L’ensemble de l’industrie de la pêche accueille avec satisfaction le renouvellement du Fonds des pêches du Québec (FPQ) qui a été bonifié de 25,6 %. L’annonce survenue à la fin juillet était attendue avec impatience d’autant plus que sa prolongation de deux ans était échue depuis le 31 mars dernier. Pour les cinq prochaines années, les différents programmes de soutien à l’innovation, à la productivité et à l’adaptation des entreprises de pêche et d’aquaculture aux changements climatiques sont désormais assortis d’une enveloppe globale de 50 M$ contre 39,8 M$ auparavant. Et avec cette seconde mouture du FPQ, la part de financement du gouvernement québécois est elle-même rehaussée de 30 % à 40 %.
Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) s’engage ainsi pour une somme totale de 20 M$, plutôt que 12,8 M$ d’ici le 31 mars 2031. Cela représente une hausse de plus de 58 % de la contribution provinciale. En comparaison, le ministère des Pêches et des Océans (MPO) y injectera 3 M$ de plus, équivalant à une augmentation de 11 % des subventions fédérales disponibles pour l’industrie. «Depuis 2019, le MPO consacrait déjà ces 3 M$ additionnels au programme, à la différence qu’ils couvraient des frais administratifs, nous expliquait-on au cabinet du ministre sortant québécois des Pêcheries, Donald Martel. Aujourd’hui, l’entente négociée avec le fédéral nous permet de consacrer l’entièreté de l’argent disponible aux projets de nos entreprises.»
Au cours des sept dernières années, le Fonds des pêches a offert un effet de levier à 198 projets, générant des investissements de plus de 85 M$. Par exemple, Fruits de Mer Madeleine de L’Étang-du-Nord a reçu son appui à trois reprises pour des déboursés globaux de plus de 10,5 M$ qui lui ont permis d’augmenter significativement sa capacité de transformation du crabe des neiges. «Que le MAPAQ augmente sa propre mise de fonds dans le programme est en soi une excellente nouvelle, parce qu’il a toujours été notre principal partenaire pour nos projets d’usine, souligne son directeur général James Derpak. Mais comme on vient à peine d’en compléter le plus récent, nous n’avons pour l’instant rien d’autre dans le collimateur qui soit d’un montant significatif.»
Diversification des marchés
Entré en vigueur ce 1er septembre, le FPQ renouvelé continue d’offrir un maximum de 100 000 $ non remboursables par projet. Et comme autre nouveauté, s’y ajoute un axe de développement et de diversification des marchés. Dans leur communiqué de presse commun émis le vendredi 17 juillet, Donald Martel et sa vis-à-vis fédérale Johanne Thompson qualifiaient ce nouveau volet d’essentiel «dans un contexte marqué par les menaces tarifaires, la concurrence internationale et l’évolution des marchés mondiaux».
Il répond d’ailleurs à une préoccupation maintes fois exprimée par les acteurs de l’industrie au cours des dernières années, incluant le député fédéral de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine-Listuguj, Alexis Deschênes. «C’est la preuve que le milieu des pêches peut obtenir des gains quand il arrive à se mobiliser», se réjouit celui qui a interpelé Mme Thompson à plusieurs reprises pour s’assurer de la continuité du programme.
Aussi le DG de l’Association québécoise de l’industrie de la pêche du Québec, Serge Fortin, se félicite à son tour, de ce que les deux paliers gouvernementaux reconnaissent «que les besoins de l’industrie sont aujourd’hui plus importants que jamais». L’AQIP souhaite se prévaloir du FPQ pour commander une analyse diagnostique de la performance des usines de transformation afin de les guider dans leurs projets d’investissement en automatisation, robotisation ou intégration de l’intelligence artificielle et leur permettre d’améliorer leur compétitivité sur les marchés. Cette étude serait menée par un consortium des principaux fournisseurs mondiaux d’équipements, précise M. Fortin. «Profitant du fait qu’ils connaissent les marchés dans les autres provinces et à travers le monde, ils sont en mesure de nous dire où se situe chaque usine par rapport à la productivité médiane de son secteur respectif, et aider à ce qu’on atteigne un niveau supérieur d’efficience.»
