Hareng d’automne : une saison longue et saccadée

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La saison de capture de hareng «d’automne», ou de fin d’été, s’étire sur quatre semaines cette année, durée attribuable à plusieurs facteurs. C’est également une période de pêche qui a été marquée par deux naufrages durant la première semaine, dont un dès le premier soir.

Gilles Duguay, de Chandler, et son équipage ont été forcés d’évacuer le Mary David le 21 août au petit matin en raison d’une importante voie d’eau faisant pencher le bateau. Le Mary David a flotté entre deux eaux pendant un peu plus de 24 heures avant de sombrer.

Quatre jours plus tard, un feu s’est déclaré sur le Jeannina II de Tommy Hautcoeur, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, et le bateau a coulé dans les heures suivantes. Dans les deux cas, heureusement, personne n’a été blessé.

Gilles Duguay a refusé de mettre un trait sur sa saison de hareng, puisqu’il a loué un bateau appartenant à André Després, et il a repris la mer à temps pour la seconde semaine. Il admet toutefois que 2017 ne passera pas à l’histoire pour ses captures de hareng.

«J’ai pêché 210 000 livres de hareng en 2016. Je ne suis pas certain de me rendre à 100 000 livres cette année. Je ne peux pas aller à Miscou avec le bateau. Il est trop petit. Ça va dépendre de mes deux prochaines journées», expliquait monsieur Duguay le 8 septembre, à propos de la possibilité d’atteindre ces 100 000 livres de prises.

Quand le Mary David a coulé, il avait à son bord près de 20 000 livres de hareng, ce qui aurait été une bonne amorce de saison. La deuxième semaine n’a pas donné les résultats escomptés.

«On n’a presque pas pris de poisson. C’est une saison très difficile. Il n’y a presque pas de hareng de ce côté-ci, en Gaspésie, et les pêcheurs à qui je parle disent qu’ils ont aussi de la misère à Miscou. La saison est longue. Je trouve qu’on a tout de même eu de la belle température. C’est juste le poisson qui n’est pas au rendez-vous. En fait, il y a beaucoup de poisson sur la sondeuse, mais il est petit. Il passe à travers les mailles du filet. Et dès qu’on allume la lumière, le thon arrive et rentre dedans. Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de pêcheurs de hareng de la Gaspésie qui font une bonne saison», précise Gilles Duguay.

Sa troisième semaine de capture n’a rien fracassé non plus. «Seulement 75% du quota global a été pris. Normalement, il resterait 10% du quota à capturer, pas 25%», ajoute monsieur Duguay, qui a déjà vu l’ensemble du quota être pêché en moins de trois semaines, et même en deux.

Mince consolation pour les pêcheurs: le prix du hareng s’établit à 25 cents la livre. «C’est bon. C’est le même prix que l’an passé», note monsieur Duguay, qui livre ses prises à Poisson Salé Gaspésien, de Grande-Rivière.

Une fois sa saison complétée, Gilles Duguay se concentrera sur le remplacement de son bateau. S’il n’achète pas un bateau usagé, il regardera du côté d’une construction.

«Je ne suis pas décidé encore. Un bateau, ce n’est jamais assuré pour sa valeur entière. Je récupère la coque et le moteur, en équivalence. Il reste pas mal de choses à ajouter pour compléter ce que ça prend pour pêcher. Je regarde du côté des Îles-de-la-Madeleine, chez Léo LeBlanc, ou en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve», note-t-il.

Gilles Duguay aura besoin d’un bateau polyvalent, puisqu’il pêche le crabe au printemps, pour le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie.

À Grande-Rivière, Jean Nicolas trouve aussi que la saison de hareng est longue, en 2017.

«Ça prend plusieurs coups de filets pour rentrer avec un voyage potable. Des fois, un coup et le voyage est plein, les autres années. Cette année, il faut travailler jusqu’au petit matin sans lâcher», résume monsieur Nicolas.

Sa saison a quand même débuté sur un bon pied. «J’ai fait deux voyages la première semaine, des bons voyages. J’ai fait deux bons voyages encore la deuxième semaine, et deux bons voyages la troisième semaine. Il y a eu quelques soirs de mauvais temps. En cas de mauvais temps, on n’y va pas. Notre vie vaut plus qu’un voyage de hareng», ajoute-t-il.

