Des accidents forts en enseignements afin d’en tirer des leçons

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Lors de la dernière rencontre annuelle du Comité permanent sur la sécurité des bateaux de pêche du Québec (CPSBPQ), deux accidents ont fait l’objet d’un retour afin d’en tirer des leçons. Le naufrage du Nadine il y a trente ans aux Îles-de-la-Madeleine et la mort d’un employé du crevettier Meridian 66 au sud de Natashquan ont servi d’exemples.

Trente ans après le naufrage du Nadine, un film intitulé « On a accusé des morts » a été présenté en avant-première aux participants à la rencontre annuelle du CPSBPQ. Le président du comité, Marc Doucet, raconte que plusieurs causes ont provoqué l’accident. « On a mis la faute sur le capitaine et l’équipage, mais selon le témoignage du capitaine Poirier, je crois qu’il y aurait des causes plutôt mécaniques », dit-il, avant de poursuivre: « 30 ans plus tard, on voulait essayer de comparer l’accident du Nadine versus notre flottille de bateaux, voir comment la sécurité a évolué. »

M. Doucet raconte qu’après le visionnement du film, plusieurs questions ont été posées aux capitaines propriétaires de différentes flottilles et de plusieurs régions sur les pratiques de sécurité à bord de leur propre navire. « Ils ont été capables de se situer, de se comparer par rapport aux équipements, et aux formations en sécurité de 1990. On voulait avoir une image d’où on est rendus au Québec. Une inspection des navires a eu lieu l’été dernier. On constate que nos bateaux sont bien équipés et les capitaines ont à cœur la sécurité. », dit M. Doucet. Celui-ci constate que beaucoup de pratiques ont changé depuis le naufrage du NADINE: « Sur le NADINE, il y avait une majorité de l’équipage qui n’était pas capable de mettre les habits de survie pour abandonner le navire, parce qu’aucune démonstration ne leur avait été faite. La documentation était à bord, mais ils n’étaient pas formés. Aujourd’hui, les capitaines prennent le temps avec l’équipage de faire le tour de l’équipement de sécurité à leur disposition, leur expliquer comment s’en servir. On a plus de formation, notamment avec les cours de Fonctions d’urgence en mer. »

M. Doucet indique que le naufrage du Nadine, mais aussi d’autres incidents survenus au cours des dernières décennies ont influencé les pratiques. « En cas de chutes par-dessus bord, depuis quatre ou cinq ans, on voit plus de matelots qui travaillent avec des vestes de flottaison individuelles sur les ponts. Ce sont des petits événements qui font changer la culture de sécurité et qui font en sorte qu’on prend le temps de se former et de sensibiliser l’équipage. On observe qu’il y a toujours des accidents, mais les conséquences sont souvent moins graves qu’avant », conclut-il avec enthousiasme.

La perte d’une vie riche en leçons

L’an dernier, un membre de l’équipage du crevettier Meridian 66 a perdu la vie au sud de Natashquan. Le vice-président du CPSBPQ et représentant CNESST, Michel Castonguay, a offert une présentation du rapport d’enquête. Celui-ci raconte: « Le travailleur est passé à côté d’un garde-corps qui s’est détaché soudainement et l’a frappé à la tête. Le travailleur est tombé assis et a basculé dans la rampe de hissage du chalut, puis à la mer. Un crochet relié par cordage à un treuil hydraulique était accroché au garde-corps, avec un peu de tension pour éviter qu’il ne balance entre les opérations d’utilisation du treuil. Avec l’usure, la rouille, le garde-corps n’a pas su contenir la tension et a cédé au moment où le travailleur passait à proximité. [Une fois le travailleur à l’eau,] son gilet ne s’est pas déployé. Le rapport d’enquête donne une idée pourquoi: c’était rouillé, les bonbonnes étaient décrochées du système. C’est l’entretien qui a fait défaut ici. »

L’événement tragique soulève de nombreuses questions de sécurité. « Un garde-corps, ce n’est pas fait pour attacher des choses, c’est fait pour, littéralement, garder des corps. Dans ce cas-là, le garde-corps n’avait pas de lisse intermédiaire non plus, ce qui a permis au travailleur de passer en-dessous. Sur les bateaux, les garde-corps servent à toutes les sauces. On y accroche toutes sortes de choses: des bouées, des crochets de treuil, c’est très régulier qu’on voit ça », indique M. Castonguay qui affirme qu’il y a beaucoup à apprendre de cet accident.

La conception des garde-corps doit être sans faille. « Les lisses intermédiaires ne sont pas toujours présentes, ou parfois elles ne sont pas assez hautes », dit M. Castonguay. Ce dernier rappelle qu’il est important d’utiliser les garde-corps pour leur fonction première et qu’ils ne sont pas conçus pour subir une tension: « On a calculé qu’il fallait 20 % de la force du treuil pour arracher le garde-corps s’il est neuf », affirme-t-il.

Concernant l’entretien des équipements de sauvetage, Michel Castonguay retient: « C’était bien que le travailleur porte un gilet de sauvetage sur le pont. Par contre, les gilets gonflables ont besoin d’entretien. Il faut faire des inspections périodiques et les remplacer [selon les instructions du fabricant]. On voit qu’il faut travailler là-dessus. »

Un intérêt pour ce type d’enseignement

Le capitaine Marc Doucet indique qu’il s’est senti lui-même interpelé par l’accident: « Ça m’a porté à réfléchir sur certaines pratiques sur mon bateau, on remet en question des gestes qu’on peut poser pour gagner du temps et qui ne sont pas sécuritaires, on réfléchit à l’utilisation adéquate des équipements. »

Pour Michel Castonguay, la réceptivité dont les pêcheurs ont fait preuve témoigne de l’importance qu’ils accordent à la sécurité. « On donnait des faits, des données, des chiffres. Les pêcheurs n’ont pas été surpris des résultats des conclusions du rapport d’enquête. On a eu des réactions de certains d’entre eux qui sont venus nous dire que c’était arrivé souvent qu’un garde-corps soit arraché, c’est simplement que personne n’avait été blessé. Les gens ont pris conscience aussi de l’importance de l’entretien des gilets de sauvetage. »

Les gilets de sauvetage ne sont pas encore obligatoires, mais de plus en plus de pêcheurs choisissent de les porter. « C’est une solution de dernier recours quand tout le reste n’a pas fonctionné. Mais il faut régler le problème à la source en empêchant les gens de tomber à l’eau », dit M. Castonguay en proposant quelques pistes de solutions: « Garde-corps suffisamment hauts, ne pas monter sur les parois pour travailler en hauteur, certains vont utiliser des harnais pour ne pas tomber. Un gilet de sauvetage ne fait pas vraiment partie de la prévention des chutes à l’eau. »

« À l’issue d’un accident malheureux avec un décès ici, on peut au moins sortir des éléments d’enseignements. C’est ce qu’il y a de positif à tirer pour toute la communauté », conclut M. Castonguay.

SÉCURITÉ À BORD DES NAVIRES – page 27 – Volume 33,1 Février-Mars 2020

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À propos de l'auteur : 

Ariane Aubert Bonn
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