Pêche au crabe dans la zone 16 : une saison fructueuse et au-delà des attentes

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Les crabiers de la zone 16 de la Moyenne-Côte-Nord ont pris la mer le 1er avril, soit trois semaines plus tôt que l’an dernier en raison de l’absence de glace. À peine un mois après le début de leurs activités, les pêcheurs parlaient déjà d’une année fructueuse aussi bien pour les taux de capture élevés enregistrés que pour les prix payés au débarquement obtenus qui atteignent un sommet historique  jamais observé.

Malgré une baisse de 15 % du total autorisé des captures (TAC) qui se traduit par un contingent de       1 951 tonnes en 2021, la rentabilité des entreprises de pêche demeure assurée grâce, entre autres, aux prises exceptionnelles des crabiers lors de la majorité de leurs sorties en mer.

Yannick Blais, dont le port d’attache est situé à Natashquan parle d’une saison plus qu’intéressante même s’il a dû naviguer à quelques reprises avec la présence de forts vents, rendant ainsi plus difficiles certaines manœuvres. Son secteur de capture se situe au large d’Aguanish et lui fournit généreusement de bonnes captures de crabe des neiges.  Les deux premières semaines ont été des semaines record pour le capitaine de LA MARÉE HAUTE 3 qui, pourtant, a de l’expérience à la barre, puisqu’il provient d’une famille de pêcheurs et fréquente le milieu depuis très longtemps.

«L’année passée, on capturait peut-être 8 000 à 9 000 livres par jour lors de nos premières levées de casiers. Cette année, on s’est rendu jusqu’à 25 000 livres. J’ai capturé un total de 53 000 livres lors de mes deux premières sorties en mer», explique le crabier nord-côtier.

Le total autorisé des captures revu à la baisse cette saison est, selon M. Blais, particulièrement bas. «J’ai 44 ans et ça fait 26 ans que je pêche. C’est le plus bas quota alloué que j’ai jamais vu. Il va falloir que ça redécolle par le haut», souligne-t-il, en précisant toutefois que le prix de 8 $ la livre au débarquement qu’offrent certaines usines de transformation et les sorties moins nombreuses en mer pour de meilleurs résultats rentabilisent tout de même confortablement sa pêche.

M. Blais se dit confiant pour l’avenir de la ressource: «On voit une nouvelle génération de crabes qui s’en vient. On commence à en voir une bonne quantité de petite taille. À certains endroits, j’ai des chums qui en ont attrapé pas mal et ils ont dû les remettre à l’eau, en plus d’être obligés de déplacer leurs casiers vers d’autres fonds de pêche.»

Pour sa part, Serge Langelier, directeur des pêches pour L’Agence Mamu Innu Kaikusseth (AMIK) supervise directement les activités de trois crabiers dans cette zone de pêche et fait état de ses observations: «Je suis agréablement surpris, et en même temps, j’ai des interrogations. Les rendements au début de la saison ont été appréciables, mais il y avait une gamme de profondeurs où les casiers étaient déposés qui donnaient de bons résultats tandis qu’à d’autres niveaux de profondeur les rendements par casier étaient passablement moindres. Donc, la question que je me pose et pour laquelle je n’ai pas de réponse pour le moment, c’est est-ce qu’il pourrait y avoir des changements de température dans la colonne d’eau? On pourrait penser que l’habitat du crabe s’est rétréci et que le crabe s’est davantage concentré dans une gamme de profondeurs, ce qui expliquerait pourquoi les rendements sont aussi bons. Ça pourrait être une hypothèse, mais je ne suis pas capable d’expliquer ce qui s’est produit», affirme  M. Langelier, en ajoutant qu’une étude scientifique approfondie permettrait de donner davantage de réponses.

