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Projet de prolongement de la piste de l’aéroport de Havre-aux-Maisons : le statuquo freine le développement

Les industriels de la pêche font du prolongement de la piste principale de l’aéroport de Havre-aux-Maisons, aux Îles-de-la-Madeleine, un enjeu de développement économique. Ce projet, qui vise à faire passer la longueur de la piste 07/25 de 4 500 à 5 200 pieds, piétine depuis plus de plus de 35 ans. Or, pour la Coopérative des pêcheurs Cap Dauphin, entre autres, le statuquo freine l’essor des exportations de homard vivant de l’archipel.

La directrice générale de l’entreprise d’économie sociale, Ruth Taker, fait du prolongement de la piste un prérequis pour l’achat d’équipements de triage et l’aménagement d’une chambre de réfrigération afin de diversifier ses marchés. «C’est un projet d’investissement d’environ 400 000 $, souligne-t-elle. Mais on ne peut pas justifier une telle dépense si on ne peut pas atteindre les marchés plus lucratifs de Toronto et de Vancouver.»

DÉVELOPPEMENT SUR LA GLACE

Le directeur général de l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP), Jean-Paul Gagné donne raison à Mme Taker, qui se trouve à être la vice-présidente de son organisation. Fort d’une nouvelle étude sur les perspectives de marché du homard en Ontario, publiée le mois dernier par Papilles développement, il note que la demande des consommateurs y a doublé entre 2019 et 2021. «Le MAPAQ, qui a payé une partie de notre étude, est prêt à supporter le développement du marché de Toronto, affirme M. Gagné. On parle d’un projet de 700 000 $, 800 000 $ sur une période de trois ans, pour embaucher une personne, avoir un bureau, développer un réseau de distributeurs; c’est la base. Mais là, tout est sur la glace, tant qu’il n’y a pas de piste d’atterrissage ou de solution pour le transport aérien.»

Même Air Canada affirme qu’elle desservirait l’archipel à l’année si la piste était allongée. Le transporteur aérien, qui a mis au rancart ses Dash 8-100 en mai 2020 et ses Dash 8-300 en janvier dernier, n’offre désormais qu’une liaison saisonnière estivale à bord d’appareils de la série Q400. «Il faut comprendre qu’opérer une liaison aux Îles-de-la-Madeleine durant l’hiver comporte certaines contraintes opérationnelles, notamment au niveau de la piste considérant le type d’appareils que nous exploitons, explique Pascale Déry, directrice des relations avec les médias chez Air Canada. Et oui, si la piste le permettait, on exploiterait des vols à l’année.»

LEBOUTHILLIER PAS CONVAINCUE

Pour sa part, la députée de la Gaspésie et des Îles et ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier est d’avis qu’il ne serait pas pertinent d’investir dans le prolongement de la piste de l’aéroport spécifiquement pour une industrie dont la saison de pêche est limitée à neuf semaines. «Au gouvernement fédéral, on travaille d’une extrémité à l’autre du Canada et, quand on va travailler le dossier du rallongement de la piste, après avoir réglé le port de Cap-aux-Meules qui est ma priorité première, ça va être positif pour l’ensemble de la population et ça va inclure le développement touristique», déclare-t-elle.

Mme Lebouthillier croit également que l’exportation du homard vivant des Îles vers les marchés extérieurs ne se résume pas qu’à un enjeu de longueur de piste. «Ce n’est pas le rallongement de la piste qui va permettre d’exporter le homard, dit-elle. Il y a toutes les infrastructures qui doivent graviter autour, c’est-à dire les viviers, les chambres de réfrigération, parce que tu travailles avec des produits alimentaires et il y a des conditions qui viennent avec ça. Et ça, actuellement, il y a Moncton qui a toutes ces infrastructures-là. Et Halifax aussi, a un aéroport qui fonctionne avec ces infrastructures-là.»

L’AQIP RÉPLIQUE

Le DG de l’AQIP ne partage toutefois pas cette analyse de la députée-ministre. Transporter le homard vivant des Îles par camion vers l’aéroport de Moncton serait très dispendieux, à son avis. «Je pense que Mme Lebouthillier a oublié de calculer les coûts de tout ça, indique Jean-Paul Gagné. Parce que déménager tout ça à Moncton, les coûts d’une telle opération s’accumulent. Mais, si on part des Îles-de-la-Madeleine, ce serait appréciable pour tout le monde aux Îles de vendre du homard en Ontario. Et pas juste à Toronto; Ottawa peut être un point intéressant aussi.»

Le Rapport sur les perspectives de marché du homard en Ontario commandé par l’AQIP recommande d’ailleurs une approche pilote dans les chaînes d’alimentation, «en commençant par le secteur Ottawa». Dans le réseau ontarien des Loblaws, Sobey’s et Métro, la valeur totale des ventes de homard frisaient les 21 millions $ en 2021. Le produit vivant y occupait une part de 28 %, au deuxième rang derrière les queues congelées, comptant pour 42 % du marché.

«Et il reste qu’en 2021, on a versé 102 millions $ juste aux pêcheurs, soutient M. Gagné. C’est important pour les Îles. Et quand bien même que ça couterait 10 millions $ pour la piste, étalé sur une dizaine d’années, je pense qu’il y aurait un retour d’investissement intéressant.»

CAPACITÉ CARGO

De son côté, Jonathan Lapierre, maire des Îles-de-la-Madeleine, assure que le dossier de l’allongement de la piste de l’aéroport demeure très actif. «On peut travailler les dossiers en même temps, mais on ne peut pas tous les régler en même temps, dit-il. Et aussitôt qu’il y aura une fenêtre qui va s’ouvrir pour arriver à nos fins, on va la saisir.»

Entretemps, il invite les industriels de la pêche qui ont des besoins d’exportation de se concerter pour justifier une offre de capacité cargo conséquente. «Il y a des transporteurs aériens qui sont prêt à venir aux Îles pour du cargo, affirme-t-il. Mais ça, ça prend du volume. Et ce sera toujours le cas. On aura beau avoir une piste de 10 000 pieds ou de 15 000 pieds, un transporteur cargo va venir ici à partir du moment où il aura un certain volume. Et c’est pour ça, d’ailleurs, que ce dossier tourne en rond depuis des années, parce que ça prend l’engagement de partenaires.»

Air Canada précise quant à elle que le Q400 peut accueillir jusqu’à 500 kg (1 100 livres) de fret par vol, à pleine capacité en nombre de passagers. «Si nous transportons moins de passagers, nous pouvons potentiellement prendre plus de 1 500  kg (3 300 livres) par vol», ajoute sa porte-parole Pascale Déry. De plus, selon Air Journal, un Q400 converti en tout-cargo peut contenir jusqu’à 18 000 livres de fret. En comparaison, la Coop Cap Dauphin expédie à elle seule un minimum quotidien de 40 000 livres de homard vivant par camion.

DÉVELOPPEMENT RÉGIONAL – Volume 35,3 – Juin-Juillet-Août 2022

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