Pêche au homard : l’incertitude a laissé place au soulagement

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L’inquiétude régnant dans le secteur du homard en Gaspésie lors des premiers jours du printemps a graduellement laissé la place au soulagement, et la saison aura finalement duré 10 semaines, débutant le 9 mai dans la péninsule et terminant le 16 juillet.

La saison s’est donc étalée sur une période normale, bien qu’elle ait commencé deux semaines plus tard que prévu en raison des soubresauts provoqués par la pandémie de COVID-19. Alors que les acheteurs offraient entre 2 $ et 3 $ la livre en Nouvelle-Écosse en mars, les pêcheurs gaspésiens ont touché autour de 5 $ la livre en moyenne, après huit semaines, et le prix montait au début de juillet.

De la première à la huitième semaine, le prix à la livre du homard payé aux pêcheurs gaspésiens s’est établi à 6,40 $, 5,01 $, 4,50 $ pendant trois semaines, puis 4,75 $, 5,04 $ et 6,03 $ respectivement, pour une moyenne de 5,09 $. Cette moyenne ne tient toutefois pas compte de la pondération attribuable aux volumes variables de prises d’une semaine à l’autre.

«Les ventes ne sont pas toutes faites encore, mais c’est mieux qu’on pensait au début. Les marchés extérieurs ont été bien meilleurs que le marché américain, qui n’a pas été mauvais mais qui a évolué tranquillement. Le prix monte en fin de saison. Il a été de 6,03 $ la livre pendant la huitième semaine et on pense qu’il monte encore pour la neuvième semaine. En mars, tout le monde pensait à 3 $ la livre», signalait Roch Lelièvre, propriétaire de Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan, une usine de Sainte-Thérèse-de-Gaspé.

M. Lelièvre, qui achète les prises de 14 homardiers gaspésiens, d’une trentaine de homardiers néo-brunswickois et de trois pêcheurs d’Anticosti croit que le secteur du homard a très bien fait de retarder le début de la capture de deux semaines.

«Même un départ une semaine avant aurait eu des effets négatifs. Les gars (pêcheurs) étaient insécures, les employés d’usines étaient insécures et nous étions insécures. On parlait aux clients à chaque semaine aussi. On a perdu la fête des Mères, mais ça a été meilleur plus tard. On s’est repris. Le marché local nous a encouragés, les restaurants n’étaient pas ouverts et les gens en ont acheté à l’épicerie. En plus, les prix étaient bons», note Roch Lelièvre.

Le volume de prises en Gaspésie était élevé, le 10 juillet, avec une semaine à faire dans les zones 20 et 21.

«Dans l’ensemble, ça va finir par ressembler à l’an passé. Je devrais acheter 2,4 millions de livres de homard cette année. C’est plus que prévu. Le homard de la Gaspésie est surtout vendu sur le marché du vivant. Tout le homard du Nouveau-Brunswick est transformé et pour le homard d’Anticosti, c’est 50-50 entre la transformation et le marché du vivant. J’ai vendu beaucoup de homard cuit frais cette année. C’était plus fort que d’habitude », précise M. Lelièvre.

L’IMPACT DES SUPERMARCHÉS

En plus du report du début de la saison de capture, un autre facteur a été déterminant dans l’écoulement fluide des stocks de homard en 2020.

«Les supermarchés ont embarqué et ils ont fait beaucoup plus de spéciaux que lors des années passées», signale Roch Lelièvre.

Ces propos rejoignent en tous points ceux de Raymond Sheehan, président de la firme voisine E. Gagnon et Fils, le plus gros acheteur de homard en Gaspésie. Une cinquantaine de homardiers livrent leurs captures à cette autre entreprise de Sainte-Thérèse-de-Gaspé.

«Ce qui a beaucoup aidé, c’est Metro et les autres supermarchés qui ont offert le homard à des prix compétitifs. Tout le monde mangeait à la maison et le homard coûtait moins cher à la maison qu’aller au restaurant», souligne M. Sheehan.

L’attente avant le lancement de la saison de pêche a également été salutaire, selon Raymond Sheehan.

«Regardons maintenant; il y a 100 cas de COVID par jour au Québec, pas des centaines comme en avril, ou 1000, alors que les restaurants étaient fermés, et les croisières. Le début de saison retardé de 15 jours a été un mal pour un bien», note-t-il, rappelant que la confiance revenait à mesure que le mois de mai progressait.