Malgré ces observations difficilement explicables, M. Langelier est confiant pour l’avenir de la ressource. «Il n’y a pas d’inquiétude à avoir. Le recrutement de jeunes crabes qui seront bientôt admissibles à la pêcherie commerciale est déjà bien observable. Le crabe est une ressource qui possède son propre cycle biologique de reproduction. Il y a des périodes de forte et de faible abondance et présentement on est en train de terminer une période de faible abondance. Mes inquiétudes, c’est qu’on capture trop de gros mâles qui sont nécessaires pour féconder les femelles. Ils sont de taille légale [pour la capture] et ont une influence sur la reproduction. On doit quand même garder cette préoccupation en tête.»

Concernant la baisse du TAC en 2021, comme pour les autres pêcheurs du secteur, les communautés autochtones membres de l’AMIK ne peuvent pas affirmer que cela a de réels impacts sur leur rentabilité, vu les prix au débarquement plus qu’intéressants. La saison a débuté avec une offre à    5,75 $ la livre et, en date du 29 avril, les prix grimpaient à 8 $ la livre. «Les prix sont absolument impressionnants et la pêche s’est bien déroulée jusqu’à présent. On ne peut pas se plaindre, à ce prix-là, c’est très rentable», dit-il.  Et au rythme où s’effectuent les captures, M. Langelier affirme que les quotas individuels des pêcheurs sont bien avancés. «Si je me fie à mes bateaux, on va finir bientôt. On va pouvoir hiverner les bateaux en t-shirt!», illustre-t-il.

Rappelons que L’AMIK regroupe au sein de ses rangs sept communautés autochtones innues actives pour la capture de plusieurs espèces marines, et ce, dans plusieurs zones de pêche le long de l’estuaire et du nord du golfe du Saint-Laurent. Pour ce qui est du crabe des neiges provenant de la zone 16, on dénombre un total 13 permis exploités.

De son côté, le directeur de l’Office des pêcheurs de crabe des neiges de la zone 16, Jean-René Boucher, affirme que ses membres, opérant un total de 51 permis, lui rapportent des observations très optimistes depuis le début de la saison: «Les captures atteignent des niveaux qu’on n’a jamais connus. Le meilleur indicateur de la situation, c’est le pourcentage du quota qui est débarqué. En date du 26 avril, il y avait déjà 65 % du quota qui était capturé en moins d’un mois de pêche.»

M. Boucher ajoute qu’il y a des pêcheurs qui ont été surpris des rendements de leurs premiers voyages en mer qui habituellement ne sont pas les meilleurs parce qu’ils doivent trouver les endroits les plus productifs pour déposer leurs casiers. Mais cette année, ils ont établi des records, certains pêcheurs devaient même avoir terminé de capturer la totalité de leur quota individuel à la fin avril.

Cette abondance de crabe des neiges incite M. Boucher à se questionner pour ses membres sur la nécessité d’avoir eu à composer avec une baisse de TAC de 15 % en 2021. «On a l’impression que le secteur des sciences a été peut-être un peu hors champ. On comprend qu’on voulait laisser le plus possible de mâles sur les fonds pour féconder les femelles, que les rendements de pêche ne sont pas forcément des indices d’abondance. Ce sont des concepts qu’on comprend très bien. Mais de voir une saison qui se déroule aussi bien, nos pêcheurs n’ont jamais vu ça même dans les secteurs qui fonctionnaient moins bien dans les années précédentes et ça nous  incite tout de même à nous questionner», soulève Jean-René Boucher.

La baisse du TAC n’affecte toutefois pas ou très peu les pêcheurs qu’il représente. «Au-delà de la baisse du quota, le rendement par voyage est bien meilleur que par les années passées», dit-il, en ajoutant que la ressource est plus qu’abondante et que les prix offerts au débarquement sont aussi très intéressants. Le prix de départ aura été de 5,75 $ la livre, pour ensuite grimper à 7 $ et ensuite atteindre 8 $. «Vu le contexte du marché actuel, on s’attendait à ce que le prix monte, parce qu’il semblait y avoir une forte demande sur le marché américain, entre autres.»

