Pêche au homard en Gaspésie : une année exceptionnelle

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Les homardiers de la Gaspésie ont connu une année exceptionnelle en 2019, en établissant des records de prises et de revenus totaux. Les prises ont atteint 3013 tonnes métriques, alors que les revenus totaux se sont établis à 44,83 millions $ selon les données préliminaires de Pêches et Océans Canada. On a effacé les records de 2017 de 2 486 tonnes métriques et de 38,3 millions $. Le prix a aussi contribué dans une certaine mesure au record de revenus totaux de 2019, puisqu’il est passé de 6,52 $ la livre en 2018 à 6,75 $ cette année. C’est légèrement moins que les 6,98 $ de 2017 toutefois. Les chiffres de 2019 pulvérisent donc aussi les statistiques de 2018, année marquée par l’arrêt de la capture le 17 juin pour 64 homardiers pendant deux semaines, alors qu’il restait presque trois semaines complètes de pêche. C’était en raison de la présence au large d’une baleine noire, à dix kilomètres de Chandler, fort loin des lieux fréquentés par les homardiers. La quasi-totalité de ces 64 homardiers avaient alors décidé de terminer la saison le 17 juin plutôt que de remettre les casiers à l’eau le 2 juillet, pour moins d’une semaine. Cet arrêt de capture avait privé les homardiers touchés par ces mesures de protection de la baleine noire de revenus oscillant entre 2,8 millions $ et 3,76 millions $, selon des évaluations allant de conservatrice à optimiste quant aux prises potentielles qu’auraient réalisées les homardiers des secteurs touchés.

VAGUE D’ABONDANCE

Le directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, O’Neil Cloutier se réjouit des résultats extraordinaires de 2019. «C’est une suite logique de la vague d’abondance qui a commencé à poindre en 2015, qui s’est accentuée en 2016, puis en 2017. Si ce n’était pas des mesures imposées pour protéger les baleines noires, mesures imposées à 64 pêcheurs pendant 15 jours dans des secteurs où elles ne viennent pas, on aurait aussi vu  une hausse en 2018 avant celle de cette année», souligne M. Cloutier. Ces résultats s’expliquent par un train de mesures de protection de la ressource implantées à partir de 1996-1997. Ces mesures ont pris la forme de rachats de permis, d’augmentation de la taille légale des homards capturés afin de maximiser le nombre de géniteurs dans l’eau et favoriser la ponte, de réduction du nombre de casiers par pêcheur et du nombre total de jours de pêche durant la saison. Des ensemencements et l’imposition d’une taille maximale de homards capturés ont aussi ponctué les dernières années. Le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie (RPPSG) a également instauré des suivis scientifiques, soit de façon autonome, soit en collaboration avec le ministère fédéral des Pêches et des Océans.

EFFETS POSITIFS DU RÉCHAUFFEMENT PLANÉTAIRE

Ainsi, une pêche postsaison est réalisée depuis huit ans afin de suivre l’évolution de la ressource, notamment en ce qui a trait à la présence de petits homards. Les scientifiques observent par ailleurs que le réchauffement planétaire avantage, pour le moment du moins, le homard en Gaspésie. «Les pontes sont bien meilleures à cause des changements climatiques. Le taux de survie est beaucoup plus fort. La prédation est beaucoup moins élevée par les morues de capelan (les morues qui suivent le capelan), moins nombreuses maintenant. Elles consommaient énormément de petits homards. Le stock de poissons pélagiques est aussi en baisse et ils sont aussi des prédateurs de petits homards. Pour les appâts, c’est      (la baisse de la biomasse des espèces pélagiques) inquiétant mais pour la survie des petits homards, c’est positif. On parle aussi aux plongeurs du Club nautique de Percé et ils observent une surabondance de petits homards», précise O’Neil Cloutier. Depuis quelques années, quatre types de suivi scientifique sont réalisés sur le homard en Gaspésie, à savoir la pêche postsaison, effectuée par un homardier de Saint-Georges-de-Malbaie en 2019, une pêche repère, effectuée par une demi-douzaine d’équipages gaspésiens, une pêche supervisée au début, au milieu et à la fin de la saison par un module scientifique, et l’évaluation scientifique menée par Pêches et Océans Canada. «La pêche supervisée par le module scientifique au début, au milieu et à la fin de la saison est effectuée avec la collaboration d’une vingtaine de pêcheurs», spécifie O’Neil Cloutier. Désireux de poursuivre les efforts de protection et d’optimisation de l’habitat du homard en Gaspésie, le RPPSG continue ses programmes d’ensemencement de petits homards. «Cette année, les ensemencements seront faits à Paspébiac et à Caplan. On n’était jamais allés dans le fond de la baie des Chaleurs. Compte tenu de la présence d’une bande autochtone (Gesgapegiag), on a avisé le chef et il était bien content. C’est une bonne zone de pêche et tout le monde a droit de bénéficier des ensemencements. L’an prochain, les ensemencements auront lieu au centre du territoire. Depuis 2018, il y a deux ensemencements par année», précise M. Cloutier.

GESTION DES BALEINES NOIRES

Pêches et Océans Canada a instauré cette année deux mesures visant à répondre en partie aux doléances des homardiers vis-à-vis la protection des baleines noires. La pêche ne pouvait être interdite à des fins préventives dans les secteurs où la profondeur d’eau était inférieure à 20 brasses, à moins qu’une baleine y pénètre. Dans ce cas, la pêche pouvait continuer dans les secteurs d’une profondeur inférieure à dix brasses, alors qu’elle était suspendue pour 15 jours dans les profondeurs supérieures. Aucune baleine noire n’a été observée dans moins de 20 brasses en 2019. Toutefois, les homardiers ont trouvé une faille dans l’évaluation des positions établies par les avions effectuant des patrouilles visant à situer les baleines noires. Ces avions volent généralement à 800 pieds d’altitude. «Le ministère (des Pêches et des Océans) a fermé cet été un secteur à Sainte-Thérèse-de-Gaspé, après la saison de homard. Une baleine noire avait été aperçue à moins de dix brasses, disait-on. On a réclamé une position GPS et en réalité, la baleine se trouvait dans 38 brasses d’eau. Le ministère a rouvert la zone mais il a fallu quatre jours avant que ça arrive. C’est inquiétant. Si on avait été pendant la saison de pêche, il y aurait eu une fermeture inutile de quatre jours, et de 15 jours si on n’avait pas demandé une position GPS. Il faut que le ministère comprenne qu’il n’y a pas de baleine noire dans les secteurs de pêche au homard. Il faut qu’il y ait une réflexion et un ajustement sur les moyens utilisés pour valider la présence de baleines noires le long de nos côtes. Ce n’était pas une petite erreur», précise O’Neil Cloutier. Le secteur du homard en Gaspésie a vécu une croissance remarquable depuis 2011. Cette année-là, le volume des débarquements avait atteint 875 tonnes métriques, pour une valeur de 9 millions $.

 

LA GASPÉSIE – page 8 – Volume 32,4 Septembre-Octobre-Novembre 2019

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À propos de l'auteur : 

Gilles Gagné

Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.

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