L’optimisme des homardiers est palpable avec des premières captures jugées intéressantes

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La saison de capture du homard était bien amorcée en Gaspésie, après six jours de pêche. Les prises étaient au moins comparables à celles de 2018 au même stade. Le beau temps a caractérisé cette première semaine et plusieurs homardiers affichaient des débarquements records.   

L’année 2018 aurait aussi mené à des débarquements records n’eut été de la fermeture de la pêche pour 64 homardiers de Port-Daniel à Percé, avec trois semaines à faire, en raison de la baleine noire.

Les chiffres à battre en 2019 pour atteindre des records sont ceux de 2017, avec 2 486 tonnes métriques et 38,3 millions $ de valeur de prises. L’an passé, les prises ont atteint 2 302 tonnes métriques, pour une valeur de 33,3 millions $.

«C’est un bon début de pêche. Tout le monde semble capturer beaucoup de homards. C’est bon, sinon meilleur que l’an passé. Il y a des secteurs plus forts que d’autres mais en gros, il y a beaucoup de homards et beaucoup de femelles «oeuvées», des moyennes et des petites. Des pêcheurs n’ont jamais vu autant de femelles oeuvées. C’est ce qu’avaient prédit les biologistes», aborde O’Neil Cloutier, homardier et directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie.

Les homardiers de la Gaspésie ont fait beaucoup d’efforts depuis 1996 pour améliorer la pérennité de leur pêcherie. Ils ont racheté des permis, augmenté la taille légale des spécimens capturés, diminué le nombre de casiers par permis, instauré une taille maximale de homard pêché afin de laisser à l’eau les plus gros géniteurs et réduit le nombre de journées en mer, entre autres.

«Cette diminution de l’effort de pêche donne des résultats aujourd’hui. Il y a des pêcheurs qui m’ont dit cette semaine «qu’on n’a jamais pris 1 000 livres dans une journée avant cette année.» «C’est très bien parti», ajoute M. Cloutier.

Si le temps a été froid jusqu’au début de la pêche, le 1er mai, la première semaine a été marquée par du très beau temps, plus doux sans être chaud, et pratiquement dépourvu de vent, principalement le matin, lorsque les homardiers sont en mer.

«L’eau s’est réchauffée rapidement. On a commencé à voir des espèces qu’on voit le 15 mai, comme des tanches, des poules d’eau», note-t-il.

EFFET DE PRIMEUR DIMINUÉ

D’autre part, depuis quelques années, la pêche du homard s’ouvre tardivement en Gaspésie, à savoir lors des premiers jours de mai ou à la toute fin d’avril, comparativement aux environs du 20 avril, comme les homardiers le souhaiteraient. Le printemps reste froid et surtout venteux longtemps. C’est la présence de forts vents qui a retardé le lancement de la saison du 27 avril au 1er mai cette année.

«On est moins rapides pour arriver sur les marchés et profiter des prix qui viennent avec deux semaines de primeur. Cette année, on arrive avec quelques jours d’avance seulement sur les Îles-de-la-Madeleine. L’autre facteur, c’est qu’un départ de saison au début de mai mène à plus de manipulations des grandes femelles oeuvées au début de juillet, proche de l’éclosion. C’est pour ça qu’il y a une préférence pour terminer à la fin de juin. Ça dépend des secteurs par contre. Il y a des secteurs où la pêche demeure très forte en juillet, comme à Percé, et Cap d’Espoir, ou du côté nord (de la Gaspésie). Il y a de longues pointes à Percé et Cap d’Espoir et des forts courants. L’eau reste plus froide», note O’Neil Cloutier.

Les homardiers gaspésiens étaient encore en attente d’un prix, le 7 mai, au moment d’aller sous presse. Les acheteurs ne s’étaient pas encore prononcés. En 2018, le prix de la première semaine s’était établi à 7,70 $ la livre.

«Je ne suis pas certain qu’on va avoir 7,70 $. J’ai l’impression que ce sera 7,50 $, d’après ce que j’entends chez Dégust-Mer. Le prix du homard en Gaspésie est maintenant déterminé en fonction du prix des Îles-de-la-Madeleine, où il y a un plan conjoint et une formule de calcul. Mais ce n’est pas le cas lors de la première semaine, parce que la pêche n’est pas commencée aux Îles», signale M. Cloutier.

Bill Sheehan, vice-président de la firme E. Gagnon et Fils, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, société-mère de Dégust-Mer, n’avait pas encore de prix à fournir le 7 mai.

«Ce sera plus haut que 7 $ et plus bas que 8 $», disait-il alors. M. Sheehan abondait dans le même sens qu’O’Neil Cloutier au sujet de l’excellente amorce de saison.

