Pêche au crabe des neiges dans le sud du golfe : autre début tardif et Garde côtière sous-équipée

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Pour une deuxième année d’affilée, les crabiers du sud du golfe Saint-Laurent ont amorcé leur saison après la fermeture de la zone statique de protection des baleines noires. Alors qu’ils avaient entamé leur saison le 29 avril en 2018, cette année, le coup de départ n’a été donné que le 2 mai, une conséquence une fois de plus de l’encombrement des havres de la Péninsule acadienne, au Nouveau-Brunswick.

Le président de l’Association des crabiers gaspésiens, Daniel Desbois, a vivement critiqué le travail de la Garde côtière canadienne «qui a failli à la tâche de déglacer le port de Shippagan», une étape obligatoire pour que tous les crabiers démarrent leur saison dans la zone 12, la plus grande zone du sud du golfe Saint-Laurent.

«La Garde côtière est sous-équipée pour remplir son mandat de déglaçage dans la Péninsule acadienne. Il manque un aéroglisseur, ou le recours à des firmes privées pour libérer les havres de glace. C’est quelque chose de faisable, mais la Garde côtière ne prend pas les moyens pour y parvenir», signale M. Desbois.

Déjà, le 15 avril, il pouvait voir que le retard de la Garde côtière signifierait une ouverture tardive de la pêche au crabe des neiges. Il devenait évident qu’il ne restait pas assez de temps, avec un seul aéroglisseur, pour déglacer les ports de Shippagan et de Caraquet, en plus de dégager la rivière Restigouche afin d’empêcher une inondation à Matapédia. La Garde côtière a failli aux deux endroits, puisqu’il y a eu inondation à Matapédia les 20 et 21 avril.

«Ça a été pire que l’an passé. La glace a moins bougé cette année qu’à pareille date l’an passé. En plus, la Garde côtière a émis un communiqué (le 11 avril) pour dire que tous les efforts seraient déployés pour libérer les ports de la Péninsule acadienne, qu’elle envoyait des brise-glaces. C’était un show de boucane. Les brise-glaces ne peuvent se rendre à Shippagan à cause de la faible profondeur d’eau là-bas. Il restait au large», note Daniel Desbois.

Depuis 2018, le ministère fédéral des Pêches et des Océans ferme le 28 avril un grand quadrilatère dans le golfe Saint-Laurent, une surface dite «statique» servant de zone d’alimentation aux baleines noires, desquelles il ne reste que 411 spécimens sur la terre. Elles sont toutes localisées le long des côtes est des États-Unis et du Canada. Elles fréquentent généralement les eaux canadiennes entre la mi-mai et la fin octobre.

Tant en mars 2018 qu’en février 2019, la Garde côtière et Pêches et Océans Canada ont assuré le secteur du crabe des neiges que tous les efforts seraient consacrés à ouvrir la saison de pêche avant l’instauration des zones statiques, sans  succès.

La zone statique couvrait 4 690 kilomètres carrés en 2018 et elle en couvre 2 400 cette année. Douze baleines sont mortes en eaux canadiennes en 2017 et aucune l’an passé. L’empêtrement dans des engins de pêche et les collisions avec les navires constituent les principales causes de mortalité. Ces causes n’ont été prouvées que pour une minorité des baleines mortes en 2017.

L’inquiétude des crabiers en 2019 vient notamment du fait qu’une ouverture tardive de la pêche en situation de forte augmentation du contingent global pourrait rendre la tâche difficile des pêcheurs dans l’atteinte de leur quota individuel.

De plus, même si la zone statique de protection de la baleine noire a été réduite de 63 %, l’imposition de quadrilatères de fermeture reste potentiellement aussi contraignante qu’en 2018, puisque la présence de baleines hors de la zone statique mais à l’intérieur de la zone d’alimentation mènera à des suspensions de capture de 15 jours.

«La pêche pourrait être aussi difficile qu’en 2018, parce que la zone sera fermée le 30 juin et le quota est plus important. On craint l’arrivée du crabe blanc, qui mène à la fermeture de sous-zones», souligne Daniel Desbois.

La hausse de contingent global s’établit à 32,9 % en 2019 dans le sud du golfe Saint-Laurent par rapport à l’an passé, à savoir 32 480 tonnes métriques, comparativement à 24 439 tonnes il y a un an.

