Pêche au hareng d’automne aux Îles-de-la-Madeleine : un effort de relance timide pour récupérer un quota saisonnier

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Malgré une apparente abondance de hareng d’automne, ces deux dernières années aux Îles-de-la-Madeleine, le stock des divisions 4TVn du sud du Golfe est en diminution constante depuis 2010. Selon la dernière évaluation scientifique du ministère des Pêches et des Océans (MPO) publiée en mai dernier, la biomasse estimée était de 100 000 tonnes métriques en 2019, contre 300 000 tonnes au début de la décennie.

Le biologiste responsable de l’évaluation de la population de ce poisson pélagique, François Turcotte de la direction régionale de Moncton, précise que cette baisse est principalement due au déclin de son recrutement. «Les larves ont besoin d’eau froide et de zooplancton associés à cette eau froide, explique-t-il. Or, la tendance au réchauffement modifie les espèces et la qualité énergétique du zooplancton disponible; elle modifie l’accès à la nourriture pour les larves.»

Le biologiste du MPO note également que la population de hareng d’automne a souffert d’une pression de pêche élevée au tournant des années 2000. Pour la seule zone 16D autour des Îles-de-la-Madeleine, la moyenne annuelle des prises d’automne était de 350 tonnes en 1999 et 2000. Dix ans plus tard elle a chuté à 150 tonnes, et depuis 2011, elle avoisine les 20 tonnes par année. De plus, la mortalité naturelle de l’espèce est elle-même en croissance.

Selon son modèle d’évaluation, François Turcotte calcule qu’elle compte pour 55 % des prélèvements du stock. «La mortalité naturelle est principalement due à la prédation par les phoques gris, les thons rouges et les cétacés, tels que les dauphins, indique-t-il. Elle inclut aussi les maladies et les débarquements non-répertoriés.» Pêches et Océans rapporte enfin que le stock de hareng d’automne du sud du Golfe enregistre un déclin de poids à l’âge. «C’est-à-dire qu’on a moins de biomasse pour un même nombre d’individus. Les poissons sont petits, mais ils sont en bonne condition», assure néanmoins M. Turcotte.

EFFORTS DE RELANCE      

Cela dit, une poignée de pêcheurs des Îles-de-la-Madeleine a initié un effort de pêche particulier, cet automne, dans l’espoir de récupérer la totalité du quota saisonnier de hareng de la zone 16D de l’archipel. Il faut savoir que la flotte côtière des Îles-de-la-Madeleine n’a accès qu’à 20 % de son contingent de base de 450 tonnes métriques. Le reste, soit près de 800 000 livres de poisson, est versé dans une réserve qui est attribuée aux zones de pêche 16C, 16E et 16F du Nouveau-Brunswick, de l’Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle Écosse, où, selon le MPO, la ressource est «plus productive».

«On est à un point tournant, affirme Jonathan Vigneau, de l’Étang-du-Nord, parce que si on ne prend pas notre quota, on ne pourra jamais récupérer notre part initiale. C’est une pêche secondaire qui se fait près de chez-nous et ces années-ci le hareng est en abondance. Alors, on essaie d’en faire une pêche lucrative et créatrice d’emplois pour la communauté des Îles-de-la-Madeleine»

Cependant, les Madelinots n’ont capturé qu’une quinzaine de tonnes de hareng cet automne, contre 47 tonnes en 2019, parce qu’ils se sont buté à un problème d’acheteur. Déçu, M. Vigneau raconte qu’il a dû limiter ses prises à 25 000 livres en deux  sorties de pêche parce qu’il n’avait pour toute clientèle que les pêcheurs de crabe tourteau en besoin d’appâts. Il s’est aussi résolu à en congeler pour sa propre mixture de boëtte pour la pêche au homard du printemps prochain. «Pourtant, on aurait pu prendre 100 000 livres en deux jours,  affirme-t-il. Je n’ai jamais vu autant de ce poisson-là; pas même sur le banc Miscou.»

