Transformation du crabe des neiges: d’une allure effrénée à un gros ralentissement

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Le début de saison de transformation du crabe des neiges s’est effectué à une allure effrénée dans le sud du golfe Saint-Laurent, alors que les débarquements ont afflué vers les usines à un rythme aux limites des capacités des installations.

Ce rythme a toutefois été ralenti graduellement par la multiplication des fermetures de quadrilatères, à la suite des premières observations de baleines noires le 13 mai, soit 15 jours après le début de la capture. Les fermetures ont éventuellement atteint plus de 50 % des secteurs de pêche au début de juin, ce qui a compliqué significativement la tâche des crabiers.

L’IMPACT DE LA ZONE STATIQUE

«Lors des 30 premiers jours, les pêcheurs ont pris 75 % du quota, et 20 % depuis, en presque un autre mois. Il n’y a pas de doute dans mon esprit que le quota aurait déjà été pris au complet s’il n’y avait pas eu de fermeture de la zone statique en même temps que le début de la pêche, le 28 avril, deux semaines avant la présence des premières baleines noires», précise Bill Sheehan, vice-président de la firme de transformation E. Gagnon et Fils, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé.

Le 25 juin, cette usine, la plus grande usine de transformation de crabe des neiges au Québec, avait pris livraison de 95 % de l’approvisionnement de 9 millions de livres attendues en 2019. Dans l’ensemble du golfe, les pêcheurs avaient alors atteint 94,5 % de leur quota, avec six jours de données à entrer avant la fermeture du sud du golfe aux captures de cette espèce.

«Pour atteindre 100 % des prises de nos crabiers, ça voudrait dire environ 1 % par jour. On ne le saura qu’au dernier jour. On le verra au photo finish», souligne Bill Sheehan, pour employer une analogie de course.

Les débarquements massifs de crabe ont duré jusqu’à la quatrième semaine de capture. Les prises ralentissent toujours un peu après un certain temps mais cette année, comme en 2018, c’est l’accélération des fermetures de quadrilatères de protection de baleines noires dans le golfe Saint-Laurent qui a constitué le principal défi de l’industrie.

«Quand tu regardes les zones fermées, c’est le Québec qui écope. Les quadrilatères fermés sont situés au large de la Gaspésie. Donc, les crabiers gaspésiens doivent aller plus loin, à 15-16 heures de «route» des usines pour aller pêcher. Ceux qui ont des petits bateaux (les pêcheurs faisant partie de la catégorie nouvel accès) ne peuvent pas aller très loin. À partir d’un certain point, plus de 50 % de la zone était fermé. J’ai arrêté de compter à 50 quadrilatères fermés. Les trous à crabe sont fermés dans ce temps-là et les gars (les pêcheurs) n’ont pas de fun», remarque M. Sheehan.

Le début tardif de la saison, avec les premiers débarquements au 1er mai, deux jours après le lancement des activités, constitue un autre irritant pour les transformateurs.

«On ne l’appelle pas le crabe des neiges pour rien! C’est une pêche qui devrait commencer plus tôt en avril et qui devrait être terminée à la mi-juin. On le voit. On a été chanceux parce qu’on n’a perdu que des grenailles de crabe dans les voyages qui nous sont livrés mais un bateau qui a une cale à glace et qui doit faire 15 heures pour revenir livrer, quand il fait 25 degrés dehors, ce n’est pas l’idéal. Sans fermeture de la zone statique, la pêche aurait terminé deux semaines plus tôt», précise Bill Sheehan.

VIVE LE MARCHÉ AMÉRICAIN

Les crabiers du sud du golfe Saint-Laurent ont bénéficié d’un très fort quota de 32 480 tonnes métriques en 2019, une surprise en un sens parce qu’il n’était pas prévu que le contingent soit aussi élevé à peine deux ans après le record de 2017. Les prix sont restés élevés malgré cette abondance.

«Le marché américain est bon; il est même très, très bon. Le prix de 5,50 $ la livre payé au pêcheur est un sommet, comme l’an passé, alors qu’on avait aussi payé 5,50 $. On vit en même temps nos plus grosses années en matière de quotas. Quand les États-Unis vont bien, on va bien. Il y a une pénurie de main d’œuvre et les gens dépensent plus», signale Bill Sheehan.