PREMIÈRES LIVRAISONS INTÉRESSANTES

Les crabiers ont conséquemment hâté le pas suite au lancement de la pêche, le 2 mai. Six jours plus tard, Nicol Desbois, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, était sur le point de revenir livrer son deuxième voyage, en dépit du fait qu’il a placé ses casiers à proximité des Îles-de-la-Madeleine. Il livre pour Unipêche MDM, de Paspébiac.

«On est en train de lever les derniers casiers et on rentre. On a débarqué 50 000 livres au premier voyage et on sera à environ 50 000 livres pour le deuxième aussi. On va plus loin des côtes parce que c’est plus grand comme territoire de pêche. Au début, les prises sont bonnes le long des côtes, dans le canal (le secteur entre Gascons et Grande-Rivière) mais ça baisse vite. C’est pour ça qu’on va près des Îles», explique M. Desbois.

Il n’était pas précisément au courant du prix qui serait offert au cours de la saison. «On part avec un prix de base, et il y a des ajustements plus tard». Doté d’une cale à eau, le bateau de Nicol Desbois reçoit conséquemment un prix légèrement supérieur à la moyenne. Ce prix a atteint 6 $ la livre en 2018.

Il est confiant de pouvoir capturer son quota de 600 000 livres avant la fin de juin, mais il est aussi prudent. «J’espère que les baleines noires n’arriveront pas trop de bonne heure».

Luc Gionest, de Pabos Mills, voyait au déchargement de son deuxième voyage, le 8 mai, à Grande-Rivière, du crabe qui prenait ensuite la route vers Unipêche MDM, de Paspébiac. «J’ai 58 000 livres de livrées sur un quota de 340 000. Je ne suis pas sûr qu’il n’y aura pas de problème (à le capturer avant le 30 juin). Ça va ralentir. On verra dans 10 jours».

Il évoluait alors en fonction d’un prix de base de 5 $ la livre. «Ça va se préciser. Nos acheteurs ne se sont pas compromis. Ça devrait se comparer à l’an passé. On sait qu’il y aura du crabe russe livré directement au Japon et que les quotas en Alaska vont augmenter» note M. Gionest, en évoquant deux facteurs susceptibles de comprimer un peu le prix en fin d’année.

Chez les pêcheurs côtiers de poisson de fond, un groupe qui bénéficie d’allocations individuelles de crabe des neiges, Marco Diotte avait complété trois voyages, le 8 mai, et il s’apprêtait à prendre la mer en soirée pour son quatrième. Il livre aussi chez Unipêche MDM à partir du quai de Grande-Rivière.

«J’ai 25 000 livres de capturées, à partir d’un quota de 52 000 livres. Je suis chanceux, comparé à d’autres parce que ça va très bien, dans le crabe. Je pars encore ce soir et je devrais avoir terminé dans une semaine, si tout va bien», souligne-t-il.

«C’est dans le canal que j’ai pêché, entre Grande-Rivière et Newport. Je reçois un prix de départ de 5,25 $ et je devrais avoir 5,50 $ en moyenne», ajoute le pêcheur de Grande-Rivière.

À l’usine de la firme E. Gagnon et Fils, le vice-président Bill Sheehan signale que le rythme des prises est très soutenu.

«Les captures sont vraiment au rendez-vous. Les scientifiques avaient raison. On reçoit 300 000 livres par jour à l’usine. C’est proche de la capacité. Des pêcheurs ont 75 000 livres de rentrées. Les usines du Nouveau-Brunswick appellent pour ne pas en perdre, en voulant le faire transformer ici. Les débarquements de la zone 12 débordent de partout. Le crabe, ce n’est pas une espèce qu’on peut garder vivante longtemps, à part dans les cales à eau des bateaux mais les bateaux doivent sortir. Les machines à glace ne fournissent pas. Les bateaux arrivent trop vite et les camions partent aussi avec de la glace», décrit M. Sheehan.

L’usine de Sainte-Thérèse-de-Gaspé fonctionne avec 325 employés dédiés à la transformation depuis le début de la saison dans le sud du golfe, après quelques semaines à 50 personnes pour des arrivages plus modestes de la zone 17, dans l’estuaire du Saint-Laurent. L’usine transformera environ 9 millions de livres de crabe des neiges cette année, avant de passer graduellement au homard.

