La baleine noire et le sébaste au cœur des priorités du ministre André Lamontagne

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Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, André Lamontagne, considère que l’amorce hâtive de la pêche aux crabes des neiges dans le sud du golfe Saint-Laurent et l’affirmation des parts historiques de sébaste pour les pêcheurs québécois constituent ses principales priorités à court et à moyen terme.

En entrevue à Pêche Impact le 18 février dernier, le ministre Lamontagne indique que ces enjeux de protection des baleines noires et de la part historique des pêcheurs de sébastes évoluant dans le golfe Saint-Laurent recoupaient du même souffle ses principales demandes à l’endroit du gouvernement fédéral et de la ministre des Pêches et des Océans, Bernadette Jordan.

« La meilleure façon de protéger la baleine noire, c’est de pêcher quand les baleines ne sont pas là », souligne le ministre Lamontagne, précisant du même souffle qu’il s’attendait à recevoir des nouvelles prochainement de la part de la ministre Jordan à propos des chances que la pêche dans le sud du golfe démarre plus tôt qu’en 2018 et 2019.

Tant en 2018 qu’en 2019, Pêches et Océans Canada s’était engagé à démarrer la pêche au crabe dans le sud du golfe avant le 28 avril, date d’établissement d’un grand quadrilatère de protection dans lequel la pêche était interdite.

Les deux années, le ministère a failli à la tâche d’assurer le déglaçage des principaux ports de la Péninsule acadienne, au Nouveau-Brunswick, avec pour résultat que les crabiers évoluant dans le sud du golfe ont débuté après le 28 avril, et qu’ils ont côtoyé les baleines noires. Le bilan exhaustif des morts de baleines attribuables aux engins de pêche reste à faire, mais les crabiers sont souvent pointés du doigt et ils souhaitent d’une part pêcher de façon à éviter les interactions avec les mammifères, et d’autre part détenir l’information valide sur le bilan de 2019.

Entretemps, la Garde côtière, par le biais de Services Canada, a lancé un appel d’offres pour assurer le déglaçage hâtif des ports néo-brunswickois concernés vers la mi-mars. C’est finalement l’entreprise G X Technology Canada qui a obtenu le contrat pour un montant de 596 736 $.

Au sujet des quotas de sébaste, le ministre Lamontagne entend tenir son bout fermement pour la reconnaissance des parts historiques du Québec lorsque la capture reprendra à grande échelle, ce qui surviendra à court ou moyen terme, compte tenu de la grande abondance de poissons rendus dans leur croissance à quelques centimètres de la taille commerciale.

« On parle d’une reprise de la pêche au sébaste. Il est question des quotas et des parts historiques (…) Ce n’est pas une nouvelle pêche. C’est une reprise avec des parts historiques que le Québec a eues », souligne André Lamontagne, qui veut que la ministre Jordan reconnaisse ces parts historiques, largement pêchées par des Madelinots avant le moratoire instauré en 1995.

Dans un cadre plus large, le ministre souhaite voir le milieu des pêches s’approprier le Fonds des pêches du Québec, doté d’une enveloppe de 42,8 millions $, annoncé il y a un an et pour lequel il reste 40,3 millions $ disponibles. 

« Les argents sont là. Il faut faire en sorte que les gens de l’industrie s’en servent pour des expansions ou pour des projets innovants (…) C’est pour les communautés; 42 millions $, c’est beaucoup d’argent. Quand les projets sont bien structurés, les réponses devraient être       positives », souligne le ministre.  

Jusqu’à maintenant, un seul projet à plusieurs volets a été annoncé depuis la création du Fonds québécois des pêches, une initiative basée aux Îles-de-la-Madeleine nécessitant un investissement de 700 000 $. Trente-six projets ont été déposés.

« Il y a quatre autres projets en attente (d’annonces) pour une somme de 2,5 millions $, incluant les 700 000 $ déjà annoncés (…) Il y a 18 projets en analyse. Il devrait y avoir des annonces dans quelques semaines ou quelques mois », ajoute le ministre.

« Il est important d’expliquer le programme (du Fonds des pêches québécoises). Quarante rencontres ont été faites pour le présenter. On a bon espoir que ça va susciter encore plus d’intérêt », insiste le ministre, rappelant que le fonds peut aussi servir à financer des initiatives favorables à l’environnement, notamment en limitant le réchauffement climatique.

Il précise que les deniers à investir pour que les pêcheurs et les transformateurs du Québec profitent au maximum de la reprise de la capture du sébaste viendront du Fonds des pêches du Québec.

« Le fonds sert à mettre à niveau certains équipements, dans la capture et dans l’industrie », rappelle le ministre, sensibilisé au fait qu’une reprise de la pêche au sébaste à grande échelle requerra des modifications importantes de certains bateaux existants, de nouveaux bateaux et une refonte des usines qui seront appelées à transformer ces volumes.