Jonathan Vigneau fait valoir que le prix payé à quai en Gaspésie varie entre 0,30 $ et 0,50 $ la livre, d’une saison à l’autre. «À ce prix-là c’est rentable, mais comment veux-tu développer une industrie sur un quota de 200 000 livres? Avec 10 bateaux, c’est l’équivalent d’une seule bonne soirée par bateau. Alors ce n’est pas évident de convaincre les gens d’aller pêcher.» Son confrère Paul Martinet, capitaine du CHARLES ÉLIZABETH, a lui-même fait l’acquisition de filets pour renouveler ses agrès, dans l’espoir de nouvelles opportunités d’affaires. «Mais finalement, j’ai remisé mon bateau dès la fin septembre, parce qu’il n’y avait pas de marché, se désole-t-il. Ça fait deux années de suite qu’il y a du hareng ; on va voir ce qu’on peut faire pour les années à venir.»

INTÉRÊT MITIGÉ

Le hareng d’automne, très riche en gras,  est principalement exploité pour le marché de la rave. «Au Japon, on peut vendre de la rave n’importe quand, admet Pierre Déraspe, directeur général de Fruits de Mer Madeleine. La difficulté, c’est le manque de main-d’œuvre. Il nous faudrait une cinquantaine de personnes de plus en usine pour faire quelque chose de bien avec le hareng. Mais cet automne, pour le traitement du crabe araignée, du crabe tourteau et du buccin, on était déjà en pénurie avec seulement 100 travailleurs sur un besoin de 150.»

Pour contourner cette contrainte de main-d‘œuvre, Fruits de Mer Madeleine a finalement offert de servir d’intermédiaire pour alimenter l’industrie de la transformation du Nouveau-Brunswick, mais sa proposition est arrivée trop tardivement à la mi-octobre, déplore Jonathan Vigneau. «Comme on n’avait alors que trois traversiers par semaine et qu’il faut que le poisson arrive sur le marché en moins de 24 heures après avoir été pêché, c’était complexe à   organiser», dit-il. Ainsi, bien qu’intéressé à acheter le hareng d’automne pour appuyer les efforts de développement de la pêcherie, Pierre Déraspe croit que pour l’avenir il vaut mieux miser sur les travailleurs d’usine du Mexique, dont la venue a été annulée cette année en raison de la pandémie de COVID-19. «On ne peut pas mécaniser le traitement de la rave, précise-t-il; ça commande un travail manuel très minutieux.»

Pour sa part, le dirigeant du Fumoir d’Antan de la Pointe-Basse, Benoît Arseneau, qualifie de «louables» les efforts pour développer la pêche au hareng d’automne dans l’archipel. Il ne voyait toutefois pas de possibilité de collaboration cette année.

M. Arseneau explique que parce qu’il est très gras, ce poisson requiert des opérations de salage pour l’assécher qui ne cadrent pas avec sa façon traditionnelle d’opérer. «À court terme, on n’est pas prêt à travailler ce poisson-là, dit-il. On pourrait, nous aussi, servir de courroie de transmission pour l’expédier sur les marchés extérieurs, mais là encore on n’était pas prêt pour ça, cette année ; on n’a pas d’espace de congélation. Mais éventuellement, si les œufs sont pris par Fruits de Mer Madeleine, par exemple, on pourrait ensuite prendre le poisson et le fumer à la mode du Nouveau-Brunswick. On pourrait toujours en prendre un petit lot, mais pas un million de livres», concède Benoit Arseneau.

Le marchand d’appâts Ghislain Renaud, de la Poissonnerie Mobile des Îles, veut bien lui aussi participer à la commercialisation du hareng d’automne, mais il considère l’éloignement de l’archipel madelinot comme un obstacle. «Le handicap des Îles, pour alimenter les boucaneries ou le marché des appâts, c’est la distance; le transport est un frein, insiste M. Renaud. Et moi-même je ne suis pas un assez gros joueur pour exporter le poisson. C’est vraiment compliqué et je n’ai pas de capacité de congélation. Et de toute façon, pour les appâts, les pêcheurs veulent du poisson le plus frais possible.»

La saison de pêche au hareng d’automne de la zone 16D est ouverte du premier juillet au 31 décembre. Le bureau de secteur du MPO se montre ouvert à une éventuelle révision de la part de leur allocation de base que les Madelinots versent dans la réserve au profit des autres provinces des Maritimes, «en considérant les débarquements de l’année», et à soumettre la question aux discussions du comité consultatif.

LES PÉLAGIQUES – pages 42-43 – Volume 33,5 Décembre 2020-Janvier 2021

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À propos de l'auteur : 

Hélène Fauteux
hfauteux@hotmail.com'

Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.

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