Manger notre Saint-Laurent : c’est possible, mais…

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Vous voulez acheter du flétan du Saint-Laurent plutôt que du tilapia élevé aux hormones? Vous préféreriez des mactres de Stimpson pêchées au large de Rimouski à du thon pâle en boîte? Pendant que le gouvernement multiplie les annonces pour développer l’autonomie alimentaire, il est difficile de trouver du poisson et des fruits de mer d’ici. Par conséquent, peut-on manger notre Saint-Laurent? C’est possible, mais cela passe par l’identification et la traçabilité des produits, croit l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC).

De plus en plus de Québécois veulent s’alimenter à partir de produits locaux, mais c’est difficile de trouver plusieurs produits de la mer. Pourtant, ce n’est pas parce qu’il y a une sous-production au Québec! Des statistiques de l’IREC publiées en 2018 révèlent que 81 % des produits de la mer pêchés au Québec sont exportés. À l’inverse, 89 % des produits consommés par les Québécois sont importés. Des recommandations sont formulées depuis longtemps pour que les pêcheurs et les transformateurs puissent plus facilement commercialiser leurs produits sur le marché québécois. Pour cela, il faut améliorer l’identification et la traçabilité du poisson et des fruits de mer du Québec.

Il est difficile, pour les acheteurs, de choisir des produits locaux en raison de l’absence d’une marque distinctive fiable pour en certifier la provenance. C’est autour de ces états de fait que la conférence «Le Québec peut-il manger son Saint-Laurent?» s’est tenue le 16 juin, en marge du congrès Avenir maritime, organisé par le Réseau Québec maritime et l’Institut France-Québec pour la coopération scientifique en appui au secteur maritime (IFQM). Le chercheur de l’IREC et collaborateur du collectif Manger notre Saint-Laurent, François L’Italien, ainsi que l’océanographe et cofondateur de Chasse-Marée, Guillaume Werstink, étaient les invités de cette conférence animée par Alejandra Zaga Mendez, collaboratrice à la Chaire de recherche du Canada en économie écologique de l’Université du Québec en Outaouais (UQO).

DIFFÉRENCE ENTRE IDENTIFICATION ET TRAÇABILITÉ

Même s’il s’agit d’un tout cohérent, les notions d’identification et de traçabilité sont souvent confondues. «L’identification, en gros, donne des informations qui concernent l’origine, les qualités du produit, le processus de production et de transformation, l’histoire du produit, le terroir d’origine, la région, a défini M. L’Italien. Quand on mange des produits signés Gaspésie gourmande, on sait que c’est de la Gaspésie et on mange un peu de la Gaspésie. La traçabilité est un système d’information plutôt technique qui concerne toute la chaîne, le cycle de vie du produit. Donc, de sa capture ou de son élevage, dans le cas de l’agroalimentaire, jusqu’à sa consommation. On a des informations où et quand ça a été pêché, éventuellement où ça a été transformé et distribué. Puis, si on est capable, ça a été mangé où, c’est-à-dire acheté où, chez quel distributeur?»

En matière d’identification, le chercheur estime que le Québec est assez bien servi. Il y a plusieurs initiatives régionales d’identification des produits de la mer. «Il faut dire et redire qu’elles sont fabuleuses parce qu’avec les ressources dont les communautés disposent, elles ont réussi à trouver une façon de s’insérer dans le marché en faisant valoir la différence du terroir, du savoir-faire et des qualités du produit.»

Quant à la traçabilité, il y a un problème, de l’avis de François L’italien. «Il n’y a pas de système de traçabilité réglementaire obligatoire en ce qui concerne les produits de la mer.» Pour le chercheur, c’est un problème pour plusieurs raisons, dont l’un qui s’apparente à de la négligence. Le homard, la crevette et d’autres espèces concurrentes ont-ils vraiment été pêchés en Gaspésie, par exemple? C’est difficile de le savoir. Un autre problème est la possibilité de fraude. «On prend une palette de produits qui viennent d’ailleurs et on les réemballe sous une étiquette québécoise, a-t-il donné comme exemple. Ça peut aussi être un poisson qu’on dit avoir capturé à l’état sauvage, mais qui a été élevé en captivité et qu’on va vendre au prix du poisson sauvage.»

QUATRE GRANDS CONSTATS

M. L’Italien a mentionné les quatre grands constats se dégageant du portrait d’ensemble de l’économie des pêches au Québec, tel que dressé par l’IREC et commandé par le collectif Manger notre Saint-Laurent.

Le premier constat, qui ne date pas d’hier: les produits pêchés et capturés au Québec sont majoritairement exportés.

Le deuxième: depuis les années 1980, l’intervention du gouvernement consiste essentiellement à soutenir les exportations en visant la modernisation des embarquements et la transformation, tout en favorisant la mise aux normes de l’industrie et des nouvelles technologies. Il y a donc peu d’efforts déployés pour qu’une partie de la production et des captures soit redirigée vers le Québec.

Le troisième constat: les circuits de distribution pour faire connaître les produits pêchés au Québec sont concentrés et consolidés. «C’est très difficile de percer cet écosystème de la distribution pour faire connaître de nouveaux produits ou pour faire émerger de nouvelles initiatives de distribution, a fait valoir le porte-parole de l’IREC. Il faut passer par des gros qui ont leurs standards et leurs normes.» Selon lui, l’enjeu de l’accessibilité devient plus complexe, sans toutefois le rendre impossible.

Enfin, le quatrième constat, qui est porteur et en phase avec le concept d’autonomie alimentaire: les consommateurs du Québec se disent prêts à acheter plus de produits de la mer, même s’ils sont un peu plus dispendieux. «Le portefeuille des Québécois suit la grande tendance nord-américaine et même occidentale; il se stratifie, a avancé François L’Italien. On est prêt à dépenser un peu plus pour avoir des produits de qualité, de proximité, qui sont frais et dont on connaît un peu l’histoire.» Ces quatre grands constats ont conduit l’IREC vers des propositions visant à «mieux faire jouer le levier des pêches pour l’économie et pour les communautés». Celles-ci passent encore une fois vers l’identification et la traçabilité.

Chasse-Marée, une jeune entreprise de Rimouski spécialisée dans la transformation des produits marins et qui développe actuellement une conserverie, est un exemple éloquent d’initiative qui contribue à diversifier les espèces consommées au Québec. «On s’est donné la mission de faire connaître davantage d’autres espèces que le triptyque crabe-homard-crevette qui sont pêchées au Québec, soutient le cofondateur de l’entreprise et océanographe de formation Guillaume Werstink. On parle de bourgots, de mactres de Stimpson, de coques du Groenland.»

CONSOMMATION – page 27 – Volume 34,3 Juin-Juillet-Août 2021

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À propos de l'auteur : 

Johanne Fournier
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