Pêche au crabe des neiges des zones 12 et 12F : un rythme de capture lent qui aide les transformateurs

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Les 25 premiers jours de pêche au crabe des neiges ont donné lieu à un rythme de capture plus lent que prévu pour les crabiers évoluant dans la zone 12, du sud du golfe Saint-Laurent. Les pêcheurs s’attendaient à un rendement par casier supérieur à ce qu’ils ont vu, étant donné l’excellent contingent de 27 203 tonnes métriques.

C’est une réduction de 3 % comparativement aux 28 051 tonnes de 2019, une année faste pour la biomasse de crabe des neiges dans le sud du golfe. En 2020, la pêche y a débuté le 24 avril, un peu plus tard que prévu, puisque de multiples précautions avaient été adoptées pour que les havres de la péninsule acadienne soient fonctionnels à la mi-avril. Cette ouverture est quand même survenue plus tôt que celle de 2019, le 2 mai.

Le but a été atteint, afin de donner la chance aux crabiers de pêcher le plus longtemps possible sans interaction avec les baleines noires, mais ce sont les ajustements nécessités par la pandémie de COVID-19 qui ont reporté le début de saison d’une dizaine de jours.

Le 19 mai, le crabier Luc Gionest, de l’arrondissement Pabos Mills, à Chandler, revenait vers la côte livrer sa cargaison à Unipêche MDM quand Pêche Impact l’a joint.

 «Avec ce voyage-là, je devrais atteindre la moitié de mon quota. C’est un début de saison un peu difficile. Le crabe a manqué. Beaucoup de pêcheurs déménagent des casiers. Plusieurs pêcheurs ont adopté le secteur sud-ouest de la zone à cause des fermetures de quadrilatères décrétés en raison de la présence de baleines noires. Ce n’est pas seulement dû à ça (les mouvements de casiers), le bas rendement par casier. Le crabe est dur à cerner. Je ne sais pas si c’est à cause de la température froide, du mauvais temps, de la pluie et du vent constant. C’est très difficile de déménager des casiers d’un endroit à l’autre quand il vente fort. Ça fait des années que je n’ai pas vu du froid comme ça. Depuis quelques jours, c’est beaucoup mieux; on a du soleil», explique M. Gionest.

Il n’est certain de capturer son quota de l’année, autour de 300 000 livres, la moyenne pour les crabiers traditionnels de la zone 12.

«Je ne suis pas confiant d’atteindre mon quota. On va faire tout ce qu’on peut pour y arriver. Ça nous amène à nous questionner sur la distribution de la ressource. Il y a une bonne chose, c’est qu’ils (les gestionnaires de Pêches et Océans Canada) ont enlevé la zone statique. C’était complètement inutile. J’ai essayé là (dans ce qui était l’ancienne zone statique) en début de saison et ça n’a pas fonctionné mais d’autres sont restés et ils ont pris du crabe. Ça enlève la pression de pêche dans les mêmes secteurs. J’ai pêché un peu partout, et là j’arrive du secteur Western Bradelle», conclut M. Gionest, en parlant d’un lieu de capture situé au nord des Îles-de-la-Madeleine.

Les crabiers reçoivent un prix de base de 3 $ depuis le 24 avril. Il est assuré qu’ils recevront plus que ça après les ajustements de fin de saison. Le 19 mai, Bill Sheehan, vice-président de la firme E. Gagnon et Fils, la plus grosse usine de transformation de crabe des neiges du Québec, n’hésitait pas à statuer que le prix avait monté depuis le début de la saison.

«Au cours des dernières semaines, on voyait déjà une tendance de 3,50 $ à 4 $ et on est présentement à un prix de plus de 4 $. Ça pourrait aller un peu plus haut que 4 $ mais il reste six semaines à la saison et la pêche vient de commencer à Terre-Neuve», précise M. Sheehan.

