Aire marine protégée aux Îles-de-la-Madeleine : la méfiance des pêcheurs persiste

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Québec et Ottawa sont à constituer un comité consultatif local pour préparer les consultations publiques, initialement annoncées pour l’automne 2019, sur le projet d’aire marine protégée (AMP) aux Îles-de-la-Madeleine. Selon Parcs Canada, ce comité qui représente les différents secteurs d’activités accorde une place prépondérante au secteur de la pêche. Il a pour but de formuler des recommandations quant aux modalités des consultations publiques à venir, y compris les formes qu’elles prendront.

«La création d’une aire marine protégée est un processus complexe. C’est pourquoi Parcs Canada et le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec (MELCC) prennent le temps nécessaire afin de s’assurer que toutes les parties concernées par le projet soient impliquées dans le processus et que leurs perspectives soient prises en considération», nous écrit Megan Damini, de l’agence fédérale, responsable des relations avec les médias.

Le comité consultatif local aura aussi pour mandat d’accompagner la réalisation de l’étude qui évaluera la faisabilité d’une création conjointe, fédérale-provinciale, d’une aire marine protégée aux Îles.

Méfiance des pêcheurs      

Les différents groupes d’intérêt, représentant notamment les pêcheurs, les environnementalistes et les élus, recevront sous peu une invitation officielle à y siéger. Une première rencontre est prévue avant Noël.

«Je ne m’attends pas à grand-chose du fédéral, commente le pêcheur semi-hauturier Denis Éloquin. À toutes les fois qu’ils ont fait des aires marines ou des zones protégées, ils nous ont consultés mais ils ne nous ont pas écoutés. On le voit dans le sébaste : ils ont fermé une zone d’environ 60 milles de long entre le Rocher aux Oiseaux et le Cap Gaspé il y a 10-15 ans, à cause des prises accidentelles de turbot, et ne l’ont jamais rouverte après. C’est majeur! On va rester méfiant.»

Le capitaine du Jean-Mathieu déplore également que l’exploitation des hydrocarbures soit autorisée dans les zones protégées. «Ils ont laissé l’industrie pétrolière, mais ont sorti les pêcheurs. C’est nous autres qui sommes les perdants.»

Même son de cloche chez la consultante Marilyn Clark, originaire de Grosse-Île, fille, sœur et nièce de pêcheurs. Elle fait circuler une pétition en ligne contre les aires marines protégées dans les communautés côtières du Québec et du Canada atlantique, depuis le début octobre.

«Le processus des AMP a perdu toute crédibilité quand ils ont permis l’exploration et l’exploitation du gaz et du pétrole dans le chenal Laurentien, où on exclut catégoriquement les pêches», dit-elle.

Mme Clark est d’avis que la planification spatiale des zones d’intérêt identifiées par le gouvernement fédéral pour accroître ses cibles de protection des océans manque d’objectifs de conservation et d’engagement envers la biodiversité. Elle soulève l’incohérence de la protection dont jouissent les phoques gris dans la réserve écologique de l’Île Brion, alors qu’ils sont une menace pour la biodiversité du sud du golfe Saint-Laurent, selon les scientifiques spécialisés dans le suivi du stock de morue.

«Établir une aire marine protégée dans le secteur des Îles-de-la-Madeleine ne fera que le rendre plus sécuritaire pour les phoques qui pillent nos eaux de leur biodiversité. Si on ne protège pas la biodiversité, l’impact des aires marines protégées n’est que superficiel. Le plus gros impact c’est le phoque gris et on ne réagit pas.»

Objectif 5000 signatures       

L’objectif de Marilyn Clark, dont l’entreprise Port à Port Services d’Immigration est basée à Moncton, est de recueillir 5 000 signatures. Elle entend déposer sa pétition contre les AMP tant auprès du ministère des Pêches et des Océans à Ottawa que de ses directions régionales, de même qu’auprès de Parcs Canada en ce qui concerne le projet des Îles-de-la-Madeleine. Plus de 3 500 pêcheurs du Québec et des Maritimes l’ont appuyée à ce jour.

«Le gouvernement Trudeau a annoncé qu’il veut protéger 25 % des océans du pays d’ici 2025 et 30 % d’ici 2030, souligne Mme Clarke. Alors, la pétition s’adresse à tout le Canada atlantique parce que chaque région est interpelée par les aires marines protégées.»

La consultante, qui se spécialise dans la facilitation de l’embauche des travailleurs étrangers dans les usines de transformation de la pêche du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, craint que les AMP ne privent l’industrie de son accès traditionnel aux ressources halieutiques. Elle calcule qu’une valeur d’environ 500 millions $ d’actifs en permis de pêche est en jeu pour la seule région des Îles-de-la-Madeleine.

«On n’a pas besoin d’AMP pour assurer la durabilité des pêcheries et protéger la biodiversité. Le meilleur exemple c’est le dossier des baleines noires. Les pêcheurs, tout le monde a respecté les zones fermées, a respecté les objectifs de conservation qu’on s’était fixés. On a travaillé avec les organismes qui protègent les baleines et c’est un succès.»

Le ministre Lamontagne se pose en arbitre

Pour sa part, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, André Lamontagne, est conscient des réserves des pêcheurs madelinots, en ce qui concerne le projet d’AMP. «Chaque fois qu’on restreint l’utilisation de la ressource, ça pose une problématique pour les gens qui vivent de ces ressources-là, dit-il. Alors, moi, mon rôle c’est de faire des représentations adéquates auprès du gouvernement et de voir où ça va se diriger.»

Cela dit, le ministre Lamontagne souligne également les obligations du Québec en termes de protection marine. «Il y a des choses qui sont synchronisées avec le gouvernement fédéral. Alors, c’est d’essayer d’arbitrer tout ça et, ultérieurement, que ça puisse se faire au bénéfice de tout le monde.»

ENVIRONNEMENT – page 5 – Volume 32,5 Décembre 2019 – Janvier 2020

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À propos de l'auteur : 

Hélène Fauteux

Hélène Fauteux, journaliste et coordonnatrice de la salle des nouvelles de CFIM, la radio communautaire des Îles-de-la-Madeleine depuis 29 ans. Je collabore à Pêche Impact depuis les premières heures du journal. Diplômée de l'Université Concordia, à Montréal, où je me suis spécialisée en presse électronique, au sein des facultés de communication et de journalisme. J’ai fait mes premières armes dans la presse écrite pendant mes études, au Canada français, à l'hebdo du Haut-Richelieu. Depuis j’habite dans l'archipel madelinot où elle j’ai épousé un pêcheur de homard et j’ai développé une solide expertise du secteur des pêches et de la mariculture, épine dorsale de l'économie locale.

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