Après avoir complété les deux-tiers de leur saison, les homardiers qualifient leurs niveaux de captures d’exceptionnelles

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«On se dirige vers une saison record de huit millions de livres!» C’est ce que nous déclarent à l’unisson les représentants des acheteurs et des pêcheurs de homard des Îles-de-la-Madeleine.

Ainsi, selon les données de l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP), les captures sont en hausse de 63 %, aux deux-tiers de la saison de pêche dans la zone 22. Elles totalisent 7,1 millions de livres, contre 4,3 millions de livres pour la même période en 2016.

Cependant, Benoît Bruneau, le biologiste chargé du suivi de la ressource, dit qu’il est encore trop tôt pour dire à quoi est dû ce redressement, après la chute de plus du quart des prises de l’an dernier, par rapport aux débarquements jusque-là inégalés de la saison 2015. «Ce n’est pas toujours évident de faire des prédictions de ce qui va être capturé par les pêcheurs durant la saison, dans le contexte changeant que l’on connaît, fait-il remarquer. Et, c’est difficile, en pleine saison de pêche, d’émettre des hypothèses. Depuis quelques années, je parle souvent de la température des différentes parties de l’année. Donc, éventuellement je vais pouvoir me pen-cher sur les données qui vont être issues de la pêche, de façon à essayer de voir les éléments qui ont favorisé une aussi grande capture du homard.»

PRIX EN HAUSSE

Le prix moyen pondéré payé au débarquement, après six semaines de pêche, est lui-même en hausse de     6 %. Il s’établit à 6,65 $ la livre, contre 6,25 $ avant ajustement aux deux-tiers de la saison précédente. Pour le directeur général de l’entre- prise Fruits de Mer Madeleine, de l’Étang-du-Nord, c’est une progression difficilement explicable, alors que les volumes sont également à la hausse. «Habituellement, quand les volumes montent, les prix baissent, indique Pierre Déraspe. Mais cette année, c’est probablement parce que les inventaires étaient bas en début de saison et que la demande reste forte sur le marché.»

Pour sa part, l’analyste américain John Sackton soutient que la progression du prix du homard sur le marché est bien loin de se résorber. Sur les quais du Canada   atlantique, il est passé de 3,50 $ à 7 $ la livre au cours des cinq dernières années, selon les données du Conseil canadien du homard. Aussi Sackton note-t-il qu’à l’expansion de la demande asiatique, s’ajouteront les nouveaux marchés européens dans la foulée de l’Accord de libre-échange. Il en conclut que la valeur du produit a atteint une croissance permanente. «Bien qu’on ne connaisse pas l’avenir, il serait douteux que les prix fléchissent pour revenir à ce qu’ils étaient en 2012», a récemment déclaré l’éditeur de SeafoodNews.com, dans le cadre d’une entrevue avec CBC.

NÉGOCIATIONS OFFICE-AQIP

Cela dit, l’Office des pêcheurs de homard des Îles-de-la-Madeleine conteste les prix versés à quai depuis le début de la saison de pêche 2017. Le problème, souligne son négociateur Me Claude Régnier, c’est que les acheteurs ne respectent pas la convention de mise en marché, selon laquelle il peut y avoir négociation pour un ajustement si l’écart entre le prix moyen de vente pondéré des trois meilleurs vendeurs et le prix de référence du marché américain publié par le Seafood Price Current est de plus de 0,25 $ la livre. «Et puis, comme l’an dernier, on demande un ajustement compte tenu de l’écart qui est énorme par rapport à la valeur témoin, explique l’avocat. Ça va de 0,97 $ pour la première semaine, à 0,41 $, puis à 0,65 $. Alors, il y a sûrement place à une amélioration. Mais, malheureusement, on n’a pas réussi à avoir quoi que ce soit encore.»

Quant à l’AQIP, qui représente les acheteurs, elle continue de réclamer le retrait de cette balise américaine du mécanisme de fixation des prix du Plan conjoint du homard des Îles parce qu’elle ne reflète pas le prix de vente des acheteurs madelinots, affirme son directeur général Jean-Paul Gagné. Or, après l’échec d’une séance de médiation tenue dans l’archipel au début juin, l’AQIP n’a d’autre choix, dit-il, que de s’en remettre à l’arbitrage de la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec, et ce, pour une troisième année consécutive. «Et cette fois, nous irons jusqu’au bout, en Cour supérieure et en Cour d’appel s’il le faut, pour obtenir gain de cause, affirme M. Gagné. Tour le monde est d’accord avec ça. Les six acheteurs sont solidaires dans cette opération-là, pour trouver un juste équilibre dans le partage entre les pêcheurs et les industriels.»