Monsieur Nicolas a concentré ses efforts dans le secteur de Chandler, cette année. Il n’est pas traversé à Miscou et ne s’est pas rendu à Cap d’Espoir.

La fin d’été 2017 ne passera pas à l’histoire pour la pêche au hareng, note Jean Nicolas. On a eu du vent en partant, dans la saison. La pêche est plus dure cette année. Le poisson est là, sur la sondeuse, mais il est petit. Mercredi, il y avait du poisson pour 7-8 bateaux, pas pour 50 bateaux», explique Jean Nicolas.

Il a parlé à Pêche Impact le 8 septembre et semblait tout de même confiant de terminer la saison sur une bonne note, dans   l’espoir de s’approcher d’un volume d’environ 200 000 livres.

«Le prix a de l’allure, à 25 cents. Ce n’est pas encore fini. Il y a parfois un réajustement de prix après les Fêtes», note monsieur Nicolas, qui livre lui aussi son hareng à Poisson Salé Gaspésien, de Grande-Rivière.

Certains homardiers ont préféré ne pas pêcher le hareng cette année, en raison d’une autre année exceptionnelle dans la capture du crustacé. Monsieur Nicolas voulait continuer sa saison.

«C’est une pêche que j’aime bien. C’est une passion», souligne Jean Nicolas.

Du côté de la transformation, Roch Lelièvre, président de Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, trouve que la première semaine de livraison s’est très bien passée, mais que les deux suivantes ont été plus irrégulières, sur le plan des arrivages.

«C’est moins régulier que l’an passé. C’est plus saccadé. Ce n’est pas l’idéal. Ils (les pêcheurs) ont perdu une nuit ou deux à cause du mauvais temps. On a déjà connu de meilleures années», précise monsieur Lelièvre.

Il s’attendait, le 9 septembre, à transformer 2,5 millions de livres de hareng, comparativement à 3 millions de livres en 2016.

«J’ai moins de bateaux. Disons que le homard et le crabe ont été très bons. J’ai neuf bateaux de la Gaspésie livrant leurs prises à l’usine, alors que j’en avais 12 l’an passé. J’en ai sept du Nouveau-Brunswick, comparativement à 11 il y a un an. J’ai 16 bateaux au lieu de 23», précise Roch Lelièvre.

Lors des deux dernières années, il y avait eu 13 jours de captures réparties en trois semaines. «Il faudra quatre semaines cette année pour capturer le quota. On commence le 20 août au lieu du 15. Ça peut expliquer la situation, en partie. On ne voit aussi plus de poisson à Cap d’Espoir», dit-il à propos de cette saison un peu singulière et du contingent de 12 170 tonnes métriques.

«Le poisson est beau. Le prix qu’on reçoit a baissé un peu, mais la demande est là. On donne 26 cents la livre au pêcheur. On ne connaît pas le prix final, c’est déterminé au Japon et ça viendra plus tard. On n’a pas fini la saison. En volume, il y a un peu moins de raves. C’est le prix de la rave (les œufs) qui détermine le prix du hareng. La qualité de la rave de catégorie A est correcte, cette année», note monsieur Lelièvre.

Une toute petite portion du hareng livré à Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan est écoulée sur le marché régional. Environ 35% du poisson est utilisé pour de futurs appâts. La proportion de poisson envoyée aux Fumoirs Gaspé Cured de Cap d’Espoir s’établit à 60%.

«C’est notre gros marché. On vend le poisson fumé sur le marché américain principalement, puis dans les Antilles. Aux États-Unis, c’est une clientèle surtout composée de communautés ethniques. Pour le moment, on fait un premier salage au poisson envoyé aux fumoirs. Il y aura un deuxième salage. L’activité aux fumoirs débutera quand la transformation sera terminée à l’usine. On a 100 travailleurs à l’usine. Il y en aura de 50 à 60 qui se rendront aux fumoirs, jusqu’au printemps», explique Roch Lelièvre.

LES PÉLAGIQUES – page 2 – Volume 30,4 – Septembre-Octobre-Novembre 2017

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À propos de l'auteur : 

Gilles Gagné

Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.

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