«En gros, si ça continue comme c’est parti, on battra des records mais c’est encore tôt dans la saison pour faire des prédictions», disait-il.

En ce qui concerne le prix, Bill Sheehan souligne que l’effet de certains facteurs  n’était pas clair sur les marchés.

«Les prises en Nouvelle-Écosse ont baissé plus tôt ce printemps, mais juste avant notre saison, ils ont liquidé les «tubers», les homards qu’ils gardent vivants pendant tout l’hiver. Ils (les acheteurs) en ont trop gardé. Ça a une durée de vie limitée et quand il commence à en mourir, ils doivent le vendre avant d’en perdre trop. Le prix a baissé de 9 $ à 7 $ (la livre) assez rapidement. Les clients ne veulent pas avoir du produit de l’automne. Ils les voient venir avec du homard de l’an passé. Ils veulent du frais», dit-il.

Après la première semaine de capture aux Îles-de-la-Madeleine, le prix en Gaspésie sera déterminé par le plan conjoint de mise en marché de l’archipel.

«Le prix final est calculé à partir des prix obtenus par les trois meilleurs vendeurs des Îles. C’est ce qui se négocie entre les vendeurs des Îles et l’AQIP (l’Association québécoise de l’industrie de la pêche). Il y a une formule à appliquer à partir de ces trois prix. C’est géré à partir de ce moment-là par des firmes comptables, pour que le processus soit indépendant», note Bill Sheehan.

LES OCCASIONS SPÉCIALES

Un début de saison tardif comme la tendance des dernières années a ses inconvénients pour les Gaspésiens, parce qu’ils perdent une période de primeur qui durait généralement deux semaines, mais il a aussi ses avantages, dit-il.

«On arrive un peu tard mais on profite de juillet. Il n’y a pratiquement que la Gaspésie et la Nouvelle-Écosse à fournir le marché créé par la Fête des mères. Même si la pêche a débuté aux Îles seulement quelques jours après nous, il faut presque une semaine avant que leur homard arrive sur les grands marchés. La Fête des pères n’est pas à négliger non plus. Ce n’est pas la même demande mais ce n’est pas mauvais. Après la Fête des mères, tout le homard de la Nouvelle-Écosse, de toutes les provinces atlantiques arrive sur le marché et le prix tombe. On s’enligne sur la transformation à ce moment-là», analyse M. Sheehan.

Vers la fin de juin, à l’approche de la Fête du Canada et, surtout, de la Fête d’indépendance américaine, le 4 juillet, le marché reprend de la vigueur.

«À la fin de juin, les inventaires sont bas de nouveau, et la consommation reprend de la vigueur. Il peut se passer bien des choses dans le homard, parce qu’on vend beaucoup de produits vivants. Le prix change à chaque jour. Une tempête de deux jours peut tout changer; les prix montent en flèche. S’il fait beau et qu’il y a trop de homard, on est contents d’avoir des viviers», conclut Bill Sheehan.

Par ailleurs, le spectre de la baleine noire occupe beaucoup moins de place cette année dans l’imaginaire des pêcheurs et des acheteurs qu’en 2018, alors que la fermeture prématurée entre Port-Daniel et Percé a occasionné des pertes de captures de 2,8 millions $, une projection tenant compte d’une possible répétition du scénario des débarquements de 2017.

Le ministère fédéral des Pêches et des Océans a instauré des mesures d’assouplissements dans le courant de l’hiver, mesures jugées très imparfaites par O’Neil Cloutier, mais qui devraient limiter grandement la possibilité de fermeture telle que survenue en 2018.

«On avait proposé sept mesures pour réduire les irritants et on en a obtenu une et demie», résume-t-il.

Plutôt que de fermer de grands quadrilatères allant jusqu’à toucher la côte, même si une baleine noire est observée à 15 kilomètres au large, le secteur de capture de homard ne sera fermé que si la baleine s’approche là où la profondeur n’atteint que 120 pieds. Les homardiers pourront alors continuer de pêcher dans une profondeur inférieure à 60 pieds.

Si la baleine entre dans des secteurs où la profondeur est inférieure à 60 pieds, le secteur sera fermé pendant 15 jours. Les homardiers n’ont toutefois jamais vu de baleines noires évoluer dans leurs secteurs de pêche.

HOMARDIERS CONFIANTS

Les pêcheurs interrogés par Pêche Impact ont déposé leurs casiers à l’eau le 1er ou le 3 mai, selon les secteurs, et ont effectué, au moment d’écrire cet article le 7 mai, 3 ou 6 levées. Leurs premières impressions sont généralement positives, quant à la  saison qui s’amorce.

