L’Association des pêcheurs des Îles : Quarante années d’implication et de retombées

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L’Association des pêcheurs propriétaires des Îles-de-la-Madeleine, dont la mission est la défense des intérêts des pêcheurs propriétaires exploitant des entreprises de pêche au homard, a quarante ans d’existence cette année. Bien peu, penseront certains, en comparaison avec d’autres organismes établis de plus longue date aux Îles. Toutefois, ceux qui connaissent bien le secteur de la pêche, ses nombreux bouleversements technologiques et de consommation, ses crises financières et les situations conflictuelles entre ses acteurs, peuvent apprécier la signification de ce quarantième. L’Association, dont les pêcheurs deviennent membres sur une base volontaire, n’a pas seulement existé pour plaire à son aile plus radicale. Elle a pleinement alimenté, au mieux de ses capacités, durant toutes ces décennies, le principal moteur économique de l’archipel : la pêche au homard. Son sens entrepreneurial et social s’est traduit par des retombées économiques appréciables dans le milieu madelinot. D’ailleurs à l’automne 2014, la Chambre de commerce des Îles-de-la-Madeleine reconnaissait l’importance de son travail en lui décernant un Méritas. Aussi, le Marine Stewardship Council, organisme de renommée mondiale, lui remettait sa certification en 2013. Également, le ministère des Pêches et des Océans, région du Québec, remettait à son président et à son directeur, messieurs Mario Déraspe et Léonard Poirier, le Prix de distinction en 2008.

La contribution de l’Association des pêcheurs propriétaires des Îles-de-la-Madeleine à la vie économique du milieu se réalise par les services qu’elle offre aux pêcheurs, notamment :

  • L’opération d’un Centre de services pour bateaux de pêche.
  • La mise en place de mesures favorisant la pérennité du homard et l’augmentation des débarquements par pêcheur.
  • La négociation d’une convention de mise en marché annuelle adéquate pour un prix du homard équitable au pêcheur.

Centre de services pour bateaux de pêche

L’esprit entrepreneurial de gestion de l’Association s’est traduit, au fil des années, par la prise en charge de services déficitaires dont les gouvernements se sont retirés. Ainsi, pendant une quinzaine d’années, l’Association a fait fonctionner un entrepôt frigorifique acquis du ministère des Pêches et des Océans qui offrait des appâts (boëtte) aux pêcheurs de homard des Îles-de-la-Madeleine. Une vingtaine d’emplois saisonniers gravitaient autour de ce service. Il y a quelques années, devant les besoins grandissants de l’industrie des pêches en matière de chambre froide et de congélation, l’Association en a effectué le transfert à un industriel de la pêche. L’Association des pêcheurs propriétaires, par ailleurs, gère toujours le parc pour bateaux situé le long de la route 199, à Cap-aux-Meules. Acquis du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec en 1988, l’Association a procédé à plusieurs expansions financées sans aucun soutien à l’investissement, ce qui est loin d’être la norme dans l’industrie des pêches. Ces agrandissements ont permis de répondre à la demande de services de plusieurs pêcheurs en plus de maintenir les emplois permanents qui s’y rapportent.

Mesures favorisant la pérennité et l’augmentation des débarquements des pêcheurs

Au milieu des années 1990, durant une décroissance marquée des débarquements de homard aux Îles-de-la-Madeleine, l’Association des pêcheurs propriétaires a effectué une sensibilisation importante auprès des diverses autorités fédérales pour amener le Conseil canadien sur la recherche halieutique (CCRH) à analyser la situation du homard dans l’Atlantique. Jusque-là, les études du CCRH étaient limitées au poisson de fond. Parallèlement, l’Association des pêcheurs propriétaires s’activait sur le terrain pour recueillir les informations nécessaires à l’élaboration de ce qu’on a appelé le Plan de conservation du homard des Îles-de-la-Madeleine, un plan contenant une série de mesures difficiles à accepter pour les pêcheurs, compte tenu de leurs habitudes traditionnelles de pêche, élaboré sur un horizon de sept ans. Ainsi, dans le but d’assurer la pérennité de la ressource homard, le plan prévoyait de réglementer les casiers super performants, d’implanter officiellement les évents d’échappement au niveau des casiers permettant aux jeunes homards de s’échapper naturellement, d’interdire la levée des casiers le dimanche pour minimiser la pression sur la ressource et d’augmenter graduellement la taille minimale légale de capture du homard d’un millimètre par année. Grâce à cette dernière mesure, la taille de capture du homard est passée de 76 mm à 83 mm, ce qui a favorisé grandement la ponte chez les femelles non capturées.

De l’avis de plusieurs, mis sur pied grâce à l’esprit d’initiative et à la détermination des principaux représentants de l’Association, ce plan a permis de stabiliser les captures de homard autour de quatre millions de livres de 1997 à 1999, dans un premier temps, et de leur faire connaitre des augmentations successives, par la suite, pour atteindre sept millions sept cent mille livres en 2015, soit une augmentation de 93% en seize ans. Depuis seize ans, il s’est ainsi débarqué une trentaine de millions de livres de plus qu’en l’absence du Plan de conservation du homard mis sur pied par les représentants de l’Association des pêcheurs propriétaires. Pour avoir une image de cette réalité, c’est l’équivalent de cinq bonnes années de pêche au homard aux Îles-de-la-Madeleine. Ce résultat obtenu grâce à la collaboration des membres de l’Association a permis à de nombreux jeunes pêcheurs de prendre la relève et aux anciens de se retirer avec dignité, selon des témoignages recueillis.

