La relance du distillateur moléculaire fabriqué sur mesure pour les opérations de raffinage de l’huile de loup-marin aux Îles-de-la-Madeleine tarde à se matérialiser. C’est que l’équipement a changé de main à deux reprises depuis la faillite de Total Océan en février 2024, et a même dû être relocalisé cette année en raison de la reprise de son bâtiment d’origine sur la Pointe de Havre-aux-Maisons par la Coopérative des pêcheurs des Îles. Or ce déménagement sous la gouverne de son nouveau propriétaire Oméga 418 entraine son lot de contrariétés. Le problème c’est que son nouvel emplacement dans le port de Cap-aux-Meules est trop restreint pour y aménager l’ensemble des infrastructures opérationnelles qu’avait mis en place Total Océan, incluant une salle de dégraissage des peaux, des salles réfrigérées et un laboratoire.
«Le manque d’espace nous freine dans notre plan de développement, admet Marc-Olivier Corbeil, président-directeur général d’Oméga 418. Ici, je vais être normé et équipé pour rentrer un baril d’huile, le distiller et le sortir. Mais si je veux faire le délardage avant, et si je veux faire de la troisième transformation par après, il me faudra trouver soit des partenaires ou soit un endroit en zone industrielle. Et c’est ça le défi pour le futur parce le zonage industriel est une denrée assez rare aux Îles.»
M. Corbeil relève également que les règles de transformation du loup-marin et le statut du produit sur les marchés étrangers ajoutent une couche de complexité à la recherche éventuelle de partenaires pour toute activité connexe à la distillation de son huile riche en omégas-3. «On aurait beau vouloir se greffer à une usine de produits marins existante, les normes réglementaires pour traiter du poisson ou juste traiter l’huile ne sont pas les mêmes, illustre l’homme d’affaires. Et le fait que les marchés américains et européens ne veulent rien savoir du loup-marin, il est impensable d’en faire rentrer dans une usine qui y fait affaires.»
Relance en septembre
Cela dit, Oméga 418 lancera ses premiers tests de distillation moléculaire d’ici le début décembre. Et selon son DG, la demande du marché s’annonce plus que prometteuse, tant les applications de l’équipement sont diverses. Ainsi, non seulement peut-il traiter le gras de loup-marin, on pourrait aussi l’utiliser pour purifier l’huile des résidus de sébaste, voire même des baleines chassées par les Inuits de l’Arctique canadien. Il pourrait également être mis à contribution pour valoriser les tissus résiduels des carapaces de crustacés. «Plus notre huile sera de qualité, meilleur sera le prix que nous aurons», souligne Marc-Olivier Corbeil, tout en affirmant que la clientèle attend déjà au portillon. «Et si d’autres recherchent une huile de moindre qualité, elle pourrait servir pour la fabrication de la nourriture animale, par exemple. La demande est là et c’est ce qui nous motive à nous forcer pour y arriver.»
Mentionnons qu’Oméga 418 travaille en étroite collaboration avec le centre collégial de transfert technologique Écofaune boréale, qui avait initialement repris les actifs de Total Océan (Pêche Impact, mai 2024). Le CCTT a notamment obtenu une subvention de près de 500 000 $ sur deux ans du ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie du Québec, afin de mettre au point la formule de distillation optimale pour l’huile de phoque gris. «Il y a un peu plus de BPC dans le gras de phoque gris que dans le phoque du Groenland, explique son chimiste, Daniel Poisson. Et donc il faut éliminer ça par la distillation. On veut aussi développer la bonne recette pour en concentrer les omégas-3.»
REPÈRE – Volume 39,3 Août – Septembre – Octobre 2026

























