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Guerre tarifaire entre le Canada et les États-Unis : l’industrie de la pêche pousse un soupir de soulagement

Sur fond de guerre tarifaire entre le Canada et les États-Unis, l’industrie de la pêche est sur les dents. C’est d’ailleurs avec stupeur qu’elle a appris, le mardi 25 août à midi, que les produits marins américains étaient inclus dans la vaste gamme d’items visés par la riposte du gouvernement Carney aux nouveaux tarifs que l’administration Trump avait appliqués trois jours plus tôt sur une panoplie de marchandises canadiennes, parce qu’elle juge discriminatoires les restrictions sur ses produits laitiers et alcools, entre autres. Aussi l’annonce de contre-tarifs de 25 % sur les importations de poissons et fruits de mer de nos voisins du Sud a-t-elle soulevé un concert de protestations et un mouvement général de gestion de crise d’est en ouest. Or, bien qu’une volte-face d’Ottawa fut confirmée dès le lendemain soir et accueillie avec grand soulagement, les industriels restent inquiets.

«Les produits de la mer constituent un élément important de l’approvisionnement alimentaire des deux pays, et nous croyons fermement que tous les produits alimentaires devraient demeurer exempts de droits de douane entre le Canada et les États-Unis», a plaidé une coalition d’organisations représentant les producteurs – incluant l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP), le Conseil canadien du homard (CCH) et l’Alliance de l’industrie canadienne de l’aquaculture -, dans une missive adressée au premier ministre Carney et à ses collègues François-Philippe Champagne et Dominic LeBlanc, respectivement responsables des Finances et du Commerce avec les États-Unis, les pressant de faire marche arrière. «Ces contre-mesures ne profiteront pas au secteur canadien et ne servent pas à égaliser les chances sur le marché. De nombreuses entreprises de produits de la mer importent des produits des États-Unis non seulement pour les transformer davantage, mais aussi pour les vendre dans les réseaux de détail et de services alimentaires.»

Le président des Pêcheries LéoMar, Christian Vigneau, va jusqu’à qualifier d’inconcevable l’imposition de tarifs canadiens sur les produits marins des États-Unis, même si sa propre entreprise n’importe pas de fruits de mer américains aux fins de transformation. «Il rentre plus de homard américain au Canada qu’il ne sort de homard canadien pour les États-Unis, souligne-t-il. Des contre-tarifs auraient rendu la situation très difficile tout en risquant de se retourner contre nous. Parce que nous-mêmes on exporte beaucoup aux États-Unis. Même si on veut diversifier nos marchés, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Et il reste que les États-Unis sont de loin la plaque tournante [commerciale] des poissons et fruits de mer. Quand on envoie dans un autre pays, la plupart du temps ça transite du côté des États-Unis. Alors ce serait difficile de ne pas être impacté s’il y avait des tarifs.»

Une brèche ouverte

Selon Geoff Irvine, directeur général du CCH, les conséquences auraient pu être catastrophiques pour un grand nombre d’entreprises, si la riposte canadienne de 25 % sur les produits marins était entrée en vigueur le mardi 8 septembre, tel qu’initialement prévu. «L’impact financier est plutôt impossible à mesurer et nous ne voulons pas spéculer sur ce qui aurait pu arriver. Mais oui, nous craignions que des usines doivent fermer, que des gens soient mis à pied, que le marché du homard s’effondre. Il y avait beaucoup d’inquiétudes», nous a-t-il confié.

Pour Bill Sheehan, vice-président et directeur des approvisionnements et de la commercialisation chez E. Gagnon et Fils de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, l’idée d’imposer des contre-tarifs sur les produits marins des États-Unis importés au Canada était en soi suicidaire. «Une guerre commerciale, c’est une guerre commerciale, mais il ne faut quand même pas se faire hara-kiri pour faire pression sur les Américains, commente-t-il. Il y a beaucoup d’usines encore – et même nous, début septembre – qui importaient du homard des États-Unis pour faire travailler les gens et les qualifier pour l’assurance-emploi. Alors, s’il y avait eu des tarifs au 8 septembre, j’aurais fait quoi avec mon monde? J’ai quand même la responsabilité de qualifier 400 employés et c’est la même chose dans beaucoup d’usines des Maritimes.»

