Le secteur de la transformation du homard en Gaspésie a vécu, comme le reste des pêches commerciales, les tensions liées à la possibilité que des tarifs à l’importation soient imposés par l’administration de Donald Trump. Toutefois, à la mi-saison, aucun tarif ne leur avait été signifié et les transformateurs ont pu se concentrer sur leurs ventes.
Tant Bill Sheehan, de la firme E. Gagnon et Fils, que Roch Lelièvre, de Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan, deux usines situées à Sainte-Thérèse-de-Gaspé, ont de plus l’impression que la saison 2025 pourrait bien s’écouler sans tarifs applicables au homard ou aux produits marins canadiens en général.
«Je n’ai pas d’inquiétude pour cette année. Aux États-Unis, on parle d’une nouvelle date de libération en juillet. Quand on s’inquiète, ça n’arrive pas et inversement. Le Canada est un peu à l’abri. Il (le président Donald Trump) commence à régler d’autres problèmes. Il ne pense pas beaucoup à nous autres. Il nous a oubliés. Ce n’est pas mon inquiétude. On est déjà à la cinquième semaine», signale Bill Sheehan.
Roch Lelièvre abonde dans le même sens, mais il remarque que les acheteurs, qu’ils soient grossistes ou administrateurs de chaînes de supermarchés, commandent «lentement» depuis avril.
«Il n’y a pas deux années pareilles! Les ventes sont lentes. Personne ne prend de grosses quantités à la fois, mais les produits sortent quand même. Il faut dire que les prises ont été plus réduites en début de saison à cause du mauvais temps. C’est plus dur pour les pêcheurs basés autour de Percé. C’est aussi très dur du côté du Nouveau-Brunswick. Ils ont perdu deux jours de pêche pendant la première semaine et ils en ont perdu d’autres depuis», explique M. Lelièvre.
Son entreprise acquiert les prises de 14 homardiers gaspésiens et d’une cinquantaine de pêcheurs néo-brunswickois.
Quant à lui, Bill Sheehan remarque aussi que le beau temps change immédiatement la donne en matière de volume de débarquement.
«Aussitôt qu’il fait beau, les prises augmentent. Ce n’est pas seulement qu’on évite de perdre des jours de pêche, mais l’eau est moins brouillée et le homard entre dans les casiers. Mai a été difficile pour la pêche, surtout au début. Globalement, je ne sais pas si nous sommes en avance sur l’an passé. Je ne vois pas les chiffres. On a de nouveaux permis, quelques pêcheurs de plus. C’est difficile de comparer les deux années. On est moins touchés que l’autre côté (au Nouveau-Brunswick). Au Maine aussi, c’est difficile. Il n’y a pas une semaine qu’ils n’ont pas perdu une journée de pêche à cause du mauvais temps. Aussitôt qu’il fait beau 2 ou 3 jours, on voit la différence dans les prises», analyse M. Sheehan.
Les marchés
Si Roch Lelièvre trouve un peu frileuse la réaction des marchés face au homard disponible, Bill Sheehan y voit des signes un peu plus prometteurs.
«Le marché est bon, au Québec, pour le homard vivant. Ça va très bien. Parfois, un marché va bien au détriment de l’autre. Dans les produits transformés, c’est plus difficile pour le marché des queues, mais c’est bon pour la chair. On est étonné que ce (le prix) soit plus élevé d’une semaine à l’autre. Le prix est passé de 7 $ à 7,28 $, puis à 7,42 $. Après la Fête des mères, d’habitude, ça chute, mais on a eu 7,53 $. La météo a joué sur l’offre et ça rend le marché volatil», souligne M. Sheehan.
Dans le cas de l’usine E. Gagnon et Fils, la courte saison de transformation du crabe des neiges, quatre pleines semaines tout au plus et de plus faibles volumes par la suite, a incité sa direction à se tourner rapidement vers l’extraction de chair de homard et la préparation de queues dès les premiers débarquements, les 27 et 28 avril, selon la météo.
«On doit être à de 50 à 60 % de ventes en produits vivants jusqu’à la fête des Mères et là, rendus à la fin de mai, on transforme presque tout. La priorité, c’est de garder l’usine à pleine capacité pour garder nos employés au travail le plus longtemps possible. On délaisse le homard vivant à 28 ou 30 degrés à Montréal. C’est correct aussi. C’est très difficile à conserver, du homard vivant dans la chaleur. Il y a des pertes et aussi un risque», précise Bill Sheehan.
Du côté de Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan, la firme ne transforme pas de crabe des neiges, mais toutes les prises des 50 homardiers néo-brunswickois sont dirigées vers la transformation.
«Entre 80 et 90 % du homard qui entre dans l’usine est transformé plutôt que d’être envoyé sur le marché du vivant», spécifie Roch Lelièvre.
Pour les deux entreprises de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, une grande partie du homard transformé est acheminé sur le marché américain, qu’il s’agisse des casinos, des hôtels et du marché de la restauration.
Depuis le début de la saison de transformation de homard, à la fin d’avril, le taux de change entre les dollars canadien et américain s’est maintenu autour de 1,36 $ à 1,38 $ canadien pour un dollar américain.
«On a vu mieux, mais si on dresse une moyenne sur une période de 10 à 15 ans, on est en haut, cette année», glisse Bill Sheehan.
LA GASPÉSIE – page 3 – Volume 38,2 Mai-Juin-Juillet 2025

























