La saison de pêche 2025 au crabe des neiges de la zone 12 du sud du golfe du Saint-Laurent a étonné par la rapidité des captures et la force des prix du marché. D’une part, la moyenne des prises par unité d’effort a fait un bond de 11 % en avril, par rapport à la même période de l’an dernier et ce, même si la biomasse commerciale était elle-même en baisse de 25 %. Pour ce qui est du prix préliminaire payé à quai, il a progressé de plus de 40 %, alors que les pronostics commerciaux présaison étaient plutôt sombres en raison de la guerre commerciale planétaire livrée par les États-Unis.
Selon les données compilées par l’Association des crabiers acadiens (ACA) dont sont membres la majorité des pêcheurs de crabe du Golfe, les rendements moyens par casier s’élevaient à 99,2 kg dès l’ouverture de la saison le 1er avril, contre 91,7 kg un an plus tôt. L’écart favorable s’est maintenu tout au long du mois, relate son directeur général Marcel Hébert. «Avec une diminution de 33 % du quota, on s’attendait vraiment à ce que les taux de capture soient bas et que la saison soit difficile, déclare-t-il. Par contre, c’est tout à fait l’inverse qui s’est produit. […] Habituellement, il y a une diminution très rapide des taux de capture aux 3e et 4e semaines de pêche, ce qui n’a pas été le cas cette année.»
En fait, selon ce que rapporte l’ACA, le quota global de près de 14 720 tonnes métriques de la zone 12 était déjà tout capturé, – à 99,9 % – dès la fin avril et ce, après seulement quatre semaines de pêche. Au prorata des volumes disponibles, c’est la saison la plus rapide des cinq dernières années, affirme M. Hébert.
«Les rendements étaient vraiment bons, commente à ce sujet le capitaine du G D Noël, Denis Éloquin. Les premières journées, on prenait 300 livres et plus au casier! On ne s’attendait vraiment pas à ça parce que le quota était si petit. Nous, on n’a fait que cinq voyages pour prendre notre part et, en plus, on a été ralentis un peu par un bris d’aqueduc qui a affecté la production en usine. Chaque trip de pêche n’a duré qu’une journée et demie : en une trentaine d’heures, 36 heures, on était déjà à quai avec la cale pleine. D’habitude, on part deux jours, deux jours et demi pour faire un voyage [comparable] de 40 000, 42 000 livres.»
Marge d’erreur
Marcel Hébert explique ces forts rendements par deux facteurs, dont les bonnes concentrations de crabe partout dans le Golfe sauf dans la Baie des Chaleurs. Mais à son avis, ce sont surtout les résultats des relevés au chalut pour évaluer la biomasse qui sont déterminants. Le biologiste, qui a fait carrière en évaluation de stock à la direction régionale de Pêches et Océans Canada (MPO), raconte que le quota de crabe des neiges du Golfe est fixé en fonction de la moyenne des résultats des relevés d’abondance qui se font après chaque saison, de juillet à septembre. Et tandis que seuls les crabes matures de 95 mm et plus sont pris en compte, cette moyenne s’établissait à 51 786 tonnes métriques, en fin de saison 2024. «Mais puisque l’intervalle de confiance de cette valeur-là était de 95%, ça veut dire que la biomasse réelle pouvait varier entre 45 559 TM et 58 621 TM», expose-t-il.
M. Hébert croit donc que la population de crabe des neiges disponible à la pêcherie de cette année se situait plus près des 60 000 TM que sous les 50 000 TM. Aussi s’attend-t-il à ce que tout le crabe qui aurait pu être disponible à la pêche cette année, mais qui est resté à l’eau en raison de la gestion conservatrice du stock – ce qu’on appelle la biomasse résiduelle – augmente d’autant les résultats des prochains relevés d’abondance de l’été prochain.
«À chaque année, les relevés du MPO nous donnent des projections sur deux ans, précise le DG de l’ACA. Et pour 2026, on prévoyait l’automne dernier que la biomasse commerciale serait en baisse de 16,5%, mais maintenant on s’attend à ce qu’elle reste relativement stable avec une diminution limitée entre zéro et 10%. Et donc, on anticipe que dans les prochains relevés, on aura un taux élevé de biomasse résiduelle parce que les captures à la fin de la cette saison étaient fortes et que, selon les pêcheurs, il reste encore beaucoup de crabe sur les fonds.»
7 $ à 7,25 $ la livre
Quant au prix payé à quai, il est de 7,00 $/ lb et de 7,25 $/lb selon que les bateaux sont dotés d’une cale à glace ou d’une cale à eau. C’est 3 $ de plus que l’an dernier. «Le prix au bateau était un peu plus en augmentation que le prix du produit fini sur le marché, indique James Derpak, directeur général de l’usine Fruits de mer Madeleine de L’Étang-du-Nord. Parce qu’avec une baisse de quota, il y a beaucoup de compétition entre les usines pour la matière première. En fait, tout est plus difficile en raison de la baisse de volume. Pour les employés, il y a moins de jours de production et pour l’usine c’est plus difficile à rentabiliser.»
Cela dit, toute la production de crabe des neiges de la zone 12 provenant tant de l’usine de Fruits de mer Madeleine que des Pêcheries LéoMar de Grande-Entrée a été écoulée sur les marchés dès le mois d’avril. Le président de cette dernière, Christian Vigneau, se félicite d’ailleurs de ce que malgré la baisse du tiers du contingent par rapport à 2024, il ait pu traiter un volume légèrement supérieur grâce aux approvisionnements d’une demi-douzaine de pêcheurs additionnels.
«Quoique courte, ce fut une saison satisfaisante. On peut dire que sur le marché, ç’a très bien été. Il y avait une forte demande pour le crabe du golfe du Saint-Laurent malgré le contexte économique incertain, la menace de tarifs et tout le tralala. Ça nous a étonnés. Et maintenant que Terre-Neuve est entrée dans la pêche, j’entends qu’il y a une baisse de prix. Mais pour nous, heureusement, tout est parti, tout est vendu! Avec les tarifs qui planaient au-dessus de nos têtes, on a pris la stratégie de vendre le plus rapidement possible», conclut M. Vigneau.
LE SUD DU GOLFE – page 9 – Volume 38,2 Mai-Juin-Juillet 202

