Cela dit, l’industrie canadienne de la pêche s’inquiète de ce que le Canada ait ouvert une brèche, en exposant ainsi les produits de la mer jusque-là exempts de tarifs douaniers en vertu de l’ACEUM – l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique – à la possibilité «d’une dramatique escalade du conflit». «On a gagné une victoire et on souhaite rester à l’écart de la guerre commerciale, mais on continue, en arrière-scène, à se préparer quand même à divers scénarios qui pourraient se produire, parce ça n’empêche pas monsieur Trump d’imposer des contre-tarifs de son côté, explique le DG de l’AQIP, Serge Fortin. Jusqu’à présent, il n’avait pas réussi à piger dans l’ACEUM pour imposer des surtaxes et là, en contournant l’article 0.3 de l’ACEUM qui protégeait les produits de la mer, le Canada nous a mis sur le radar. C’est ça qui nous déçoit et qui nous fait craindre que les États-Unis en fassent autant.»

Se préparer au pire

Du reste, la riposte canadienne qui varie entre 15 % et 50 % sur près de 20 milliards de dollars de produits américains, a déjà provoqué une aggravation du conflit commercial. Depuis la mi-septembre, l’administration Trump multiplie les nouveaux droits de douane et laisse planer des actions spécifiques. À cet effet, M. Fortin dit intensifier les rencontres avec certains ministres afin de parer aux coups. «C’est comme je vous disais : on ne veut pas aller en guerre, mais on se prépare quand même. Nous sommes en réflexion sur la façon d’adapter les différents programmes d’aide fédéraux et provinciaux qui sont déjà en place, et à étudier d’en développer de nouveaux en fonction des divers scénarios qui pourraient se produire. Alors oui, nous sommes sur le qui-vive. On se prépare pour le pire – pour éviter l’effondrement du secteur – tout en souhaitant que le mieux arrive.»

Questionné à ce propos, l’ex-ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, Donald Martel, s’était abstenu de tout commentaire étant donné le déclenchement de la campagne électorale. Quant au MAPAQ, à qui on nous renvoie, il se limite à dire qu’il «suit de très près la situation des impacts de la guerre tarifaire au secteur bioalimentaire et accompagne les entreprises».

Pour sa part, la ministre des Pêches et des Océans Joanne Thompson affirme que le Canada a procédé «à des ajustements ciblés pour protéger son économie», en retirant les produits du secteur des fruits de mer et du poisson de la liste de ses contre-tarifs. «Le secteur du poisson et des fruits de mer est le moteur de l’économie côtière du Canada», a-t-elle déclaré sur X.

Quant au président-directeur général de la Chambre de commerce du Maine, Patrick Woodstock, il partage avec une majorité de Canadiens l’espoir que les deux parties reviendront rapidement à la table de négociation. Son état exporte une valeur de 1,3 milliards de dollars par année de produits divers, de ce côté-ci de la frontière, dont près de 300 M$ en poissons et fruits de mer. Le Canada, lui, écoule dans le Maine pour 1,4 milliards de dollars de marchandises, incluant 216 M$ de poissons et crustacés. «Pour de nombreuses entreprises, c’est une seule chaîne d’approvisionnement», a-t-il indiqué au Maine Morning Star, ajoutant qu’il «salue tout effort pour négocier la meilleure entente possible avec le Canada et ouvrir les marchés». «Leur volatilité est en soi un défi à relever pour les entreprises», a-t-il conclu.

COMMERCIALISATION – page 18  – Volume 39,3 Août – Septembre – Octobre 2026

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Hélène Fauteux
Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.
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