Pour le secteur de Port-Daniel-Gascons, Denis Langlois vit un début de saison en dents de scie, en termes de résultats. «Les deux premiers jours c’était pas pire, ensuite pendant quelques jours ça a baissé, et là ça remonte», image-t-il. Toutefois, M. Langlois affirme que le homard est bel et bien au rendez-vous et que ses attentes sont comblées, que la remontée des derniers jours laisse présager que la ressource sera aussi abondante que l’an dernier.

À Newport, Stéphan Huard vit un début de saison de rêve. «Nos récoltes dépassent celles du début de saison l’année dernière. J’attribue ça à l’arrêt qu’on a eu l’an dernier parce que vous savez, à cause des baleines noires, on n’a pas pêché pendant 21 jours.» Le homardier estime son augmentation des captures de 30 % à 40 %. Celui-ci affirme aussi que le rachat de permis pour réduire l’effort de pêche dans son secteur et l’augmentation de la taille minimale du homard, ces dernières années, jouent probablement un rôle dans ses résultats spectaculaires. Les homards trop petits pour être conservés l’an dernier   constituaient environ 2 % de sa pêche. Ceux-ci atteignent donc maintenant la taille règlementaire pour faire partie de la récolte 2019.

Billy Mauger, homardier basé à Grande-Rivière, est surpris par une saison qui a démarré en douceur à cause du printemps tardif. «On observe peut-être une légère diminution par rapport à l’an dernier, mais l’eau est très froide, alors le homard ne bouge pas beaucoup. Depuis quelques jours, le soleil a réchauffé l’eau et on note que le homard est plus vigoureux, ce qui laisse croire qu’on va rattraper les années passées», explique M. Mauger. À ce jour, si l’on compare la récolte à celle de l’an dernier, Billy Mauger estime essuyer une diminution d’environ 20 %, mais il ne s’affole pas: «Il est tôt dans la saison. Selon moi, ça va être encore une bonne saison en Gaspésie, cette année.» M. Mauger fait partie des pêcheurs qui ont dû cesser leurs activités pendant une période d’environ trois semaines, en raison de la présence d’une baleine noire, l’été dernier. Selon M. Mauger, il serait probable que la ressource en soit bonifiée cette année, vu qu’une partie du stock de homard est demeurée sur les fonds. Mais selon lui, il est encore trop tôt pour en témoigner. Affecté par la hausse du prix du maquereau, celui-ci s’attend à devoir endosser plus de dépenses cette année pour appâter ses proies.

À Sainte-Thérèse-de-Gaspé, Pierre Lemoignan affirme: «La première journée on a ramassé 800 livres. C’est bon, mais l’année passée on avait récolté un peu plus. Toutefois, cette année on a commencé plus tard, la température peut avoir influencé.» M. Lemoignan a récolté environ 5 000 livres de homard en cinq jours. Interrogé à savoir si la fermeture de la pêche pendant trois semaines l’an dernier a pu favoriser la ressource dans son secteur, celui-ci affirme: «C’est plus tard qu’on va vraiment savoir.» Sous l’influence de la saison de pêche au hareng écourtée, M. Lemoignan devra acheter des appâts. «L’an dernier, le maquereau était 95 cents la livre, cette année il est à 1,40 $. Ça va avoir un impact», dit-il.

Du côté de Cannes-de-Roches, près de Percé, Alexandra Labbé est émerveillée de lever des casiers aussi pleins: «Si je compare à l’an passé à la même date, mes   captures ont doublé.» Mme Labbé est enchantée par ses trois premiers jours de pêche. C’est avec un grand optimisme qu’elle envisage la saison.

Et à Saint-Georges-de-Malbaie, Mitch  Girard observe une augmentation de ses captures et une ressource en bon état. «Il y a beaucoup de femelles oeuvées, beaucoup de petits homards et en ce qui concerne le homard pour le marché, les captures sont meilleures que celles de l’an passé», dit-il. M. Girard parle d’une augmentation d’environ 15 % par rapport à ce qu’il récoltait l’an dernier, après trois débarquements. 

UN PRIX SATISFAISANT

Tous les pêcheurs se disent satisfaits du prix de départ qui, selon leurs informations, pourrait avoisiner les 7,50 $ ou 7,75 $ la livre, comme l’an dernier. Cependant, celui-ci risque de baisser en cours de saison. Trop tôt pour eux pour dire si un impact se fera sentir, puisque les chiffres exacts des montants qui leurs seront déboursés n’étaient pas encore connus au moment où Pêche Impact allait sous presse.

LA GASPÉSIE – pages 4-5 – Volume 32,2 Avril-Mai 2019

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À propos de l'auteur : 

Gilles Gagné

Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.

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