L’usine de E. Gagnon et Fils à Sainte-Thérèse-de-Gaspé emploie un peu plus de 400 personnes en production cette année, et cette main d’œuvre grimpe à 600 personnes avec les gens assignés au déchargement des bateaux, au transport et à l’administration. Bill Sheehan assure que les conditions sont difficiles dans le crabe des neiges cette année à cause de la pandémie, mais il affirme aussi que le contexte n’est pas dramatique.

 «Le crabe est consommé en grande partie, entre deux-tiers et trois-quarts du volume, sur le marché du détail et les ventes sont excellentes dans les épiceries et les poissonneries», dit-il.

Au 19 mai, l’usine de Sainte-Thérèse-de-Gaspé avait transformé 53 % du volume attendu cette année, environ 8,5 millions de livres de crabe.

«C’est le même niveau qu’à la même date l’an passé, avec une semaine de pêche d’avance mais on a perdu huit jours à cause de la météo. L’avantage des jours supplémentaires, c’est que ça a rentré plus égal à l’usine, mais là, les baleines noires sont arrivées. On a eu un avis et des quadrilatères sont fermés pour la saison», précise Bill Sheehan.

L’observation de deux baleines le 3 mai a incité Pêches et Océans Canada à fermer neuf quadrilatères représentant 2 000 kilomètres carrés cinq jours plus tard pour une période indéterminée. Puis, l’observation de deux baleines supplémentaires, peut-être les mêmes parce que le New England Aquarium ne les avait pas encore identifiées à ce moment, a mené à la fermeture de 18 autres quadrilatères le 16 mai, pour un total de 27.

Le 19 mai, après d’autres observations aériennes, Pêches et Océans Canada a décrété la fermeture pour le reste de la saison de huit quadrilatères déjà fermés temporairement, en raison d’une présence répétée de baleines, et l’ajout de 17 autres rectangles dans lesquels est interdite toute pêche à engins fixes, ou engins sans surveillance.

Neuf de ces 17 autres quadrilatères sont situés dans le secteur entre la péninsule de Forillon et l’île d’Anticosti. Les huit autres nouveaux quadrilatères fermés sont contigus à des surfaces fermées après les observations des 3 et 8 mai. En tout et partout, les 44 rectangles fermés totalisaient, le 20 mai, près 10 000 kilomètres carrés, c’est-à-dire l‘équivalent de 100 kilomètres sur 100.

Une fermeture «pour la saison» signifie jusqu’à la mi-novembre, et elle touche donc une panoplie d’espèces.

DES AJUSTEMENTS EN USINES

Du côté de la pandémie de COVID-19, Bill Sheehan précise que la situation à l’usine s’est rapidement rétablie, après quelques cas d’infection décelés au début d’avril, cas qui ont incité la direction à fermer les installations pendant deux semaines, jusqu’au 17 avril. La firme n’a pas lésiné sur les moyens pour réduire le risque    d’infection au minimum.

«On a pris les mesures pour isoler les postes de travail. En bien des endroits, il n’est pas possible de mettre deux mètres entre les travailleurs. On a mis des plexiglas, on a équipé les travailleurs de visières, de masques, de gants. On a dépassé les standards de la santé publique. On a ajouté des agents de sécurité», explique M. Sheehan.

La «facture COVID» pour E. Gagnon et Fils était déjà salée à la mi-mai, alors qu’elle tendait vers les 600 000 $. «Ça prend cinq agents de sécurité le jour dans l’usine, cinq la nuit, et un à l’entrée le jour, et un autre la nuit. Ça fait 150 000 $ en salaires pour la saison juste là, plus 300 000 $ pour les masques, plus 100 000 $ en plexiglas. Le prix des masques est passé de huit cents l’unité l’an passé à 1,50 $ cette année !», souligne-t-il.

Le port du masque et de la visière comporte quelques avantages, note toutefois Bill Sheehan. «Ça va bien dans la production, parce qu’il y a moins de maladies comme la grippe et la gastro, qu’on voyait chez les travailleurs le printemps.»

Ce rythme soutenu de la production a permis aux pêcheurs d’éviter l’imposition de contingent par voyage par les transformateurs. «En tout cas, il n’y en a pas eu chez nous», signale Bill Sheehan.

