La nomination de Joyce Murray à la tête du MPO est accueillie avec certaines réserves au Québec

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La nomination de Joyce Murray, députée de Vancouver Quadra, à la tête du ministère des Pêches et des Océans (MPO) est reçue avec méfiance, selon l’Alliance des pêcheurs professionnels du Québec (APPQ). Son président O’Neil Cloutier qualifie d’inquiétant son penchant environnemental. Mme Murray a notamment été ministre de l’Environnement de la Colombie-Britannique au début des années 2000 et a activement contribué au développement du Centre pour l’écologisation du gouvernement canadien.    

«Sa branche environnementale forte suscite l’inquiétude compte tenu des gros dossiers qui planent actuellement sur la tête de l’industrie de la capture, explique M. Cloutier. On pense surtout à la question de la protection des baleines noires, la question du Marine Mammal Protection Act (MMPA) qui impose des examens de conformité des pêcheries, et aussi la question de l’atteinte de l’objectif de protection des aires marines qui sera augmenté à 30 % d’ici 2030. Alors, pour nous, c’est quelque chose de très inquiétant.»

Le président de l’APPQ fait aussi remarquer que la nouvelle titulaire du MPO vient d’une région où les pêches ont été privatisées. «Alors que nous, dans l’Est, on sait très bien qu’on a défendu corps et âme le principe du pêcheur-exploitant et qu’on a une loi qui protège le pêcheur-exploitant. Alors, on va voir de quelle façon elle va vouloir s’arrimer avec cette loi-là.»

O’Neil Cloutier s’attend prioritairement à ce que la ministre Murray tienne tête aux Américains, qui menacent de bloquer les importations canadiennes de poissons et fruits de mer si son ministère échoue, en 2022, le test de conformité aux exigences du MMPA. À son avis, le MPO doit, entre autres, leur démontrer que l’imposition d’une tension maximale de 1 700 livres sur les cordages de pêche au crabe des neiges, afin d’éviter l’empêtrement des baleines noires, est incompatible avec les pratiques de pêche dans le sud du golfe du Saint-Laurent. «On sait très bien qu’à cause de la tension et de la profondeur des casiers, que les crabiers ont besoin de câbles plus résistants pour éviter les pertes, expose le président de l’Alliance. Et il y a aussi la question du tangage des bateaux par mauvais temps qui crée une tension additionnelle sur le câblage. Alors, si on veut étendre la tension de 1 700 livres à l’ensemble des pêcheurs, on ne ferait qu’amplifier le problème environnemental des engins de pêche fantôme.»

M. Cloutier note également que l’imposition d’un tel maillon faible à mi-mouillage des cordages de pêche au homard causerait problème aux Îles-de-la-Madeleine, en particulier, parce que les fonds sont rocheux et escarpés. «Nous, on dit que les pêcheurs côtiers ou semi-hauturiers n’ont jamais eu pour intention de porter atteinte aux baleines; au contraire! Grâce à nos efforts, il n’y a eu aucune mortalité de baleine dans le Golfe depuis deux ans. On est très près de l’environnement, vous savez, avec les plans de durabilité qu’on a développés. Sauf qu’il y a des choses qu’on ne peut pas faire», insiste le président de l’Alliance.

OUVERTURE PRÉCOCE

Pour sa part, l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP) espère que la nouvelle ministre fédérale des Pêches gardera le cap sur l’ouverture hâtive de la pêche au crabe des neiges, «obtenue en 2021 après deux, trois ans de tergiversations», souligne son directeur général, afin d’éviter les interactions avec les baleines noires. Jean-Paul Gagné appelle également à une révision du protocole de fermeture des zones de pêche au homard, advenant le signalement d’un mammifère menacé de disparition dans les parages. Il évoque les coûteux dérangements qui ont affecté le tiers de la flottille des Îles-de-la-Madeleine, le printemps dernier. «Il faut regarder ce qui peut être fait pour protéger la baleine noire, mais d’un autre côté, il faut favoriser la pêche au homard; c’est clair», souligne-t-il.

«Il faut permettre aux pêcheurs de souffler un peu, enchaîne à ce propos O’Neil Cloutier. On sait tous que la baleine qui a fait fermer les zones aux Îles-de-la-Madeleine pendant 14 jours n’était que de passage vers ses aires d’alimentation, sur le banc des Américains, le banc de Miscou ou encore le chenal Laurentien. On aurait pu fermer la pêche pour seulement trois jours, vous comprenez?»