La négociation d’une convention de mise en marché et d’un prix adéquat du homard pour les pêcheurs

L’Association des pêcheurs propriétaires des Îles-de-la-Madeleine, appuyée fermement par l’Alliance des pêcheurs professionnels du Québec dont le poste électif de secrétaire du conseil d’administration est assumé, depuis trente ans, par le directeur général de l’Association, monsieur Léonard Poirier, est à la base de la démarche entourant l’introduction des produits de la pêche au niveau de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles et alimentaires du Québec au début des années 1990. Forts d’avoir fait corriger cette iniquité au niveau de la loi des produits bioalimentaires, les représentants de l’Association se sont ensuite engagés dans un processus fort exigeant, d’autant plus que les acheteurs à quai et leur représentante, l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP), s’opposaient à la mise en place du premier plan conjoint issu du secteur de la pêche. En d’autres mots, l’Association dotait les pêcheurs de homard d’un outil homologué en vertu de la Loi qui leur permet de négocier collectivement une convention de mise en marché du homard dans laquelle le prix de ce dernier est fixé par négociation ou par décision arbitrale en l’absence d’entente. L’Association, à titre d’agent négociant désigné pour les pêcheurs de homard des Îles depuis 25 ans, aura permis d’aller chercher, à ce seul chapitre, 100 millions de dollars de plus en faveur des pêcheurs qu’en l’absence du plan conjoint.

Selon les propos recueillis auprès de son directeur général, monsieur Léonard Poirier, l’implication de l’Association des pêcheurs propriétaires dans sa communauté s’est avérée fort performante lorsqu’on considère les faits suivants : le revenu par entreprise de pêche au homard étant plutôt stable dans les premières années de la décennie 1980, la mise en place d’une permanence administrative, dont il nous a fait part avoir toujours le privilège d’assumer, conjugué à l’arrivée d’administrateurs à l’esprit éthique et responsable collectivement, a conduit à la prise de diverses décisions qui ont préparé le chemin à une progression impressionnante du revenu brut moyen des homardiers des Îles-de-la-Madeleine. Sans s’en accorder tout le mérite, prend-il soin de souligner, il nous fait remarquer que celui-ci est passé d’environ 20 000 $ à plus de 100 000 $ au cours de ses trois décennies à la direction de l’Association, soit une augmentation de 400%. Vu autrement, c’est plus de 13% d’augmentation par année de façon continuelle pendant trente ans. Si, d’une part, ces augmentations du revenu brut des entreprises de pêche au homard ont largement profité aux pêcheurs et à la collectivité économique des Îles-de-la-Madeleine, il nous a aussi confié que les actions de l’Association ont eu un effet important sur la valeur des entreprises de pêche qui constitue, en quelque sorte, le capital de rente du pêcheur au moment de sa retraite. Celle-ci est passée d’une vingtaine de mille dollars en 1985 à plus de 400 000 $ aujourd’hui. En d’autres mots, le rapport revenu de pêche à valeur de l’entreprise de pêche, de 1 (20 000 $) pour 1 (20 000 $) en 1985 est passé à 1 (100 000 $) pour 4 (400 000 $) aujourd’hui : sa plus grande fierté.

Les administrateurs de l’Association ont traversé avec le soutien des autorités politiques et les ministères des Pêches, tant fédéral que provincial, deux grandes et longues crises, 1991-1995 et 2009-2014, sans avoir perdu une seule entreprise de pêche au homard des 325 actives dans la zone de pêche entourant les Îles-de-la-Madeleine alors que, partout ailleurs, des rationalisations ont eu lieu, notamment de l’ordre de 15% uniquement pour la dernière crise. Cela correspond à une cinquantaine de jeunes qui n’aurait pu prendre la relève dans la pêche au cours des dernières années et à plus d’une centaine d’emplois reliés qui seraient ainsi disparus à jamais si les représentants de l’Association ne s’étaient pas autant investis de façon responsable au niveau sociétal.

En quittant monsieur Poirier, celui-ci nous a confié, pragmatique comme toujours que, s’il ne peut garantir 40 autres années à l’Association des pêcheurs propriétaires sous sa forme actuelle, la durée maximale des mouvements dans les pêches tournant autour de deux générations, soit environ une cinquantaine d’années: «On pourra oublier facilement le travail que les représentants de l’Association des pêcheurs propriétaires des Îles-de-la-Madeleine ont réalisé à ce jour, mais nul ne pourra l’effacer puisque certains en ont bien profité et que plusieurs autres en profiteront encore pour longtemps.»

Par Nancy Thorne – Magazine LES ÎLES

APPIM – page 12 – Volume 29,1 – Février – Mars 2016

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