«En tout et partout, on a 500 employés, quand on inclut ce qu’il faut pour assurer les activités de nos 15 camions, le déchargement des bateaux, le personnel de bureau. On a 39 Mexicains cette année. On en avait eu 29 l’an passé. On assure l’hébergement. Le nombre de Gaspésiens est stable. On en perd quelques-uns à la retraite à chaque année», précise Bill Sheehan.

UN MARCHÉ VIDE

«La saison commence alors que le marché est pratiquement vide. Les Américains achètent massivement. Les Japonais sont vraiment prudents. Des compagnies sortent (achètent) une année sur deux seulement. Le dollar canadien est un peu mieux que l’an passé pour les exportations. Il était entre 1,20 $ et 1,30 $ (canadien pour un dollar américain) et c’est 1,34 $ présentement. On gagne là-dessus. Sur le marché américain, la demande est bonne mais il y a tellement de crabe rentrant à Boston qu’il est possible qu’on tombe dans une spirale. Le prix ne doit pas être trop élevé. C’est le consommateur qui décide», ajoute-t-il.

E. Gagnon et Fils offre 5 $ la livre comme prix de base en ouverture de saison. «Ça va être plus élevé. Ce n’est pas encore fixé. Ça va ressembler aux 5,50 $ de l’an passé. Ce qui s’en vient, c’est que l’Alaska devrait augmenter son quota de deux à trois fois plus que l’hiver passé. Les Japonais ne sont pas là cette année et ils commencent à acheter le crabe russe. Est-ce que ça va tenir (le prix de cette année) si les Américains voient qu’ils sont seuls à acheter. On envoie cinq à six conteneurs par jour à Boston. Ce qui se passera en Alaska est difficile à prévoir. Si j’entreposais du crabe à l’année, je serais peut-être nerveux. Puis, la devise sera à quel niveau plus tard?», conclut Bill Sheehan.

Bref, toutes ces questions expliquent pourquoi les crabiers tiennent tant à capturer leur quota cette année, pendant que le prix est bon.

RÉACTIONS AUX ÎLES-DE-LA-MADELEINE

Les crabiers des Îles-de-la-Madeleine connaissent un début de saison satisfaisant, selon les commentaires recueillis sur le quai de Cap-aux-Meules, le samedi 4 mai. À son premier voyage de pêche dans la zone 12, le capitaine du FRANCIS ÉRIC, Francis Poirier, a relevé ses casiers une dizaine d’heures après leur mise à l’eau. Il parle d’un rendement de 100 à 200 livres par trappe.

«On a tendu nos casiers et on les a repêchés tout de suite. C’est un peu vite pour avoir une bonne idée des prises par unité d’effort, mais ce n’était quand même pas si mal. C’était bon par endroits et il y a d’autres places où c’était moins fort; ça dépend des fonds. Mais, on va savoir plus au prochain voyage, comment ça se dessine pour cette année.»

Pour sa part, le CINDY H III, de Caraquet, livre ses captures aux Îles pour la deuxième année consécutive. Son capitaine, Luc Blanchard, précise avoir capturé une quarantaine de milliers de livres à sa première sortie en mer. «Ça regarde positif, oui! 30 000 – 40 000 livres, c’est vraiment fameux; c’est bon. Et la météo avec. C’était vraiment parfait pour pêcher», affirme le Néo-Brunswickois.

De leur côté, les crabiers de la petite zone 12 F, le long du chenal Laurentien, ont fait une moyenne de cinq voyages, au cours de leurs deux premières semaines de la saison, selon Bruno-Pierre Bourque. Le capitaine du BORÉAS VII parle d’un bon début de saison. «Compte tenu que l’an dernier c’était une année record, dit-il, tant pour le quota que pour les prises par unité d’effort, cette année est considérée tout de même bonne.»

Notons que la pêcherie prendra fin le 30 juin, afin de minimiser les risques d’empêtrement des baleines noires dans les cordages. Et, tandis que les crabiers traditionnels de la zone 12 ont chacun un quota moyen d’environ 300 000 livres, en hausse du tiers par rapport à l’an dernier, ils ont déjà commencé à exercer des pressions politiques pour repousser de deux  semaines l’échéance de la saison 2019.

(Avec la collaboration d’Hélène Fauteux, Cap-aux-Meules)

LE SUD DU GOLFE – pages 6-7 – Volume 32,2 Avril-Mai 2019

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À propos de l'auteur : 

Gilles Gagné

Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.

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