À ce sujet, notons que le MPO a convoqué les homardiers madelinots à une série de quatre rencontres, les 8, 9, 10 et 15 novembre, pour les informer et discuter des différentes mesures de gestion entourant le protocole de fermeture des baleines noires de l’Atlantique. Le président du Rassemblement des pêcheurs et pêcheuses des côtes des Îles (RPPCI), Charles Poirier, en déplore toutefois la très faible participation. «Seulement 7 des 125 pêcheurs de Grande-Entrée étaient présents, et trois ont quitté avant la fin, rapporte-t-il. Et il est clair que le MPO n’a aucunement l’intention de modifier le protocole de   fermeture, du moins, pas avant 2023.» Le RPPCI, qui a adressé une demande formelle de révision à la ministre Murray, souhaite sa venue aux Îles pour en discuter.

Selon le directeur de secteur du MPO à Cap-aux-Meules, Cédric Arseneau, l’enjeu porte surtout sur la configuration de la ligne des 10 brasses autour des Îles, dont le tracé irrégulier est très difficile à appliquer. «Le Ministère se montre ouvert à revoir le tracé de la ligne des 10 brasses, à l’intérieur duquel on espère ne pas voir de baleines, pour l’adapter à la réalité des fonds de pêche accidentés de l’archipel, assure-t-il. Nous souhaitons un ensemble cohérent, compréhensif et intuitif. Mais en bout de piste, c’est la ministre qui aura le dernier mot.»

SÉBASTE

De son côté, le président du Regroupement des pêcheurs professionnels des Îles (RPPIM), Jocelyn Thériault, reconnaît que la nomination d’une ministre des pêches en provenance de la Colombie-Britannique suive l’alternance traditionnelle Atlantique-Pacifique d’un cabinet ministériel à l’autre, mais il n’en demeure pas moins qu’il «trouve ça loin des intérêts locaux». «On espère Joyce Murray va être capable de travailler avec nous autres; en autant que le bon vouloir soit là et que ça travaille bien», dit-il.

Le capitaine du MANON-YVON, crabier traditionnel et pêcheur de poisson de fond, indique de plus que le RPPIM fait du sébaste un dossier prioritaire. «On demande que les quotas soient répartis selon l’historique et que le Québec ne soit pas perdant, et surtout pas les Îles-de-la-Madeleine», insiste-t-il. Avant le moratoire de 1995 sur la pêche au sébaste de l’Unité 1 du Golfe, le Québec en détenait une part du tiers, incluant les 25 % réservés pour la flotte hauturière de Madelipêche.

Quant au ministre québécois de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, André Lamontage, il s’attend lui aussi à ce que sa vis-à-vis fédérale respecte les parts historiques du Québec dans le partage du quota de sébaste de l’Unité 1. «L’industrie de la transformation ne part pas de zéro, fait-il valoir. Mais au-delà des approvisionnements, il est aussi important de développer stratégiquement les marchés pour le sébaste. Pour ma part, je souhaite que le sébaste contribue à nourrir le Québec. Je veux que nous mettions l’accent sur le développement de produits de qualité avec le sébaste qui pourraient remplacer une bonne partie des poissons importés.»

De plus, le ministre Lamontagne plaide pour le respect des compétences du Québec en matière d’aquaculture dans l’élaboration du projet de loi fédérale sur l’aquaculture. Les impacts possibles sur la durabilité de la ressource de la pêche d’automne au homard, autorisée sans consultation dans la zone 21B en Gaspésie, le préoccupent également au plus haut point. «Je souhaite aussi faire le point avec Mme Murray sur la mise en œuvre du Fonds des pêches du Québec trois ans après son lancement, dit-il. Nous aimerions une plus grande souplesse afin de financer des projets importants pour le Québec comme le parc d’hivernage de Grande-Rivière, par exemple. Et je veux discuter avec Mme Murray afin de l’inciter à accélérer le processus menant à l’adhésion du Québec à l’Entente-cadre du Fonds canadien d’initiatives en matière de poissons et fruits de mer; je souhaite que nous puissions enfin faire partie de cette entente afin que l’industrie du Québec puisse bénéficier de ce Fonds.»

SCÈNE FÉDÉRALE – pages 16 et 17 – Volume 34,5 Décembre 2021-Janvier 2022

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À propos de l'auteur : 

Hélène Fauteux
hfauteux@hotmail.com'

Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.

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