les années 1990 jusqu’en 2005, fait savoir M. Bourdages. À partir de là, on a observé que les stocks commençaient à décliner et on ne parlait pas encore de sébaste. Cette diminution-là est probablement associée à un environnement non favorable; on peut penser à l’augmentation de la température de l’eau qui était déjà débutée à cette époque-là. Plus tard, vers 2015 ou 2016, l’impact de la prédation par le sébaste a commencé. Donc, c’est un effet combiné qui s’additionne et qui fait que la situation s’est dégradée dans les dernières années pour la crevette.»

Pendant l’été, le chevauchement entre la population de sébastes et la crevette est variable d’une zone à l’autre. «Dans l’Estuaire, il n’y a pas beaucoup de sébastes, indique l’expert de Pêches et Océans. Ce sont plus dans les zones Estuaire et Esquiman qu’on a vraiment un plus grand chevauchement entre les deux espèces.» Il estime toutefois que, dans tous les cas, la prédation par le sébaste affecte les stocks de crevette. «On est loin des biomasses qu’on observait en 2005 dans le golfe du Saint-Laurent», constate le spécialiste de la crevette.

DÉPLACEMENT DE LA CREVETTE

En raison des changements climatiques, les scientifiques observent un déplacement de la crevette dans trois zones : Estuaire, Sept-Îles et Anticosti. «On a observé que les crevettes étaient dans des profondeurs moindres, soulève M. Bourdages. Dans Sept-Îles et Anticosti, on a observé un déplacement de 20 mètres de profondeur de moins. Donc, les crevettes se sont rapprochées un peu plus de la côte. La zone la plus marquée quant à la profondeur est dans l’Estuaire, où avant, on observait les crevettes entre 100 et 300 mètres. Aujourd’hui, on les observe entre 70 et 170 mètres. Donc, les crevettes qui étaient dans les plus grandes profondeurs, on ne les voit plus à ces endroits-là. Il y a eu un déplacement vers des profondeurs moindres.»

Pour le biologiste, le déplacement du petit crustacé vers la couche intermédiaire froide s’explique par la présence d’eaux plus fraîches. «C’est comme si la couche intermédiaire froide agissait comme un climatiseur», compare M. Bourdages. Selon lui, aucune zone ne fait exception au phénomène de réchauffement. «Dans tous les cas, l’eau s’est réchauffée d’au minimum 1 degré Celsius dans les quinze dernières années.» Le déplacement de la crevette est cependant variable d’une zone à l’autre. «Dans Esquiman, une zone proche de Terre-Neuve, les eaux où vivent les crevettes sont plus chaudes de 1,5 degré Celsius, et on a une perte d’oxygène associée à ça. Mais, les crevettes sont demeurées à la même profondeur, tandis que dans les trois autres zones, les crevettes se sont déplacées.»

Selon le scientifique de Pêches et Océans Canada, ce changement de comportement de la crevette n’est pas sans conséquence. «L’habitat qui est occupé par la crevette a diminué en termes de superficie. Avant, on disait que la crevette occupait environ plus de 50 000 km carrés dans le nord du golfe. Aujourd’hui, on parle de moins de 30 000 km carrés. Donc, c’est une diminution de moitié.» Dans la pêche commerciale, la surface de la zone où des activités de chalutage ont eu lieu a diminué de 15 000 à 10 000 km carrés depuis 2012.

SEUL SIGNE ENCOURAGEANT

Pour le scientifique, le seul signe encourageant réside dans le fait que la crevette a la capacité de s’adapter, notamment en se déplaçant afin de trouver des conditions plus propices pour elle ainsi que pour tenter de maximiser sa survie et sa croissance. «On voit aussi qu’avec le réchauffement des eaux, elle est capable d’adapter son cycle de reproduction. On sait que la température de l’eau influence le temps pour développer les œufs. Elle a adapté le moment de la ponte à l’automne pour tenir compte de la température de l’eau afin d’arriver au printemps, au moment où les larves vont éclore, en même temps que la floraison du phytoplancton.»

Il y a cependant une ombre au tableau: l’habitat qui lui est favorable est réduit. «On ne parle plus des mêmes surfaces de zones de concentration, corrobore M. Bourdages. Puis, même les pêcheurs le voient dans la pêche; il y a plusieurs secteurs qu’ils exploitaient l’année passée qu’ils n’exploitent plus parce que la crevette n’est plus assez abondante dans ces endroits-là.»

DIVERGENCE ENTRE LA PÊCHE ET LA SCIENCE

Une divergence est observée depuis les dernières années entre les indices de la pêche et ceux du relevé du MPO. «Les TAC ont toujours été atteints et le sont encore, explique M. Bourdages. Quand on regarde les prises des pêcheurs par unité d’effort, soit la quantité de crevettes qu’ils débarquent à chaque voyage, elles sont soit moyennes, soit supérieures à la moyenne, si on compare à l’historique des quatre zones. Il y a même des stocks, comme dans Sept-Îles, où il y a eu des améliorations.»

Pourtant, les indices d’abondance de crevette atteignent leur plus faible niveau historique. Cette discordance s’explique, selon le biologiste, par le fait que les pêcheurs exercent leurs activités aux endroits où se trouvent les plus fortes concentrations de crevette. «Les pêcheurs, en restant par exemple à la tête des chenaux où la crevette est plus concentrée, ont réussi à maintenir de bons rendements.»

APPROCHE DE PRÉCAUTION

Selon l’approche de précaution de l’an dernier, l’indicateur principal de l’état du stock a légèrement baissé dans les quatre zones. Les stocks dans Estuaire, Anticosti et Esquiman sont dans la zone saine, tandis que le stock dans Sept-Îles se situe dans la zone de prudence. En fonction des lignes directrices établies dans le cadre de l’approche de précaution, les prélèvements projetés pour cette saison sont de 558 tonnes pour Estuaire, 6 242 tonnes pour Sept-Îles, 5 424 tonnes pour Anticosti et 5 079 tonnes pour Esquiman.

En utilisant les règles de décision en vigueur depuis 2012, la somme des conditions défavorables représente une menace dans la durabilité des stocks de crevettes. «On n’est plus dans les mêmes conditions que l’on avait à l’époque, constate Hugo Bourdages. Il faut vraiment revoir toute notre approche de précaution, revoir l’indicateur de l’état de santé, revoir les taux d’exploitation. C’est quelque chose qu’on veut faire dans les deux prochaines années pour essayer d’arriver à la prochaine évaluation avec une nouvelle approche de précaution.»

GASPÉ-NORD – page 12 – Volume 35,1 Février-Mars 2022

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