Avec une baisse du TAC et la demande élevée, le crabe s’est raréfié sur le marché, faisant monter les prix. M. Boucher parle d’un prix record en 2021. «Le pêcheur sort gagnant de tout ça», dit-il. Le directeur de l’Office ajoute que le prix au détail du crabe irrite certains consommateurs québécois, mais que c’est avant tout le marché qui dicte le prix, pas les pêcheurs eux-mêmes, et qu’il faut voir la conjoncture actuelle comme une opportunité.  «On a un prix historiquement haut et un quota historiquement bas qui vient compenser», résume-t-il.

Au cours des deux dernières années précédant la pandémie de la COVID-19, les négociations découlant du plan conjoint de mise en marché du crabe des neiges de la zone 16 avait permis d’obtenir un prix de  5,50 $ la livre. «Ce serait mentir de dire qu’on avait prévu une telle hausse pour cette année», dit M. Boucher, en précisant que le prix de départ cette saison était déjà plus élevé. Le prix final sera à confirmer au cours des prochains mois.

Du côté du secteur de la transformation, le directeur général de l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP), Jean-Paul Gagné, dresse lui aussi un portrait globalement positif de la saison 2021. La baisse du TAC dans la zone 16 pose des défis aux dirigeants des usines qui auront une saison d’activité plus courte qu’à l’habitude. Cependant, M. Gagné affirme que la plupart des usines se sont assez diversifiées dans leurs opérations au fil des ans pour pouvoir être en mesure d’assurer le nombre de semaines nécessaires à leurs travailleurs pour se qualifier à l’assurance-emploi.

La demande pour le crabe des neiges est particulièrement forte cette année et fait en sorte que les usines offrent d’excellents prix aux pêcheurs. M. Gagné décrit la présente conjoncture qui a rendu possible une telle hausse de prix. «Les inventaires aux États-Unis étaient à plat et la baisse des quotas dans presque toutes les zones de pêche a fait grimper la demande. De plus, ce qui a aidé nos entreprises du Québec, c’est que la capture du crabe des neiges à Terre-Neuve a commencé plus tard en raison de conditions de température peu favorables.»

En raison de la forte demande du crabe des neiges sur les marchés étrangers, M. Gagné reconnait que le marché québécois est moins attrayant en 2021, une situation qui selon lui est temporaire vu la conjoncture économique actuelle. D’ailleurs, M. Gagné demeure prudent. Des prix record de 8 $ au débarquement sont loin d’être assurés dans les années futures: «Si ça devient trop dispendieux, on va devoir repartir à zéro pour reconquérir le marché québécois qui fait partie de nos objectifs de commercialisation à long terme. Cette année on peut en profiter, mais il ne faut pas s’attendre à ce que ça reste toujours au niveau actuel», dit-il.

Par ailleurs, le contexte de la pandémie de la COVID-19 a posé le défi de la main-d’œuvre étrangère. Certaines usines ont préféré se centrer sur une embauche totalement locale, mais dans d’autres cas, elles ont eu recours à des travailleurs d’au-delà des frontières canadiennes, une nécessité qui a posé son lot de contraintes et d’imprévus.

Suite à leur quarantaine obligatoire de 14 jours, les travailleurs devaient subir un dernier test de dépistage de la COVID-19 avant de pouvoir débuter leurs fonctions, un processus qui a pris du retard partout en province. Certains employeurs ont dû loger et nourrir les travailleurs pendant près d’un mois avant d’avoir l’autorisation de les faire travailler, faute de ressources pour leur faire subir les examens nécessaires, une situation qui devrait être compensée financièrement, selon M. Gagné : «En espérant que le gouvernement fédéral va supporter ces journées de retard. Il supporte la quarantaine, déjà».

M. Gagné rapporte qu’au départ 448travailleurs étaient attendus pour l’ensemble des usines de transformation de produits marins du Québec maritime. Finalement, 365 ont été accueillis.

LA MOYENNE-CÔTE-NORD – pages 10-11 – Volume 34,2 Avril-Mai 2021

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À propos de l'auteur : 

Ariane Aubert Bonn
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