mardi, mai 24, 2022
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L’arrêt de certaines pêches d’espèces pélagiques cause beaucoup d’inquiétude dans l’industrie

L’arrêt de la pêche printanière au hareng du sud du golfe Saint-Laurent et de la capture du maquereau au cours de toute l’année 2022 a frappé le monde des pêches québécoises le 29 mars. De nombreuses inquiétudes ont été exprimées dans les semaines suivantes, notamment à propos de la dépendance grandissante des fournisseurs d’appâts face aux approvisionnements d’outre-mer.

Le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie a fortement réagi à cette annonce, comme des pêcheurs d’espèces pélagiques représentés et des transformateurs et vendeurs de hareng et de maquereau.

DÉCISION INCOMPRÉHENSIBLE

Le directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie (RPPSG), O’Neil Cloutier, assure que le ministère fédéral des Pêches et des Océans, qui a pris la décision d’arrêter la capture de hareng et de maquereau, fait fausse route.

«L’industrie est consciente que le stock de hareng de printemps est à des niveaux historiquement bas, mais cette dernière déplore que jamais le ministère n’a pris en considération les arguments avancés par les pêcheurs à l’effet que tout programme de restructuration des stocks de pélagiques doit passer nécessairement par une diminution significative du troupeau de phoques gris dans le golfe, pourtant reconnu comme étant le principal prédateur de l’espèce», note M. Cloutier dans un communiqué.

S’appuyant sur des données transmises par l’équipe scientifique de Pêches et Océans Canada en mars 2022, M. Cloutier note que «la fermeture de la pêche commerciale au hareng n’aura aucun impact sur le redressement de l’espèce puisque la mortalité par pêche est peu significative et ne correspond qu’à 1,7 % de la biomasse totale.»

À l’autre bout du spectre, «la mortalité naturelle, qui correspondait autrefois à 20 % de la biomasse totale, a fait un bond vertigineux atteignant la barre des 70 % en 2021 ce qui démontre une perte totale de contrôle sur le troupeau de phoques gris dans le golfe», rappelle O’Neil Cloutier.

Il souligne que le grand impact du phoque gris est connu depuis près de 30 ans et que Pêches et Océans Canada n’a adopté aucune mesure spécifique pour limiter cette source de mortalité naturelle.

O’Neil Cloutier déplore également que la ministre Joyce Murray ait décidé de fermer pendant toute l’année 2022 la pêche au maquereau bleu dans l’est du Canada en «sachant très bien que cette espèce est transfrontalière et que les Américains continuent à pêcher dans le même stock». Elle a ainsi établi, juge-t-il, un précédent historique au Canada, les prédécesseurs de madame Murray n’ayant jamais appliqué «une telle mesure inefficace.»

CONSULTATION IGNORÉE

M. Cloutier réfute de plus une affirmation de la ministre Murray à l’effet qu’elle continuera de travailler avec les pêcheurs afin de rétablir les stocks de poissons ayant subi de fortes baisses de biomasse. Il assure qu’aucune «organisation de pêcheurs n’a été consultée sur le sujet. Peut-être lui auront-ils recommandé comme mesure plus efficace de limiter la pêche au maquereau à l’extérieur de la période de ponte du printemps». Cette mesure «aurait permis de maintenir une activité minimale, moins punitive aux yeux de l’industrie.»

Le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie signale enfin qu’en fermant la pêche commerciale au hareng et au maquereau, «elle identifie indirectement l’industrie de la capture comme étant la principale responsable de l’effondrement des stocks alors qu’aucune autre mesure ne vise à limiter l’impact des autres prélèvements sur les deux espèces, tels (ceux du) phoque gris et la pêche récréative.»

En se rangeant derrière «la solution des environnementalistes, elle largue ses propres commettants en laissant croire que le ministère intervient de façon responsable pour assurer le développement durable et la prospérité à long terme des pêches sur la côte Est en sachant très bien que son intervention sera un coup d’épée dans l’eau,» opine M. Cloutier.

