Une cinquantaine d’individus – citoyens, experts et représentants de groupes d’intérêts – ont exprimé leurs préoccupations sur la gestion des populations de loups-marins, lors de quatre jours de consultations publiques virtuelles, du 19 au 27 août derniers. L’exercice visait à préparer le Grand chantier des États généraux sur le phoque du Saint-Laurent qui se tiendront à Matane, du 11 au 14 novembre, afin de susciter une mobilisation collective autour d’une réforme législative de l’industrie de la chasse.
Ce grand chantier est coorganisé par le musée scientifique Exploramer, avec l’Association des chasseurs de phoques intra-Québec (ACPIQ) et l’Agence Mamu Innu Kakussesht (AMIK) dont la mission est de supporter les communautés innues dans le développement économique de la pêche et la gestion durable des ressources.
«Nous avons d’ailleurs une forte participation de la part des Autochtones du Québec maritime, et même des représentants du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador», se félicite son instigatrice, Sandra Gauthier, directrice générale d’Exploramer, qui précise également avoir reçu une quinzaine de mémoires ciblant les priorités d’actions pour répondre aux besoins d’approvisionnement, de valorisation et de mise en marché des abondants et voraces pinnipèdes.
Pour le directeur général de l’ACPIQ, Gil Thériault, l’événement se distinguera du Sommet sur le phoque tenu par le ministère des Pêches et des Océans (MPO) à Terre-Neuve-et-Labrador en 2022 et de la multitude de commissions royales, sénatoriales, parlementaires et autres forums organisés au fil des décennies, du fait qu’il soit une initiative des gens du terrain. «Et on espère que les recommandations qui en sortiront ne seront pas tablettées, comme on a vu par le passé. Évidemment, il n’y a pas de garanties, mais j’ai l’impression que quand ça vient des intervenants qui travaillent dans le dossier, ça peut avoir plus de portée, plus de poids.»
Trois enjeux de discussions sont ciblés, pour formuler des revendications qui seront en bout de piste transmises aux différentes instances concernées, qu’elles soient fédérales, provinciales, régionales ou locales. Il sera ainsi question de réglementation – en matière de permis, de périodes et de zones de chasse, par exemple -, de science – tant en ce qui concerne les travaux de recherche et d’évaluation des populations que de prédation -, de même que de valorisation de la ressource par les secteurs alimentaires, textiles et pharmacologiques, entre autres.
L’organisation des consultations préliminaires du mois d’août, pour mieux cerner chacun de ces enjeux, a été confiée à trois personnalités bien au fait du dossier du phoque. Il s’agit de Patrick Vincent et de Mike Hammill, qui ont respectivement fait carrière au sein du MPO en tant que gestionnaire à la direction régionale de Québec et de chercheur scientifique spécialisé en mammifères marins à l’Institut Maurice-Lamontagne, et de Geneviève Myles, directrice du développement des affaires pour le Créneau Accord Ressources Sciences et Technologies marines. «Ils produiront un rapport synthèse assorti de recommandations, qui seront soumises pour validation à Matane, lors du Grand chantier, poursuit Mme Gauthier. Les demandes de réformes législatives seront par la suite envoyées aux gouvernements.»
Pour sa part, la directrice générale de l’AMIK, Marilou Vanier, admet qu’il est difficile de faire changer les réglementations du MPO. Elle affirme néanmoins que le ministère est ouvert à ajuster le tir. «On nous dit : ‘On prête l’oreille, mais d’avoir une voix concertée qui vient de plusieurs horizons, de plusieurs régions, de plusieurs communautés, c’est là que ça va avoir un poids’. Parce que souvent, le lobby est fait par plein de petites initiatives qui ont toutes de la valeur, mais qui ne sont pas concertées, expose-t-elle. Alors si on se rassemble, si on est près de 200 intervenants à être présents, à participer au Grand Chantier, bien, à ce moment-là, je pense que ça va avoir un impact significatif!»
Notons que c’est le juge à la retraite Robert Pidgeon qui présidera le Grand Chantier des États généraux sur le phoque du Saint-Laurent. Le rapport final doit être présenté aux instances concernées en décembre.
CONSULTATIONS – page 18 – Volume 38,3 Septembre-Octobre 2025

