PÊCHEURS SATISFAITS

Quoi qu’il en soit, les pêcheurs de homard des Îles sont très satisfaits du déroulement de leur saison de pêche 2017. «C’est une année exceptionnelle!», déclare Robert Bourgeois, de Millerand. Ce capitaine du Lady Laurence calculait, à mi-saison, avoir des captures d’au moins 75% supérieures à celles de l’an dernier. «On est bien étonné de ça, dit-il. Il y a beaucoup de femelles avec des œufs, beaucoup de petits homards aussi.»

«Côté volume, c’est formidable!, enchaîne Raynald Cyr, capitaine du Jean-François C, de Cap-aux-Meules. Dans les quatre premières semaines, j’ai capturé ce que j’avais prélevé l’an passé en fin de saison, et j’avais bien fait. Il faut dire quand même que si on compare avec l’an passé, les captures globales étaient en baisse de deux millions de livres; ça fait une grosse différence.»

«C’est extraordinaire!, s’exclame à son tour Jérémie Cyr, capitaine du Marika-Sandrine de Grande-Entrée. Ça va être une année record au niveau des prises parce qu’on a une bonne avance sur la meilleure année.» «C’est vraiment bon, convient Graham Burke, capitaine du Wild Rover de Grosse-Île. Il y a eu une grosse différence dès les trois premières semaines; on a doublé par rapport à la même période de l’an dernier.»

UNE SAISON PROSPÈRE

De son côté, Jesse Dickson, de l’Île d’Entrée, qualifie sa saison 2017 de prospère. «Je suis très content, dit-il. Jusqu’à présent, le prix a été très bon. Je ne peux pas me lamenter de rien!» Or, bien qu’il se dise content du prix qu’on lui verse, le capitaine du Jenny-Ann croit qu’il pourrait être meilleur encore. «Si on se compare avec ce que reçoivent les pêcheurs de l’Île-du-Prince-Édouard et de Chéticamp, je pense qu’on n’a définitivement pas la bonne valeur, le bon prix pour notre produit.»

Dany Thériault, capitaine de La Vague du Sud de la Pointe-Basse, s’attend lui aussi à un ajustement de prix, tout comme l’ensemble de ses confrères, d’ailleurs. «C’est une saison exceptionnelle! Pour les prises, il y a une bonne augmentation c’est certain. Et pour le prix, c’est le meilleur qu’on n’a jamais eu. Mais je ne sais pas si on a le prix qu’on devrait avoir», laisse-t-il tomber.

Les pêcheurs madelinots questionnés par Pêche Impact s’entendent également pour dire que le fait d’avoir commencé leur saison avec une semaine de retard, à la mi-mai, a certainement favorisé leurs rendements. Simon-Pierre Gaudet, de Havre-Aubert, qui rappelle qu’ils avaient commencé deux semaines plus tôt en 2016, dit que ses prises ont presque doublé avec l’an passé. «Mais il vente, poursuit ce capitaine du Alexandre-Steve. On n’a pas manqué de pêche, mais ça ne travaille pas bien.»

ENQUÊTE DU BST

«La météo n’a pas été bonne pour nous, commente en écho Raphaël Vigneau, de l’Étang-du-Nord. Il y a eu beaucoup de vent du Nord-Nord-Ouest. Ça nous affecte; ça ne pêche pas si bien.» Ce capitaine du Lady Jeannette souligne néanmoins que ses prises sont comparables à celles de 2105.

«La saison est plutôt bonne, reconnaît Pascal Chevarie, de Pointe-aux-Loups. C’est juste le fait qu’on a manqué cinq (journées) pêches à date, qui nous fatigue un peu.» Ce capitaine de La Mer du Nord explique que son petit havre de pêche est directement exposé aux vents du nord et qu’il n’y a que six pieds d’eau à son entrée. «Ça fait que quand il y a des vagues, on ne force pas pour sortir, dit-il, parce qu’on risque de ne pas pouvoir rentrer. Ce n’est pas évident.»

Un bateau de pêche de Grosse-Île, le Emma Joan, a d’ailleurs chaviré le samedi 20 mai, à son approche du havre, également exposé au vent du nord. Heureusement, le capitaine Adam Clark et son aide pêcheur, Alexandre Langlois, ont eu la vie sauve. Il n’en demeure pas moins que le Bureau de la Sécurité dans les Transports (BST) a ouvert une enquête et rédigera un rapport sur les manquements à la sécurité qui ont mené à cet accident. Selon les pêcheurs de l’endroit, un banc de sable rend l’accès au port dangereux lorsque le vent souffle du nord. Pierre Murray, gestionnaire des opérations régionales atlantiques de la section marine du BST à Halifax, dit en être bien au fait. Il précise que le processus de rédaction de ses conclusions et, le cas échéant, de ses recommandations, pourrait prendre de 12 à 18 mois.

LES ÎLES-DE-LA-MADELEINE – page 5 – Volume 30,3 – Juin-Juillet-Aout 2017

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À propos de l'auteur : 

Hélène Fauteux
hfauteux@hotmail.com'

Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.

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