Raymond Sheehan s’attendait le 10 juillet à ce que E. Gagnon et Fils acquiert 3 millions de livres une fois la saison terminée. Il restait alors une semaine de capture en Gaspésie, mais trois semaines à Anticosti, où les prises augmentent aussi d’année en année.

E. Gagnon et Fils n’achète pas de homard au Nouveau-Brunswick en 2020, ni en première moitié de saison, ni à la fin de l’été. «On commence la transformation du crabe commun le 10 août. Ce sera tout pour cette année», précise M. Sheehan.

Le homard de fin d’été et d’automne est généralement transformé et écoulé sur le marché américain, notamment des «HRI», les hôtels, restaurants et institutions, mais «on n’en entend pas parler cette année aux États-Unis. Les ventes se font en supermarché seulement», dit-il.

Même si elles n’ont pu faire venir autant de travailleurs étrangers cette année à cause des contraintes découlant de la pandémie, les acheteurs et transformateurs gaspésiens de homard ont tiré leur épingle du jeu par rapport aux usines néo-brunswickoises parce qu’elles n’ont pas manqué de main-d’œuvre à un degré aussi élevé que leurs collègues des Maritimes. Les usines de Gaspésie ont maintenu un rythme soutenu en transformation en raison d’un meilleur recrutement de travailleurs locaux.

«Dans les Maritimes, la main-d’œuvre a manqué et il y a moins d’acheteurs. Il y a des entreprises comme Westmorland qui embauchent jusqu’à 225 travailleurs étrangers dans une usine. Ces travailleurs n’étaient   pas là au début de saison et ils représentent 80 % du personnel dans certaines usines. Ils ont été obligés de mettre des bateaux à quota quotidien», explique M. Sheehan.

Roch Lelièvre apporte une nuance quand il est question du désavantage des usines du Nouveau-Brunswick. «Le manque de main-d’œuvre a plus nui aux pêcheurs du Nouveau-Brunswick qu’aux acheteurs», précise-t-il.

Pendant que les acheteurs du Nouveau-Brunswick ont souvent limité leurs pêcheurs à des limites quotidiennes de 800 et parfois même aussi peu que 500 livres par jour, la firme Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan a acquis les prises de 30 pêcheurs néo-brunswickois pendant l’essentiel de la saison sans imposer de quota journalier, et quand ce fut le cas, «ma limite était de 1200 livres», signale Roch Lelièvre.

PROLONGEMENT DE SAISON JUSTIFIÉ

En amorce de capture, au début de mai, le plan du ministère fédéral des Pêches et des Océans prévoyait une saison de huit semaines dans la zone 20, Cap Gaspé et  Carleton. À mi-saison, considérant que le déroulement allait mieux que prévu, le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie a demandé au ministère d’allonger la saison pour qu’elle dure 10 semaines dans la zone 20, comme d’habitude.

La crise provoquée par la COVID-19 a coûté cher sur tous les plans à l’industrie des pêches à cause des mesures visant à assurer la sécurité à bord des bateaux et dans les usines, de façon à empêcher la propagation du coronavirus.

Chez E. Gagnon et Fils, les dépenses liées à cette protection approchaient 500 000 $ au début de juillet. Chez Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan, la somme dépassait 100 000 $, une facture qui grimpait encore au début de l’été.

«Il reste des choses à faire. On a fait les choses vite au début parce que ça pressait. Il reste des installations plus permanentes à terminer, pour le hareng plus tard cette année. Il faut que ce soit adéquat pour ça aussi», explique Roch Lelièvre.

Raymond Sheehan constate de son côté que l’aide annoncée par le gouvernement fédéral en milieu de printemps ne sera pas aussi élevée que prévu.

«On pensait que tout était admissible, mais tout ce qui est jetable ne sera pas remboursé, ce qui veut dire les gants, les masques, les visières, tout excepté les plexiglas. C’est au moins la moitié qui ne sera pas remboursable. Ça avait été présenté de façon plus prometteuse au début», déplore M. Sheehan.

LA GASPÉSIE – page 6 – Volume 33,3 Juin-Juillet-Août 2020

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À propos de l'auteur : 

Gilles Gagné

Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.

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