Critères d’acceptabilité
Or, reste à voir si les critères d’acceptabilité de la seconde mouture du FPQ ont bel et bien été ajustés pour correspondre désormais à ceux appliqués dans les Maritimes, de sorte à procurer aux entreprises de transformation du Québec des rendements compétitifs. C’est ce que fait remarquer le président des Pêcheries LéoMar, Christian Vigneau, qui espère lui-même profiter du Fonds des pêches pour augmenter sa capacité de production de crabe des neiges et de homard. «On n’a pas encore eu le temps d’analyser les fins des détails du nouveau programme, mais on a demandé à plusieurs reprises que les paramètres d’éligibilité des équipements soient les mêmes que ceux auxquels les gens de l’Atlantique ont accès, pour qu’on puisse justement faire face à la concurrence», expose-t-il.
Questionné à cet effet, le MAPAQ assure pour sa part que Québec et Ottawa ont effectivement apporté des ajustements au nouveau FPQ «afin de tenir compte des réalités et des priorités propres» à l’industrie québécoise des pêches et de l’aquaculture.
De son côté, le Rassemblement des pêcheurs et pêcheuses des côtes des Îles attendait le renouvellement du FPQ pour planifier la poursuite de ses travaux de recherche scientifique sur le homard. «C’est un programme très important pour le Rassemblement des pêcheurs, fait valoir sa directrice générale Léona Renaud. On a le projet présaison, pour déterminer la meilleure date d’ouverture de la pêche au homard, le projet écloserie et le projet marquage qui ont été financés par le Fonds des pêches, ces dernières années. Et donc, on a hâte de voir quel soutien on nous apportera pour poursuivre sur cette lancée.»
Gaspésie et Côte-Nord
Quant à l’Association des capitaines propriétaires de la Gaspésie (ACPG), elle espère que le Fonds des pêches renouvelé permettra aux associations de pêcheurs d’accompagner les missions commerciales à l’étranger pour faire valoir leurs pratiques de pêche durable. D’ailleurs, elle veut aussi obtenir du financement dès cet hiver afin de fabriquer et de tester, par l’entremise de sa filiale Agrès de Pêche Innovation, un nouveau type de chalut à faible impact sur le fond marin. «Nous en sommes présentement à la conception préliminaire assistée par ordinateur, indique son directeur général Claudio Bernatchez. Et notre objectif est de mettre à l’essai les engins modifiés, dans le cadre d’une première phase, dès la prochaine saison de pêche.»
Pour ce qui est de l’entreprise Fermes Belles-Amours de Lourdes-de-Blanc-Sablon, sur la Basse-Côte-Nord, elle planche sur un projet de diversification de sa production en usine. «Cela nous amènera à opérer sur une base quasi annuelle», signale son président, Michael Sheppard, qui se prépare donc lui aussi à déposer une demande financement auprès du FPQ. Ses installations industrielles procurent présentement de l’emploi à une vingtaine de personnes à temps complet. Ce nombre augmente de moitié au plus fort de la saison de pêche au homard.
Enfin, bien qu’il salue lui aussi la reconduction du Fonds des pêches du Québec, le député des Îles à l’Assemblée nationale, Joël Arseneau, dit y déceler «une part d’ombre». «Nous aurons malheureusement perdu une saison de pêche, de production et de commercialisation, le Fonds n’ayant pas été renouvelé dès son échéance au 31 mars, se désole-t-il. Des projets porteurs ont dû être reportés parce qu’aucun mécanisme de transition n’a été mis en œuvre.» Néanmoins, le cabinet du ministre sortant Martel nous informait que les fonctionnaires des deux paliers de gouvernement procèdent à une amélioration de leurs processus opérationnels afin d’accélérer à l’avenir le traitement des dossiers soumis. «Le MAPAQ et le MPO collaborent de façon continue afin d’optimiser les processus administratifs et de favoriser une analyse des projets toujours plus efficace afin de réduire les délais, tout en maintenant la rigueur nécessaire à une gestion responsable des fonds publics», soutenait-on.
DÉVELOPPEMENT – page 16 – Volume 39,3 Août – Septembre – Octobre 2026

