Il voit dans les faibles résultats obtenus dans la reconstitution des stocks de morue un indice que l’approche de Joyce Murray pour le hareng et le maquereau, à savoir «soustraire les pêcheurs à leur activité minimale (…) ne donnera strictement rien puisqu’elle n’ose pas s’attaquer aux réelles causes de l’effondrement des espèces fourragères.»

En mettant son chapeau de homardier, O’Neil Cloutier signale que des éléments de coûts comme les appâts et le carburant ont augmenté significativement en 2022.

«Mes appâts ont coûté 4 699 $ cette semaine pour cinq jours de pêche. Le prix du sébaste a grimpé de 1 $ à 1,40 $ la livre depuis l’an passé. À la suite de l’annonce du MPO (ministère des Pêches et des Océans), la réaction est venue du marché des appâts; les coûts de transport ont augmenté pour les appâts à l’extérieur du pays. Le prix a aussi augmenté pour les appâts de l’intérieur, pêché l’an passé. Dans ce cas-là, il est permis de se demander s’il a raison d’être aussi élevé. Pour le carburant, on paie maintenant 2,60 $ le litre : ça commence à être un prix élevé», analyse-t-il.

Par voie de communiqué, Pêches et Océans Canada précise qu’au «cours des dernières années, (le ministère) a mis en place de nombreuses mesures de gestion pour aider à reconstituer ces deux stocks. Pour le hareng de printemps du sud du golfe, (le ministère) a mis en œuvre des limites de capture quotidiennes, la taille minimale des mailles (trous) dans les filets, des limites sur la taille globale et le nombre de filets, la surveillance des prises à quai, et les fermetures de pêche en fin de semaine.»

Dans le cas du maquereau, le ministère a instauré «des réductions de prises au fil du temps, une augmentation de la taille minimale permise et des améliorations à apporter. De plus, de nouvelles modifications réglementaires sont entrées en vigueur en 2021, qui établissent une limite de possession quotidienne de 20 maquereaux par personne lors de la pêche récréative, établissent une taille de possession minimale de 26,8 cm et ferment la pêche récréative du 1er janvier au 31 mars de chaque année.»

Des pêcheurs comme Ian Vautier, de Shigawake, qui a tiré environ les deux-tiers de ses revenus en 2021 en pêchant du hareng et du maquereau, ne sont nullement impressionnés par les mesures passées et récentes de Pêches et Océans Canada.

Plusieurs de ses sorties pour le hareng de printemps se sont soldées par l’absence de prises en 2021. Il déplore le fait que les pêcheurs dépendant des espèces pélagiques comme lui aient appris l’arrêt des captures de hareng de printemps et de maquereau par le biais d’un communiqué, comme tout le monde, le 30 mars dans le cas de Ian Vautier.

«J’ai fait entre 60 et 70 % de mes revenus avec le maquereau et le hareng l’an passé. J’ai fait le reste avec la plie. Mon quota de flétan atlantique a été coupé de beaucoup l’an passé. Qu’est-ce que je vais faire? C’est une très bonne question!», dit-il.

Il déplore aussi la difficulté de communiquer directement avec les autorités de Pêches et Océans Canada. «Neuf de mes dix appels se butent à un répondeur du ministère», précise Ian Vautier.

Roch Lelièvre, président de la firme Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, voyait venir les difficultés d’approvisionnement en appâts depuis quelques années, lui qui les vend à une soixantaine de homardiers et à quelques crabiers.

«Le prix a augmenté, mais surtout à cause du transport, il a presque doublé, selon les places où on l’achète. En Espagne, l’augmentation est de 30-35 %, venant du coût de transport. Ce n’est pas le (prix du) poisson qui explique la hausse», explique M. Lelièvre.

L’année 2022 est loin de constituer sa première année d’importation d’appâts pour satisfaire les besoins des pêcheurs qu’il approvisionne.

«J’avais acheté de l’Espagne en 2021. En fait, ça fait quatre ans que j’en achète à l’extérieur du pays. Il ne faudrait pas que la pêche arrête ici. On serait à la merci des vendeurs étrangers», conclut-il.

LES PÉLAGIQUES – pages 24-25 – Volume 35,2 Avril-Mai 2022

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Gilles Gagné
Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.
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