Revenant sur ses attentes vis-à-vis son homologue Bernadette Jordan, de Pêches et Océans Canada, André Lamontagne affirme qu’en aquaculture, il veut « une entente bilatérale avec le fédéral. Nous ne voulons pas d’empiètement dans nos champs de compétence », dit-il, en faisant référence à des programmes qu’Ottawa a parfois l’habitude de gérer seul dans d’autres provinces.

Travailleurs étrangers

L’un des principaux enjeux pour les usines de transformation de produits marins au Québec consiste à rendre plus fluides les démarches de recrutement et d’organisation de séjour des travailleurs étrangers, qui sont devenus essentiels dans plusieurs entreprises.

Le ministre Lamontagne indique qu’à cet égard, les démarches sont menées sur plusieurs fronts.

« Ce n’est plus de la main d’œuvre ponctuelle. Avant, c’était appelé temporaire, mais il s’agit en réalité de programmes de travailleurs étrangers permanents », note le ministre, en associant à la notion de permanence le fait que les travailleurs, bien qu’ici de façon saisonnière, reviennent annuellement.

Il affirme que l’enjeu est assimilé par ses collègues ministres québécois du Travail et de l’Immigration, qui ont compris que les périodes de travail dans les pêches peuvent être plus courtes que dans certaines entreprises agricoles, par exemple.

« Il faut faire passer la mécanique fédérale d’un système temporaire à un système permanent (…) Ça requiert une flexibilité que le système n’a pas. Une grosse partie de la clé réside dans les règles du gouvernement fédéral, où des allègements sont nécessaires. On ne veut pas se taper toujours la même procédure », tranche-t-il.

André Lamontagne voudrait en fait que le gouvernement fédéral applique aux pêches la même flexibilité qu’en agriculture, où un même travailleur peut aller dans plus d’une ferme.

« Dans les pêches, on voudrait l’avoir, cette flexibilité mais présentement, ce n’est pas possible (…) On veut que les autres (ministères fédéraux) s’adaptent à la réalité », assure-t-il.

Sort de Crustacés des Monts

André Lamontagne précise par ailleurs ne pas avoir pris de décision quant au rôle que pourrait avoir le MAPAQ dans la relance ou la fermeture éventuelle de l’usine de transformation de crevette Crustacés des Monts, de Sainte-Anne-des-Monts.

L’usine n’a été exploitée que sporadiquement en 2017 et 2018, puis elle a été fermée complètement en 2019. Dans le cas de l’an passé, le manque d’approvisionnement a constitué le principal frein à l’ouverture. Il ne reste que l’équivalent d’un permis de capture rattaché à l’usine.

La famille Langlois, qui en est propriétaire, a reçu deux offres d’achat, dont l’une venant d’un consortium formé par les trois autres usines de transformation de crevette en Gaspésie, situées à l’Anse-au-Griffon, Rivière-au-Renard et Matane, qui veulent procéder à une rationalisation en la fermant. L’autre offre a été déposée par les frères Nicol et Bertrand Desbois, qui possèdent des permis de capture pouvant constituer une solide base pour relancer une usine, avec environ trois millions de livres de crevette.

Le ministre prend soin de distinguer les rôles des deux catégories d’acteurs dans cette affaire, le rôle des entreprises privées, « qui consiste à trouver un marché », et celui du gouvernement, qui cherche à voir « comment on peut centraliser et rentabiliser le secteur de la crevette et, parallèlement, (voir à remplir) un mandat de développement régional ».

André Lamontagne souligne que Sainte-Anne-des-Monts a encore « un quai, des bateaux et une usine (…) C’est vers ça qu’on cherche à tendre. S’il y a un joueur de moins, ça veut dire un potentiel économique affecté pour longtemps ».

Il avoue qu’il n’est vraiment pas rendu à trancher en faveur de la rationalisation prônée par les usines Fruits de Mer de l’Est du Québec à Matane, Pêcheries Marinard à Rivière-au-Renard et Crevette du Nord Atlantique de l’Anse-au-Griffon. En fait, la rationalisation ressemble à une solution de dernier recours, si on lit entre les lignes.

« On veut idéalement une industrie en santé et avec un potentiel qu’on veut chercher à valoriser. On va essayer de faire atterrir quelque chose », précise-t-il en parlant de l’usine de Sainte-Anne-des-Monts, et en avertissant du même souffle « qu’au gouvernement, on n’ouvre pas et on ne ferme pas des usines ».

Il ne s’engage toutefois pas à ce que l’usine fonctionne en 2020, loin de là, rappelant qu’en février, on est déjà pratiquement à l’aube de la prochaine saison de capture et de transformation.

ENTREVUE – page 12 – Volume 33,1 Février-Mars 2020

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À propos de l'auteur : 

Gilles Gagné

Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.

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