dimanche, juillet 12, 2026
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Un projet pilote de pêche collective prend forme avec plusieurs acteurs impliqués

Un modèle inédit inspiré des pratiques autochtones pourrait transformer l’industrie de la pêche en Haute-Gaspésie. Depuis l’automne 2024, un projet pilote novateur de pêche collective au homard à retombées communautaires se déploie dans la MRC. Cette initiative sans précédent au Québec pourrait bien redéfinir l’avenir de l’industrie halieutique en proposant une alternative au modèle traditionnel de capitaine-propriétaire.

Bénéficiant d’un financement total de près d’un million $, le projet réunit une coalition exceptionnelle d’acteurs. L’Association de pêcheurs côtiers de Tourelle, la Première Nation Wolastoqiyik Wahsepikuk, la MRC de La Haute-Gaspésie, la Direction de santé publique Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine et la Ville de Sainte-Anne-des-Monts. Ces protagonistes unissent leurs efforts sous la coordination scientifique de chercheurs de l’Université Laval, de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) et de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC).

«Pour ce projet, les consultations avec les pêcheurs ont commencé lors de la première rencontre de la Table des pêches portée par la MRC de La Haute-Gaspésie en décembre 2023», explique la chercheuse principale du projet et professeure titulaire à l’Université Laval, Mélanie Lemire. L’initiative a rapidement pris de l’ampleur, obtenant une subvention de 500 000 $ du programme Transformer l’action pour le climat et une autre de 440 000 $ du Fonds de recherche du Québec.

Modèle économique novateur

L’objectif central du projet consiste à construire un modèle d’entreprise de pêche qui gérerait et exploiterait un permis de pêche au homard de façon collective. Une partie des profits réalisés serait réinvestie directement dans la communauté, créant ainsi un cercle vertueux de développement économique local.

«Le but n’est pas d’être compétitif, mais plutôt complémentaire à l’offre de l’industrie», précise le conseiller en développement économique de la MRC de La Haute-Gaspésie, filière bioalimentaire, Yannick Ouellet. Cette approche vise également le développement de circuits locaux de transformation et de distribution des ressources marines dans une logique d’économie circulaire.

Le chercheur et directeur adjoint de l’IREC, François L’Italien, contextualise l’importance de cette innovation. «On sait que les stocks de poissons sont en déclin et que la pêche basée sur des volumes va être de plus en plus difficile. La valeur des permis de pêche a explosé depuis le début des  années 2000; il en coûte des centaines de milliers, voire des millions $ pour obtenir un quota.»

L’inspiration autochtone au cœur du projet

L’initiative s’inspire directement du modèle autochtone de gestion communautaire des permis de pêche. «À l’origine, c’est Guy-Pascal Weiner, le directeur des pêches de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk, qui nous a suggéré l’idée, révèle Yannick Ouellet. C’est donc la Première Nation Wolastoqiyik qui a lancé le bal.»

La collaboration entre les communautés autochtones et allochtones constitue un aspect remarquable du projet. «Si la Première Nation avait dit non, ce projet n’existerait pas, soulève M. Ouellet. Chez nous, la collaboration entre les allochtones et les autochtones est exceptionnelle. Ça fait partie de la réconciliation.»

La terminologie même du projet reflète cette approche collaborative. «Au début, les gars ne voulaient rien savoir du terme «communautaire» parce qu’ils ne se reconnaissaient pas dans ce modèle-là, explique le conseiller en développement économique. Ils ont préféré le terme «collectif», d’où l’appellation de «pêche collective à  retombées communautaires.»

Recherche scientifique rigoureuse

Actuellement, l’équipe mène une pêche scientifique avec 100 casiers de homards usagés acquis d’un pêcheur de Cap-Chat. «On remonte les cages, on mesure les homards, on les pèse, on compte les prises accessoires, on note le nombre de femelles avec des œufs et on les remet à l’eau», détaille la coordonnatrice du projet, Charlotte Cloutier.

Cette phase scientifique est cruciale, car le homard devient de plus en plus abondant dans le Saint-Laurent, un phénomène récent lié aux changements climatiques. «Ce qu’on entend, c’est que le homard migre vers le nord et qu’il y en a beaucoup, corrobore François L’Italien. Mais ce n’est pas chiffré.»

L’étude porte également sur les prises accessoires dans les casiers dans la zone s’étendant de Rimouski à Sainte-Anne-des-Monts, avec pour objectif d’assurer une pêche durable et une gestion écosystémique de la ressource.

Nouveau modèle organisationnel

Le projet nécessite la création d’une structure juridique inédite. «On est en train d’inventer un modèle qui n’existe pas, lance Yannick Ouellet. Il n’existe que du côté communautaire autochtone.» Le permis appartiendrait à un organisme à but non lucratif réunissant des représentants de l’Association des pêcheurs côtiers de Tourelle, de la MRC et possiblement des ministères concernés.

«Le permis devra être délivré au nom d’un organisme à but non lucratif, que ce soit une coopérative ou une société en commandite à but non lucratif», explique François L’Italien. Cet organisme aurait une mission sociale claire, avec une répartition des revenus avantageant les pêcheurs actuels, la relève et les communautés.

Retombées multiples

Au-delà de l’aspect économique, le projet vise des retombées en santé publique, notamment en matière de sécurité et de souveraineté alimentaire. «On veut un permis de pêche, on veut ramener une économie dans la communauté, mais on veut s’assurer que ça se fasse avec une ressource qui est stable et durable», souligne Charlotte Cloutier.

L’initiative suscite un intérêt considérable. «Ça soulève des passions partout au Québec et dans les Maritimes», observe Yannick Ouellet. Pour cause, puisque ce modèle pourrait ouvrir la voie à une transformation majeure de l’industrie halieutique québécoise.

Horizon prometteur

Les échéanciers sont ambitieux, mais réalistes. D’ici janvier 2026, une proposition d’organisme sera soumise aux partenaires régionaux. La caractérisation de la ressource se poursuivra jusqu’en 2027, moment où l’équipe espère présenter une demande complète de permis de pêche collective.

«N’importe quelle grande innovation sociale et économique se fait sur des dizaines d’années, philosophe le chercheur de l’IREC. On est patient!» Pour les protagonistes du projet, cette persévérance pourrait bien être récompensée par une révolution tranquille de la pêche, où tradition et innovation se rencontrent pour créer un avenir plus durable et équitable pour les communautés côtières.

LA HAUTE-GASPÉSIE – page 15 – Volume 38,3 Septembre-Octobre 2025

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