Le premier mois complet d’exploitation dans le crabe des neiges s’est avéré satisfaisant, même si le prix de base est bien inférieur à celui attendu par les pêcheurs et les transformateurs, considérant qu’avant la pandémie, les inventaires étaient nuls.

«Il n’y a pas d’inventaire qui se bâtit encore. On a réservé de l’espace d’entreposage aux États-Unis mais ce n’est pas encore  certain qu’on va s’en servir», note M. Sheehan.

Un peu partout dans l’est du pays, les zones de crabe des neiges ont essuyé des baisses de contingent significatives, mais pas dans le sud du golfe, un facteur facilitant pour les transformateurs y évoluant.

Le crabe étant vendu moins cher en 2020, tous les marchés répondent bien, précise Bill Sheehan.

«On fait mieux que d’habitude au Québec. Les gens sont à la maison et se gâtent. Ça va quand même bien. On a fait un choix cette année, en raison de l’absence de nos 50 travailleurs mexicains, de nous limiter presque exclusivement au marché américain pour les exportations. Ils veulent des paquets de 30 livres. C’est moins de manutention, alors que les acheteurs japonais veulent des paquets beaucoup plus petits, et qu’ils sont beaucoup plus pointilleux sur les détails, les aspects visuels. Il nous manquait de la main-d’œuvre pour viser un plus gros    volume au Japon. Notre acheteur japonais est arrivé depuis deux semaines et demie. On vendra entre 5 % et 10 % de notre production là-bas. On garde un pied dans la porte et on attend la diminution des captures pour se concentrer sur cette production. Présentement, il y a 50 bateaux qui livrent à l‘usine», souligne Bill Sheehan.

Avec un dollar américain valant 1,40 $ canadien autour du 20 mai, il est encore plus avantageux de vendre aux États-Unis en 2020. «C’était 1,30 $ à la fin de l’année dernière, en moyenne. C’est un gain de    8 %», dit-il.

Dans l’arrondissement Pabos de Chandler, Jean-Paul Blais, propriétaire principal du Marché Blais, s’attend à transformer un peu plus d’un million de livres en 2020, même si ses acquisitions de crabe des neiges ont été moins élevées que prévu dans la zone 17, à la fin de mars et durant les trois premières semaines d’avril.

«Les crabiers ont vendu aux «peddlers» surtout (les marchands itinérants) et on n’en a pas eu une grosse quantité ici. Dans la zone 12, ça va bien. On a un gros bateau (un crabier) qui livre ici et plusieurs autres avec des plus petits quotas. Ça va numéro un avec la nouvelle usine. On avait seulement débuté à la fin d’avril en 2019. J’ai perdu un gros mois. Nos jeunes, mes petits-fils, progressent bien», expique M. Blais.

L’usine du Marché Blais avait été ravagée par un incendie le 2 avril 2018. Elle a été reconstruite entre la fin de 2018 et le printemps 2019. Cette année, elle emploie un peu moins de monde que d’habitude. «On a 12 personnes de moins. On a 50 employés. Je vis bien avec ça. Je veux juste une pointe de la tarte, pas toute la tarte. Je pense que le prix moyen au pêcheur va atteindre entre 4 $ et 4,50 $ la livre dans le crabe. Ce qui nous sauve, c’est la piastre», assure-t-il, en parlant du taux de change, très favorable aux exportateurs canadiens.

Mis à part ce qui est vendu localement, le crabe du Marché Blais «est tout vendu aux États-Unis. J’ai un «broker» (acheteur), Fisher King Seafoods, de Halifax, qui fait notre mise en marché», conclut M. Blais.

La pêche doit être complétée le 30 juin dans le sud du golfe Saint-Laurent. L’année courante est caractérisée par la réouverture de l’usine Crustacés de Gaspé par Unipêche MDM. Environ 70 personnes y travaillent en 2020.

LE SUD DU GOLFE – pages 2-3 – Volume 33,2 Avril-Mai 2020

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À propos de l'auteur : 

Gilles Gagné

Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.

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