C’est moins reluisant du côté du Japon cependant. «Le Japon a levé le pied. On vendra peut-être 5 % de notre production au Japon cette année. C’était 15 % avant. On est une usine à grand volume. C’est plus facile de diriger notre production chez les Américains parce que la plus-value est plus difficile à obtenir avec une usine à gros volume. Les Japonais veulent souvent des emballages de deux ou trois kilos, de cinq kilos. Il faut travailler leur crabe deux fois, une section à la fois. Les Américains prennent des paquets de 30 livres», compare M. Sheehan, spécifiant que c’est «mieux d’avoir deux marchés».

Le dollar canadien donne aussi un bel élan à la saison 2019 de transformation de crabe des neiges.

«C’est mieux que l’an passé, même si on vient de perdre trois cents dans une semaine. On est à 1,3190 $ (canadien pour un dollar américain) présentement et c’était 1,35 $ il y a trois semaines. C’est 2 à   3 % de mieux que l’an passé. Le prix obtenu était de 1,30 $ en moyenne en 2018», précise Bill Sheehan.

Il est conscient que le contexte pourrait être fort différent en 2020. «Les quotas en Alaska étaient à 20 millions de livres cette année. C’est très peu mais ça devrait augmenter à 75, peut-être 80 millions de livres l’hiver prochain. Si Terre-Neuve se raplombe un peu l’an prochain, ça peut faire baisser le marché un peu. Le taux de change peut aussi jouer un grand rôle. Si les dollars sont au pair l’an prochain, il y a un risque d’inventaire à gérer mais on verra ça quand on sera rendu là», analyse Bill Sheehan.

Gérer un inventaire ne constitue pas un problème en 2019 pour la firme E. Gagnon et Fils.

Quand la saison se termine, «100 % de nos produits sont vendus. On n’est pas des grossistes. Le temps que j’encaisse le paiement, on perd parfois ou on gagne avec le taux de change. Tu peux le geler lors de la vente, ou attendre et prendre le taux de change en vigueur quand le paiement entre. Ici, on ne joue pas avec le taux de change», note Bill Sheehan, à propos des pratiques de E. Gagnon et Fils.

NOUVEAU DÉPART POUR MARCHÉ BLAIS

Après une absence d’un an en raison de l’incendie du 2 avril 2018, le Marché Blais a réintégré les transformateurs de crabe des neiges cette année, mais l’actionnaire principal, Jean-Paul Blais, aurait souhaité recevoir des volumes supérieurs. La saison de transformation à cette usine a été légèrement décalée en raison des derniers préparatifs liés à la reconstruction et aux approbations réglementaires. La reconstruction de l’usine a nécessité un investissement de 5 millions $.

«On a transformé 800 000 livres au lieu de 1,5 million de livres comme prévu. On a été chanceux avec nos équipements, des équipements nouveaux. Ça a bien été de ce côté-là mais quand notre saison a commencé, il n’y avait presque plus de crabe débarqué par les pêcheurs de la Côte-Nord, de Sept-Îles, de Bic et de Rimouski, les zones 16 et 17. Un de nos pêcheurs avait un quota de 320 000 livres et il a pris 125 000 livres. Le crabe a aussi mué avant le temps. On est dans le crabe blanc présentement», signalait M. Blais le 25 juin.

Il a vendu l’ensemble de sa production sur le marché américain, à part les petits volumes écoulés régionalement.

«J’ai laissé le marché japonais il y a une douzaine d’années. Le marché américain prend des emballages plus gros, de 30 livres. Pour le Japon, il faut faire des emballages plus petits», note M. Blais.

L’usine transforme aussi des bourgots, du turbot et du homard. «On a embauché 60 employés. C’est reparti et on est bien contents. Ce sera mieux l’an prochain dans le crabe», conclut M. Blais.

LE SUD DU GOLFE – page 6 – Volume 32,3 Juin-Juillet-Août 2019

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À propos de l'auteur : 

Gilles Gagné

Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.

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