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Les travaux de recherche de Merinov sur l’élevage des algues prennent de l’ampleur aux Îles-de-la-Madeleine

Jusque-là principalement concentrés en Gaspésie, les travaux de recherche de Merinov sur l’élevage des algues prennent de l’ampleur aux Îles-de-la-Madeleine. Le centre d’innovation des pêches et de l’aquaculture a désormais une chargée de projet spécialisée en poste à ses bureaux de Cap-aux-Meules, en la personne de Clara Simon. La chercheure industrielle détient un doctorat en biochimie des algues et en particulier de l’algue verte Ulva lactuca. Également appelée Laitue de mer, cette algue pousse en abondance dans les eaux de l’archipel, tout comme le Nori, une algue rouge utilisée en cuisine japonaise pour la préparation de sushis, par exemple.

Mme Simon travaille notamment en laboratoire où elle fait pousser des tissus de Laitue de mer et de Nori sauvages prélevés sur les côtes des Îles justement. Son objectif est  d’en maximiser le cycle de vie en milieu contrôlé afin de transférer ses connaissances à d’éventuels promoteurs intéressés à en faire un élevage commercial. Et les résultats ont de quoi impressionner! L’algue verte, par exemple, a un taux de croissance de 15 %-20 % par jour, contre environ 8 %-10 % pour le Nori. «Ce sont des algues qui poussent très vite. Elles se reproduisent végétativement, c’est-à-dire qu’on n’a qu’à en prendre un petit bout et leurs cellules vont se développer et faire de la biomasse, de la croissance», fait valoir la chercheure.

Afin de composer avec cette croissance rapide, les algues qui poussent d’abord en petites flasques sont par la suite transvidées dans des bouteilles plus volumineuses, toujours à même le laboratoire humide des installations de Merinov situé dans le port de Cap-aux-Meules. Puis à mesure qu’elles prennent de l’expansion, elles sont mises dans de plus larges réservoirs, situés cette fois dans la salle des bassins que possède l’institution sur la Pointe de Havre-aux-Maisons. Ultimement, Clara Simon les accrochera à des filières d’élevage en milieu naturel.

«Plus elles grandissent, plus elles ont besoin d’espace, résume-t-elle. Et donc oui, ça prend des infrastructures, ça prend des bassins, mais au bout d’un moment on n’a pas le choix que d’aller en mer s’accrocher à des filières. C’est plus simple pour produire une biomasse.» La chercheure spécialisée en algoculture admet toutefois qu’on perd rapidement le contrôle sur le taux de survie des algues d’élevage une fois qu’elles sont transférées en milieu naturel. «Il y a beaucoup plus de paramètres – comme les glaces, le vent, les tempêtes – qui sont difficiles à contrôler et ça amène des résultats plus variables», concède Clara Simon.

En principe, Merinov pourrait cerner assez rapidement, soit dans un horizon de court terme, les opportunités de développement de l’algoculture dans l’archipel madelinot. Mais encore faudrait-il que Mme Simon obtienne le financement nécessaire. «Il nous faudrait faire des tests en mer à chaque été pendant au moins deux ou trois ans pour avoir des résultats robustes sur lesquels faire des conclusions», précise-t-elle.

La chercheure souligne également que les lagunes offrent un environnement très propice à la culture des algues. «Merinov y a déjà des filières de même qu’un bateau pour y faire des essais, dit-elle. C’est vraiment un milieu intéressant parce que les eaux sont peu profondes, ce qui fait que les algues, qui se développent par photosynthèse, peuvent recevoir beaucoup de lumière. C’est aussi un milieu calme, où il n’y a pas beaucoup de courant. Et donc c’est ce qu’on voudrait aussi évaluer dans les années à venir.»

De plus, selon Clara Simon, il serait pertinent d’obtenir une évaluation de la biomasse existante des algues sauvages du territoire. Un tel portrait, qui relève du ministère des Pêches et des Océans, permettrait notamment d’identifier les meilleures souches à sélectionner. «Il y a un manque généralisé de données en ce qui concerne les algues au Québec et ça freine le développement, déplore la jeune femme. Ça nous prendrait une cartographie pour savoir exactement quelles espèces on a et en quelles quantités pour   faciliter les récoltes et les productions qu’on voudrait en faire.»

Dans ce contexte, est-ce que Merinov ne met pas la charrue devant les bœufs? La chercheure nous répond qu’elle n’en est encore qu’au stade d’avant-projet. D’ailleurs pour l’instant, elle ne dispose que d’un maigre budget de 25 000 $ sur un an, qui lui provient de MEOPAR, le réseau d’observation, de prévision et de réponse environnementales marines, dans le cadre de son Fonds de démarrage en recherche communautaire. Aussi, elle préparé une série d’activités de sensibilisation et de promotion de l’algoculture qui se tiendront auprès de la population des Îles, cet automne.

«On veut dynamiser le secteur des algues et il y a beaucoup de personnes et d’organismes intéressés dans l’archipel, mais il y a un manque de connaissances sur le sujet et la règlementation qui l’entoure. Les gens ne savent pas par où commencer. Et donc, c’est une façon de montrer que c’est un secteur porteur d’avenir et ce, d’autant plus qu’avec les changements climatiques, on a intérêt à diversifier les activités de pêche et de mariculture», soutient Mme Simon.

Parallèlement, Merinov poursuit sa propre production d’une biomasse d’algues pour en développer les techniques d’élevage, de même que pour avoir à sa disposition une ressource prête à être utilisée pour tester de futurs projets, qu’ils soient privés ou communautaires. Clara Simon parle, par exemple, d’une possible intégration dans des productions alimentaires de deuxième et troisième transformations. La chargée de projet de Merinov est également en discussion avec la Municipalité des Îles afin d’utiliser les algues en tant que biofiltres capables d’augmenter la performance de ses bassins d’épuration des eaux usées.

ALGOCULTURE – page 20  – Volume 39,3 Août – Septembre – Octobre 2026

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Hélène Fauteux
Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.
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